10ème anniversaire du décès de Modeste Billotte

C’est Modeste qui nous réunit aujourd’hui, au jour du 10ème anniversaire de son entrée dans la paix et la lumière éternelles. Cette église des Plains et Grands Essarts (Doubs) est l’église de sa première messe, celle de la communauté paroissiale dont il a fait partie et qui l’a toujours considéré comme son missionnaire, son envoyé en Afrique. Modeste était proche de nous, il nous a marqué par sa foi, son témoignage, sa vitalité, ses œuvres réalisées. Nous rendons grâce pour sa réponse à l’appel reçu. Une lumière a été allumée sur l’autel, qui nous dit que Modeste est vivant et lumière auprès de Dieu et aussi auprès de nous.

Actuellement, si on construit des cimetières, on les place en dehors des villes ou des villages car on a peur que les morts nous contaminent. Autrefois on plaçait les cimetières autour des églises comme c’est le cas ici. Dans le cimetière auprès de cette église, il y a Modeste, son papa, sa maman, son frère Justin décédé quatre mois après lui, et d’autres encore… Ainsi lorsque la paroisse est réunie pour célébrer l’Eucharistie, ceux qui nous ont précédés forment le cercle extérieur des participants, ils sont nos frères et sœurs dans la résurrection.

Nous allons célébrer l’Eucharistie, sacrement de notre joie, de notre liberté et de notre espérance. C’est la volonté de Dieu que nous soyons rassemblés dans l’unité, réconciliés les uns avec les autres. C’est pourquoi nous commençons l’eucharistie en implorant le pardon de nos frères et de nos sœurs, des anges et des saints, de toute l’immense communauté du Royaume. C’est le signe que nous sommes disposés à nous laisser rassembler dans la paix de Dieu, car c’est à un moment de paix auquel nous sommes invités.

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Photo J.-M. Guillaume

Homélie

Il y a un mois, en lisant les avis de décès sur le journal, j’ai été fortement touché par la formule d’une maman qui annonçait le 10ème anniversaire du décès de son fils Damien à l’âge de 22 ans. Elle avait fait écrire ceci : « Aujourd’hui, 2 juillet, tu aurais eu 32 ans. Je pensais que ta mort était un gâchis, un désastre, un deuil presque impossible à endurer. Je commence seulement à comprendre que ta vie fut pour moi un cadeau, une bénédiction, une somme d’amour qui m’accompagneront toujours. » Le temps qui passe nous aide à assimiler le deuil et à comprendre de plus en plus que ceux qui ont vécu avec nous, que nous avons pleurés et qui nous manquent toujours sont un cadeau pour lequel nous avons à rendre grâce… Aujourd’hui nous rendons grâce pour nos frères et nos sœurs qui ont vécu avec nous. Nous rendons grâce pour Modeste, pour sa force de lion au cœur sensible : « Sous des dehors bourrus, disait de lui son évêque au lendemain de son décès, transparaissait une très grande sensibilité ouverte à l’amour de Dieu et des hommes et à une compassion réelle ». Nous rendons grâce pour l’exemple donné, pour l’œuvre qu’il a commencé aux Plains, à Niamtougou, Kaboli, Bafilo… une œuvre qui continue… « Nous continuons de tisser au bout de la corde que les missionnaires ont commencée », disait si poétiquement un prêtre du diocèse de Sokodé. A Bafilo, le dernier poste de mission où Modeste a travaillé pendant 9 ans, la communauté chrétienne a grandi et une grande église est en voie de construction.

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Photo J.-M. Guillaume

Pour la liturgie de ce jour, nous avons pris tout simplement les lectures prévues pour le lundi de la 18ème semaine de l’année. Elles sont paroles de Dieu pour nous aujourd’hui. Elles nous disent un peu ce qu’est le cheminement d’une communauté de croyants, le cheminement de l’Église. Cette lecture, dont la signification est très riche, raconte quelques unes des difficultés de Moïse pour guider son peuple… Il est toujours dur pour un peuple ou une communauté de s’arracher à ce qui faisait sa vie - pour le cas du peuple hébreu, il s’agissait du poisson, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons et de l’ail d’Egypte - pour tenter un chemin de liberté à travers le désert qui libère de tout. Cette lecture nous fait assister au découragement de Moïse, le plus grand des prophètes de l’Ancien Testament, nous dit la Bible, le seul qui, avec Elie, a vu Dieu. Moïse avait été choisi pour conduire son peuple… et son peuple ne répond pas à son attente. Cela arrive tellement de fois dans la vie des prêtres et des missionnaires qui souvent comme Moïse disent que le fardeau est trop lourd pour eux… On pourrait citer tant d’exemples aujourd’hui… Mais l’expérience idéalisée de Moïse nous fait comprendre que la communauté est là aussi pour façonner et faire mûrir celui qui la guide, que le fardeau ne doit pas être porté tout seul, et que Dieu est toujours là dans sa puissance d’amour : « Beaucoup de travail pastoral et matériel fut réalisé avec des joies, mais aussi de lourds sacrifices, souffrances et peines morales, grâce aussi à l’entente entre nous », disait Modeste en relisant sa vie.

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Photo J.-M. Guillaume

Le deuxième texte qui nous est proposé aujourd’hui est celui de la multiplication des pains. Il s’agit du texte de Saint Matthieu. Le même récit, mais selon saint Jean, nous avait été proposé pour le 17ème dimanche ordinaire, le 26 juillet. Ceux qui ont eu le privilège de participer au pèlerinage à Sainte Anne au Moulin du Plain ont pu entendre le très beau commentaire que nous en fait le Père Bruno Doucet. Une idée qu’il avait relevé entre autre chose est celle du partage. Le récit de la multiplication des pains a une saveur d’Eucharistie… L’une des principales fonctions du prêtre, ou de ceux qui constituent le corps des ministres ordonnés (évêques, prêtres ou diacres) est de partager la parole et le pain de l’Eucharistie… Dans notre Société des Missions Africaines, nous estimons avoir fait notre travail lorsque nous avons fondé des communautés chrétiennes qui puissent célébrer l’Eucharistie et qui soient ainsi signe du don de la vie que Dieu leur fait. Dans l’évangile de ce jour, Jésus confie le pain à ses disciples pour qu’il le distribue… Il en est toujours ainsi. Nous avons à manifester l’attention de Dieu aux hommes, le don qu’il leur fait du Christ et que le Christ fait de lui-même non seulement dans la distribution du pain de l’Eucharistie, mais aussi dans la distribution du nécessaire à la vie de ceux qui ont faim. Pour pallier un tout petit peu à l’injustice structurelle entre les nations riches et en voie de développement, pour aider à la promotion de ceux vers qui il est envoyé, le missionnaire, humblement, se fait mendiant… Une solidarité bouleversante et complice s’instaure petit à petit avec les siens, ceux d’ici et ceux de là-bas. Il se retrouve comme le gamin de l’évangile de St Jean qui disposait de cinq pains et deux poissons et s’émerveille que ce qu’il a reçu est multiplié.

Publié le 24 septembre 2009 par Jean-Marie Guillaume