200ème anniversaire de notre Fondateur

D’après l’homélie donnée à Saint-Pierre le 2 décembre 2013 pour marquer cet anniversaire [1]

Le deux-centième anniversaire de la naissance de notre fondateur est une occasion de nous remettre en mémoire sa vie et son zèle missionnaire et de nous renouveler dans notre propre vocation. Mgr de Marion Brésillac avait une foi très forte qui lui a été transmise et nourrie par ses parents qu’il vénérait beaucoup. Son engagement était fondé sur ce qu’on appelait les vertus théologales : « la foi l’espérance, la charité », trois vocables qu’il a repris au dernier instant de son existence terrestre.
Nous connaissons sa vie. Son enthousiasme de jeune missionnaire a vite été contré et il a connu l’incompréhension, l’hésitation, voire même l’opposition. Sa démission comme vicaire apostolique de Coïmbatore est le constat d’un échec. Mais il a su cultiver sa vocation, la développer et, à partir de cet échec, repartir, pour une nouvelle aventure et fonder, presque malgré lui, une Société Missionnaire pour aller vers les plus abandonnés en Afrique. Son nom était Melchior, un nom que la tradition chrétienne a attribué à l’un des mages, repartis par un autre chemin. La revue « Missi » en 1969, n° 8, affirmait que :« Mgr de Marion Brésillac est probablement le plus grand génie missionnaire du XIXèmesiècle. Son esprit ferme, clair, est incroyablement actuel » [2].

La fondation de la SMA
Dans le journal « L’Univers » du 23 mars 1856, de Marion Brésillac, revenu de son expérience missionnaire en Inde, lançait un appel à « des hommes pleins de courage et de foi », pour s’unir à lui et travailler « à l’évangélisation de l’Afrique, là où il n’y a pas de missionnaires, où la lumière de la foi n’a pas encore pénétré », et plus précisément dans une des zones les plus difficiles, appelée « Côte des esclaves ».
En mai 1856, de Marione Brésillac écrivait au Père Planque, qui réagissait positivement à l’appel lancé dans « L’Univers » : « La divine Providence, qui dispose des événements et de notre propre cœur comme elle veut, les conduisant toujours à ses fins, pourvu que nous ne mettions point de résistance à sa grâce, n’a-t-elle pas voulu vous réserver pour concourir à l’établissement de l’œuvre que je médite ?... Si vous consentiez donc à partager mes travaux, avec les difficultés, les croix inséparables de toute bonne œuvre, surtout quand il s’agit de fonder, vous ferez bien de m’en donner l’assurance au plus tôt ».
Le 1er janvier 1859, alors qu’il se trouve à Paris et qu’il écrit au Père Planque pour lui offrir ses vœux, Mgr de Marion Brésillac dévoile sa pensée devant les incertitudes de l’année qui s’annonce : « Dieu seul sait ce qui m’attend de peines et de difficultés cette année ; mais il me semble que, par sa grâce, je suis tout prêt à souffrir les épreuves de la tempête physique et morale, et si la mort et ses écueils voulaient que cette année fût ma dernière, vous seriez là pour que l’œuvre ne fît pas naufrage ». Peu avant de s’embarquer, rappellera plus tard le Père Planque, le Fondateur lui confie la Société naissante : « Mon œuvre vivra tant qu’il y aura une volonté pour la maintenir, et vous serez cette volonté-là » [3].

« Mon œuvre vivra tant qu’il y aura une volonté pour la maintenir »
C’est dans cette Société qu’il a fondée que nous tous, membres de la SMA, avons choisi d’insérer l’appel à la mission qui a mûri graduellement au fond de notre cœur. Nous avons été ces hommes pleins de foi et de courage que de Marion Brésillac voulait recruter. Comme le Père Planque, comme ces quelques 4000 missionnaires de la SMA qui sont entrés dans le charisme de Brésillac, nous avons été et nous sommes encore cette volonté pour maintenir l’œuvre qui a été fondée. « Notre pensée reconnaissante va aux missionnaires qui, au cours des siècles, ont annoncé l’Évangile et ont répandu la semence de la foi dans de nombreux endroits du monde », disait le Pape François à l’Angelus en la fête du Christ-Roi, le 24 novembre dernier.
« C’est une merveille que notre Société », disait dans une homélie un de nos jeunes confrères lors de l’assemblée du district des Grands Lacs [4]. L’histoire de notre Société est une merveille, c’est une merveille que d’avoir été appelé. »

Une histoire passée, source d’avenir
Nous nous interrogeons souvent sur le futur de notre Société et de la mission, mais l’histoire de nos débuts nous invite à l’espérance… Naissance et mort, renaissance et résurrection, sont des aspects de la vie de Mgr de Brésillac, de toute vie humaine, de toute histoire. La première lecture rapporte l’espérance du prophète Isaïe et évoque la renaissance de Jérusalem à partir d’un tout petit germe que le Seigneur fera pousser : « En ce jour-là, le germe que fera pousser le Seigneur sera l’honneur et la gloire des rescapés d’Israël… » La présence du Seigneur en son peuple est signifiée par ce que le prophète appelle la gloire du Seigneur : « La gloire du Seigneur sera comme un dais, comme un toit de feuillage, protection contre la chaleur du jour, refuge et abri contre l’orage et la pluie ».
Notre Fondateur s’en remettait toujours à la Providence divine. Nous faisons partie d’une histoire qui nous dépasse, la part la plus grande appartient à Dieu. Nous n’arrivons à rien en voulant tout maîtriser ou en exigeant de garder le contrôle sur nos idées.
Le Pape François, dans son exhortation apostolique du 24 novembre dernier à l’occasion de la clôture de l’année de la foi, rappelle que la mission s’inscrit dans une mémoire : « Nous ne devrions pas non plus comprendre la nouveauté de la mission comme un déracinement, comme un oubli de l’histoire vivante qui nous accueille et nous pousse en avant. La mémoire est une dimension de notre foi… Jésus nous laisse l’Eucharistie comme mémoire quotidienne de l’Église, qui nous introduit toujours plus dans la Pâque [5]. La joie évangélisatrice brille toujours sur le fond de la mémoire reconnaissante : c’est une grâce que nous avons besoin de demander. Les Apôtres n’ont jamais oublié le moment où Jésus toucha leur cœur : « C’était environ la dixième heure » [6]. Avec Jésus, la mémoire nous montre une véritable « multitude de témoins » [7]. Parmi eux, on distingue quelques personnes qui ont pesé de façon spéciale pour faire germer notre joie croyante : « Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu » [8].
Remettons nos projets à Dieu, en lâchant prise et en acceptant que d’autres puissent aussi y ajouter leur touche personnelle. Quand une communauté est « en panne » (d’énergie, d’idées, d’enthousiasme), il peut y en avoir d’autres, qui ailleurs, culturellement et théologiquement différentes, sauront redonner le souffle nécessaire pour avancer. Je pense que c’est le cas pour notre Société missionnaire. Car le Royaume de Dieu, pour lequel nous avons travaillé comme de fidèles serviteurs, est en marche.
Dans les différentes activités humaines et pastorales qui ont été et sont les nôtres, nous avons probablement tous rencontré des personnes semblables au centurion romain de l’évangile de ce jour, venues chercher des solutions à leurs vies et témoignant d’une foi et d’une humilité qui nous ont bouleversés. Leur attitude nous a convaincus, sans le savoir, que l’Esprit Saint est à l’œuvre en dehors de nos structures ecclésiales.
« Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du Royaume des cieux » annonce Jésus à la fin de l’évangile de ce jour. Nous rendons grâce aujourd’hui pour ces foules nombreuses qui, grâce aux missionnaires SMA qui ont participé à la grande œuvre fondée par Mgr de Brésillac, ont eu connaissance de l’Évangile et de l’amour de Dieu pour les plus petits.

Nous rendons grâce pour notre vocation missionnaire, nous rendons grâce pour notre Société missionnaire, pour l’héritage de Mgr de Brésillac qui nous a été transmis, pour sa foi, son audace, son témoignage et nous confions notre Société, dans son cheminement, dans ses recherches et ses avancées, à la Providence divine qui ne cesse de veiller sur nous.

[1] Lectures du lundi de la 1ère semaine de l’Avent, année A : Is. 4,2-6 ; Mt. 8,5-11.

[2] Cf. Bruno Semplicio, Notre Fondateur aujourd’hui, billet n°17, décembre 2013.

[3] Rapport à « Propaganda Fide » 1885.

[4] 11-21 novembre 2013.

[5] Cf. Lc 22, 19.

[6] Jn 1, 39.

[7] He 12, 1.

[8] He 13, 7. Evangelii Gaudium, la joie de l’Évangile, n°13.

Publié le 16 avril 2014 par Jean-Marie Guillaume