A chacun sa mission !

Les époques changent et les définitions ne sont plus les mêmes. Au bon vieux temps, tout était simple et clair comme l’eau de roche...

Le missionnaire se reconnaissait à sa longue barbe et à sa tenue distinctive. La mission consistait à partir d’Europe vers les terres incultes d’Afrique, d’Asie et des Amériques. On parlait de territoires de mission, ou de concessions missionnaires inféodées aux puissances européennes avec la bénédiction du Pape. La ligne de démarcation n’a pas été toujours nette entre le pouvoir spirituel et le pouvoir civil. On peut regretter à juste titre un amalgame confus qui plongeait la mission dans une certaine ambiguïté. Force est de constater que l’Europe chrétienne s’était partagé le monde avec le souci de porter le christianisme et de répandre la civilisation occidentale. Je n’ai aucunement la prétention de faire le bilan de l’activité missionnaire au cours des derniers siècles. Plusieurs études ont été consacrées à ce sujet. Pour ma part, je m’intéresserai particulièrement aux différents usages du mot mission et à ses implications.

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Célébration catholique au Nigeria.
Photo Justin Ketté

Il convient de rappeler que la réalité sur le terrain tranche bien souvent avec les grandes définitions académiques et théologiques. Il y a autant de modèles que de convictions personnelles. Pour les uns, la mission se réalise uniquement à travers des œuvres de développement et de promotion humaine. Bienvenue chez les bâtisseurs et les concepteurs de projets de tout genre ! Pour d’autres, le véritable missionnaire se reconnaît à sa capacité à édifier des chapelles, des églises, des sanctuaires, et à baptiser à tour de bras. La question se résume au nombre de sacrements que l’on a pu administrer.

Par souci de déterminer la vraie figure du missionnaire, il n’est pas rare d’opposer les zones rurales aux centres urbains. Dans ce registre, les ministres résidant en ville font piètre figure. L’idéal du missionnaire est alors incarné par des pionniers avant-gardistes et frontistes qui sont toujours prêts à frayer de nouvelles chroniques dans des contrées éloignées et dans des conditions quasi exotiques. Quoique cette description apparaisse comme une caricature exagérée, elle traduit néanmoins une représentation que certains missionnaires se font d’eux-mêmes. Toutefois, on ne saurait réduire le missionnaire à ces seuls aspects. Ce serait, me semble-t-il, commettre une grave erreur de perspective.

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Maison de formation SMA à Ibadan (Nigeria)
Photo Justin Ketté

Ce parcours relève néanmoins la complexité du mot. A quelle réalité spécifique renvoie-t-il ? Malin celui qui prétendrait le dire avec perspicacité. Revenons donc aux fondamentaux. Que dit l’Ecriture à ce sujet ? L’Evangile selon saint Mathieu est explicite quant au mandat que le Ressuscité a confié à ses apôtres : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés [1] ». Il me semble essentiel de rappeler que la mission est avant tout la mise en œuvre de l’évangélisation. C’est l’annonce de Jésus, mort, ressuscité et élevé à la droite de Dieu le Père dans la gloire. Le missionnaire est le témoin privilégié des faits de salut auprès des personnes à qui il est envoyé. Dans la rencontre avec l’autre, il devient un signe qui interpelle et oriente vers le Christ. Il travaille au salut intégral de l’homme.

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Chorale des jeunes, Paroisse SMA de K-Vom (Ngeria).
Phot Justin Ketté

C’est pourquoi il ne saurait être indifférent à ce qui peut contribuer de près ou de loin au plein épanouissement humain de toute la personne. Il fait alors sien le programme que Jésus s’est donné au début de sa vie publique en s’appropriant la prophétie d’Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur [2] ». En ce sens, la mission ne peut être que bénéfique. Elle tisse des liens entre les hommes et les met en relation avec Dieu.

[1] Mt 28, 18b-20a.

[2] Lc 4, 18-19.

Publié le 17 février 2011 par Nestor Nongo Aziagbia