150e anniversaire de la mort du Père Louis-Auguste Reymond sma

Ce dimanche 28 juin 2009 était exactement le jour du 150ème anniversaire de la mort du Père Louis-Auguste Reymond, le premier missionnaire sma à avoir mis les pieds sur la terre d’Afrique. Mgr André LACRAMPE, archevêque de Besançon, avait déplacé l’ordination d’un prêtre et d’un diacre au dimanche précédent afin de pouvoir présider à cet anniversaire. L’unité pastorale de Morteau n’avait prévu qu’une seule célébration pour le secteur, et les paroissiens sont venus nombreux. Le délégué diocésain à la Coopération missionnaire était présent, les Sœurs Travailleuses Missionnaires insérées en deux communautés dans le diocèse, deux sœurs de la Congrégation locale de la Retraite Chrétienne, travaillant au Bénin, actuellement en congé, avaient aussi fait le déplacement, et bien-sûr une bonne délégation sma venue de Strasbourg - Saint Pierre, conduite par Jean-Paul Eschlimann. La chorale s’était magnifiquement préparée à ce jour et la célébration fut belle, vivante, priante. Ce fut une bonne occasion pour les chrétiens du lieu de se souvenir du Père Reymond, de Mgr de Marion Brésillac, de l’œuvre des Missions Africaines et de se rappeler que l’Eglise tout entière est missionnaire.

L’homélie du Père Jean-Marie Guillaume, Vicaire Général sma

Nous sommes rassemblés pour faire mémoire du Père Louis Auguste Reymond. Faire mémoire, c’est entre autres choses : se souvenir d’une personne, rendre grâce pour les fruits que cette personne a produits, revenir à la source qui l’a inspiré, s’y rafraîchir, s’y renouveler, pour mieux vivre sa mission.

1 - Faire mémoire, c’est d’abord se souvenir d’une personne. Le Père Reymond vient de chez nous. Ils sont nombreux les missionnaires venant de la région. Trois d’entre eux sont mentionnés sur la plaque sous le porche de l’église de Grand Combe Chateleu : le Père Bobiller-Dodichon, Jésuite, décédé à l’île de la Réunion, le 13 août 1813 ; le Père Joseph Simon-Chopard, des Missions Etrangères de Paris, décédé le 25 juin 1845 au Siam ; et le Père Louis-Auguste Reymond, des Missions Africaines, décédé le 28 juin 1859 à Freetown en Sierra Leone, il y a donc 150 ans aujourd’hui.

Louis Auguste voulait devenir missionnaire… « Je suis né de parents pieux, … et dès ma plus tendre enfance, j’ai eu le désir d’être missionnaire… [1]. » Louis Auguste a d’abord fait ses études secondaires au petit séminaire de Notre Dame de Consolation. Après ses études de philosophie au séminaire de Vesoul et une année de théologie au grand séminaire de Besançon, il entre, en automne 1846, chez les Maristes, en vue de partir en Océanie. Il est ordonné prêtre le samedi saint 1849, au titre des missions, mais des ennuis de santé font que les Maristes ne l’ont pas envoyé en mission… En bon Franc-comtois têtu, Louis Auguste continue à chercher des voies pour réaliser sa vocation missionnaire… Après un itinéraire plutôt compliqué, car Dieu a sa façon à lui de travailler dans le cœur de l’homme, il se met en contact avec Mgr de Marion Brésillac qui accueillait des candidats pour l’institut qu’il voulait fonder. « Le désir d’être missionnaire ne m’a jamais quitté jusqu’à aujourd’hui où j’ai trente-trois ans. C’est dans cette vue que j’ai fait mes études classiques, et que j’ai étudié les sciences naturelles en prévision des services qu’elles pouvaient me rendre dans les missions. Plus tard, au milieu des épreuves les plus terribles et surtout depuis trois ans, ces désirs se sont accrus de jour en jour. Dès le jour de mon départ de Carheil [2], j’ai été complètement guéri, sans n’avoir pris aucun remède. Je me suis remis entre les mains de la Providence, la priant de me conduire… Sur ces entrefaites, j’ai lu la notice sur l’intention de votre Grandeur de préparer une mission pour l’Afrique Centrale. Tous mes désirs sont là, maintenant… Habitué à une vie dure dans ma jeunesse, je ne redoute ni la fatigue, ni la souffrance, je ne crains qu’une chose, c’est de n’en être pas jugé digne [3]. »

Le Père Louis Reymond (1823-1859)

Mme Blanchet, une amie des missionnaires SMA à Paris, décrit la personnalité attachante du Père Reymond : « un prêtre éminent, admirablement doué, sachant tout, faisant tout ce qu’il voulait de sa plume et de ses mains. Il était plein d’esprit original et gai. Ses lettres, ses récits étaient l’humour même. Il était médecin, très fort en histoire naturelle et en même temps très artiste ». Lorsqu’il était au séminaire il avait publié une livre intitulé Flore utile de la France, description de tous les genres et de toutes les espèces de plantes employées en médecine [4]. § Dès son arrivée à Freetown, en Sierra Leone, son lieu d’évangélisation, il décrit sa joie et son émotion et la beauté du paysage. Il prévoit un plan de mission : « Sierra Leone offre l’avenir pour la mission, et une station centrale y sera utilement placée. Plusieurs points offrent en ce moment, dans le Vicariat, des chances de succès pour une mission, la moisson paraît bien préparée, il ne manque que des ouvriers [5]. »

Comme beaucoup de missionnaires avant lui et après lui, il prend contact avec la population en soignant les malades : « Je suis vraiment le docteur à la mode. J’ai une grande clientèle de malades, blessés aux jambes, par suite de l’habitude d’aller pieds et jambes nus. Je lave les blessures, je les couvre de camphre, et je les bande aussi bien que je peux, et comme les douleurs cessent, ils sont très contents [6]. »

Entre temps, le 14 mai 1859, son évêque, Mgr de Brésillac, arrive en Sierra Leone. C’est une immense joie pour le Père Reymond et ses deux compagnons de l’accueillir. Mais voilà que la fièvre jaune, qui fait ses ravages dans le pays, s’empare de l’équipe des six missionnaires… Tous, sauf un qui est renvoyé en France, vont mourir en ce mois de juin 1859. Le Père Reymond se dévoue auprès de ses confrères pour les soigner… « Martyr de ses veilles et de ses fatigues, le Père Reymond ne quittait pas de vue son évêque [7]. » L’évêque décède le 25 juin. « Le 27 juin, vers les neuf heures, le Père Reymond se mit au lit et le lendemain à six heures du matin, il rendait le dernier soupir. Le 27, il avait passé la soirée en prière jusqu’à minuit. Sous le coup d’une très forte fièvre, sentant sa fin prochaine et fermement convaincu que lui aussi ne tarderait pas à aller recevoir la palme de son dévouement à la noble mission qu’il avait entreprise, à minuit, il se rendit à la chapelle et consomma toutes les hosties du Saint Ciboire. Le soir du même jour, à cinq heures, accompagné de beaucoup de personnes, le R.P. Reymond fut enterré à côté de ses frères et de son digne et vénérable évêque [8]. » Lui qui, dès le noviciat, pensait ne pas être digne de la grâce de mourir jeune, est décédé à 36 ans. « Peut-être les premiers prêtres envoyés en ces contrées inconnues ne pourront atteindre le but, mais par leur sacrifice, ils prendront possession de cette nouvelle mission que leurs successeurs iront recueillir [9]. »

2 - Faire mémoire, c’est proclamer les merveilles de Dieu…

En rappelant la personne du Père Reymond, nous rendons grâce à Dieu pour le choix qu’il a mis sur lui, sur sa famille qui a su lui transmettre la foi, sur cette terre du Val de Morteau qui a produit une population inventive et tant d’artisans à la créativité infinie. Nous rendons grâce pour la Société des Missions Africaines dont il a été l’un des premiers membres. Jeudi dernier, le 25 juin, toute une foule était présente à Freetown en Sierra Leone, autour du Nonce Apostolique et de l’archevêque de Freetown et Bô pour rendre grâce pour le don de l’Evangile en Afrique de l’Ouest. Se relevant de la mort de ses premiers missionnaires décédés en juin 1859, la Société des Missions Africaines a été appelée à porter l’Evangile principalement d’abord en Afrique de l’Ouest où aujourd’hui l’Eglise est florissante, pleine de promesse et d’avenir… Elle est souvent même le seul ferment d’espérance et de réconciliation, en des pays durement frappés par des conflits ethniques ou politiques, et par un déséquilibre choquant dans la distribution des ressources, source de dénuement, de misère et maladie.

3 - Faire mémoire, c’est revenir à une source pour s’y rafraîchir…

…S’y renouveler, afin de mieux continuer notre chemin, remplir notre mission, se donner à la mission. Les chrétiens de Grand Combe Chateleu, de la région de Morteau, du diocèse, peuvent être fiers de leurs ancêtres, de leurs missionnaires et nous apprécions que notre Archevêque ait tenu à nous guider aujourd’hui dans l’action de grâce. « Nous sommes les descendants d’un peuple saint », dit le vieux Tobie à son fils dans la première lecture de la célébration eucharistique du jeudi 4 juin dernier. Ce texte m’est resté en tête… « Nous sommes les descendants d’un peuple saint », cela signifie que « nous ne pouvons pas agir comme les païens », disait Tobie, que nous ne pouvons pas faire n’importe quoi.

Le devoir de mémoire nous pousse à un engagement actuel, à un approfondissement, à un développement de ce que nous avons reçu, à une transmission de tout cela à ceux qui se réclament de nous, envers les gens de notre temps, partout où ils sont, et cela, non seulement sur le plan économique, mais sur les plans moral, fraternel, spirituel et chrétien. Le devoir de mémoire pousse la Société des Missions Africaines à répondre à l’appel que vient de lui adresser l’Archevêque de Freetown et Bô, qui lui demande de retourner sur la terre de Sierra Leone et d’y ouvrir une mission… les grâces n’ont jamais manqué à la SMA et nous pensons pouvoir dans deux ou trois ans, mettre à Freetown une équipe de missionnaires sma originaires d’Afrique. Nous avons beaucoup reçu en tant que missionnaires, nous nous devons d’être un chemin pour faire fructifier ces grâces.

La liturgie de ce jour nous a fait lire les textes prévus pour la fête des Apôtres Pierre et Paul. Pierre et Paul ne sont pas seulement les patrons de notre communauté chrétienne locale, mais les premiers missionnaires à partir desquels l’Eglise tout entière est née… Tout missionnaire, tout baptisé, ne fait que poursuivre la mission commencée il y a deux mille ans. L’évangile de ce jour nous rappelle en effet que sur la foi de Pierre l’Église a été fondée. Que la grâce de la foi reçue de nos parents et de notre communauté locale continue à se fortifier et à grandir pour mieux se répandre.
La deuxième lecture nous rappelle que Paul, avec lequel nous sommes devenus plus familiers tout au long de cette année qui lui était consacrée, a été « rempli de force pour annoncer jusqu’au bout l’Évangile et le faire entendre aux nations païennes ». Et la première lecture racontant la délivrance de Pierre de prison nous redit que Dieu est vainqueur du mal et de la mort. Cela est le message central du christianisme. Ce que nous avons à annoncer, à démontrer par notre vie, notre optimisme, notre générosité, c’est que Dieu est Vie et Amour, que l’Évangile est un bonheur.

Pour terminer je voudrais reprendre les dernières paroles gravées sur la plaque mémoriale sous le porche de l’église de Grand Combe : « les cendres de ces trois enfants de la Grand Combe reposent, comme une semence de chrétiens dans les contrées qu’ils ont évangélisées. Leur souvenir est pour nous, leurs compatriotes, une gloire, un enseignement, un appui ».

Morteau, le 28 juin 2009
Ralliement 2009-5, septembre - octobre

Un témoin de ce grand jour

Le dimanche 28 juin 2009, fête patronale Saint Pierre et Paul de l’église paroissiale de Morteau, Mgr Lacrampe, archevêque de Besançon, a présidé la grand messe dédiée à Société des Missions Africaines. L’église de Morteau, très belle et assez spacieuse à trois nefs en pierre de taille du pays, était comble : parents, amis, connaissances et bienfaiteurs des missionnaires de la contrée de Morteau et Combe et environs, de paroissiens de l’unité paroissiale de Morteau. Etaient venus aussi une déléguée de la Coopération missionnaire diocésaine de Strasbourg et un délégué de la Coopération missionnaire diocésaine de Besançon qui a pris la parole à la fin de la messe. Une chorale importante animait la messe en chants latins et français. Nombreux étaient les prêtres qui concélébraient : le curé, le vicaire, un aumônier, les Pères S.M.A., le P Guillaume J.M. vicaire général sma, les Pères Eschlimann, Brétillot, Jacquot, Kunegel, Founchot, Vonderscher, Noirot et moi-même.

Après la messe, à la porte de sortie latérale de l’église, sous un beau temps ensoleillé, fut offert un apéritif en plein air, à tous les parents, amis et connaissances. J’ai rencontré là parmi bien d’autres, la soeur du P. Guillaume, notre ancienne cuisinière du Doernelbruk, M. Zanchi d’Exincourt qui a passé un certain temps à Lomé-Bé et qui se charge de faire acheminer au Togo avec l’aide d’Amour sans frontière bien des dons (effets et matériel) d’Alsace et de Franche-Comté pour les Missions sma au Togo.

Ensuite, ceux qui s’étaient inscrits pour le repas communautaire se sont rendus à la salle paroissiale de Grand Combe Chateleu, à 2km, village natal du P. Reymond. Nous étions une bonne centaine. Toutes les familles de nos confrères de la région étaient présentes. Les arrière-petits-neveux du P. Reymond occupaient toute une table, 18 personnes. Le P. Brétillot m’a fait asseoir à la table à côté de la belle-sœur du P. Billotte, des soeurs Brétillot : Odette, Marie-Thérèse, Christine et son mari médecin, Madeleine, Michèle, le frère du P. Bardouillet et son épouse, un cousin du P. Brétillot et son épouse. Le soir s’est ajouté l’abbé Laurent Brétillot, neveu du P. Gérard. Je n’étais pas dépaysé, les ayant déjà rencontrés à plusieurs reprises dans leur ferme paternelle et à Villers-le-Lac lors des rencontres annuelles des familles de nos confrères S.M.A. et de leurs excursions.
Il faut aussi mentionner le remarquable toast qu’a fait Mgr Lacrampe, après celui du maire de Grand Combe Chateleu, où il évoque le bel effort missionnaire de l’archidiocèse de Besançon qui, aujourd’hui encore, compte 120 prêtres missionnaires en activité, accueille des prêtres africains et attend de pied ferme l’arrivée à Besançon d’une communauté de religieuses togolaises Notre-Dame de l’Eglise.

Je ne voudrais pas oublier la soirée et la nuit. Nous avons logé dans le nouvel hôtel de l’ancien petit séminaire de N.D. de Consolation. Un endroit mémorable. C’est là que le P. Reymond a fait ses études secondaires, dans ce cadre féerique, un cirque majestueux, une vraie cuvette entourée de montagnes à forte pente et de falaises abruptes, parsemées de cascades ; dans le vallon, un jardin botanique de 300 espèces de plantes et 70 sortes d’arbres, une rivière limpide sortant de la montagne et une magnifique grotte de Lourdes : paysage pittoresque, fascinant et rafraîchissant en ce bel après-midi d’été.
L’hiver, isolé de toute agglomération, sous la neige, cela devait être moins agréable. Ce vaste bâtiment de pierres de plusieurs étages est difficile à chauffer, avec ses larges et hauts couloirs. Plutôt dur à vivre ! Mais c’est ce « qui trempe nombre de caractères et d’âmes franc-comtois ».
Ce fut le berceau de nombreux confrères sma qui y ont fait leur petit séminaire, une véritable pépinière de vocations sacerdotales et missionnaires : les Pères André Bouhelier, Mgr Chopard Lallier, Joseph Chopard, Maxime Gaume, André Lombardet, Jean Marie Guillaume, Gérard Brétillot, Pierre Jacquot, Jacques Noirot. Aujourd’hui, la communauté qui y a vécu a quitté les lieux et l’évêque envisage d’en faire un centre spirituel et de retraite.

Quelle belle fête missionnaire dans ce cadre inoubliable ! Merci Seigneur !

Ralliement 2009-5, septembre – octobre.

[1] Demande d’admission à Mgr de Marion Brésillac, 19 avril 1856.

[2] Où il était précepteur dans une famille.

[3] Réponse à la lettre de Mgr de Marion Brésillac qui lui demandait de plus amples renseignements sur sa personne, 3 septembre 1856.

[4] Ed. Guyot frères, Paris, 1851, 597 p.

[5] Lettre à Mgr de Brésillac, 18 février 1859.

[6] Lettre à Mgr de Marion Brésillac, 18 février 1859.

[7] Rapport du Vice Consul de France sur les derniers jours des missionnaires à Freetown.

[8] Rapport du Vice Consul de France sur les derniers jours des missionnaires à Freetown.

[9] Demande d’admission à Mgr de Brésillac, 19 avril 1856.

Publié le 20 septembre 2009 par Jean-Marie Guillaume et Charles Roesch