A l’autre bout du Nil.

En ce moment, le delta du Nil et la Moyenne Égypte ne figurent plus guère dans les programmes touristiques. Trop risqué, dit-on. Quel dommage !

Mon frère Jean-Claude avait trouvé un voyage dans cette région ; il savait que cela m’intéresserait et proposa que nous le fassions ensemble. Je n’ai pas hésité longtemps car je n’étais jamais allé dans cette partie de l’Égypte. Pour moi, l’intérêt majeur était l’archéologie. Beaucoup des sites que nous devions visiter avaient été de hauts lieux des temps pharaoniques ; certains avaient duré sous les Ptolémées, et même au delà.

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La pyramide de Meidoum.
Photo M. Heilig

Je suis fasciné par la fusion de la culture grecque avec d’autres civilisations. Elle se restructure au contact de fonds culturels plus anciens, qui se survivent à eux-mêmes dans une nouvelle mouture. C’est ce que voulait Alexandre et qu’accomplirent les monarques hellénistiques : associer ces cultures différentes et les laisser se transformer mutuellement [1]. En Égypte, les rois grecs se trouvèrent à la tête d’un pays modelé par une histoire millénaire. Ils cherchèrent à s’adapter et à poursuivre cette civilisation brillante. Cela donne un mélange extraordinaire, à la fois déroutant et excitant. Et, bien sûr, de ce point de vue, nous fûmes comblés !

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Temple ptolémaïque à Touna-el-Gebel.
Photo M. Heilig
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Le monastère de Ouadi Nartron.
Photo J.-C. Heilig

Tant de cultures se sont succédées en Égypte depuis la plus haute antiquité… elles se sont interpénétrées et coexistent aujourd’hui encore. J’aime Le Caire pour cela, cette mégalopole anarchique mais palpitante. Et j’aime aussi Alexandrie, plus mesurée mais tout aussi pétillant. Partout, villes et campagnes bourdonnent d’activité. Cela semble parfois un peu désordonné, mais c’est plein de vitalité et de bonhomie. Tout le monde, d’une façon ou d’une autre, travaille et se dépense sans compter. Chacun a quelque chose à faire. J’ai toujours été surpris du peu de mendiants au Caire et dans les villes…

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Alexandrie.
Photo J.-C. Heilig

En Moyenne Égypte, l’atmosphère est plus tendue qu’ailleurs. On sent bien que les villes et la région ont beaucoup dépensé, il y a un certain temps déjà, pour se pourvoir en équipements touristiques. Mais les visiteurs ne sont pas venus, les agences de voyages ont retiré ces circuits de leurs catalogues. Les hôtels se sont peu à peu dégradés, mais on s’évertue, avec un certain fatalisme, à les rendre aussi accueillants que possible. Les cuisiniers y sont pour beaucoup. Leurs buffets sont toujours fort appétissants.

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Zagazig.
Photo J.-C. Heilig

Toutefois, le plus surprenant, dans ce pays, c’est l’accueil qu’on y reçoit. Oh, je l’avais déjà remarqué lors de mes séjours précédents : les Égyptiens sont des gens charmants et délicats [2]. L’hospitalité est une tradition fortement enracinée dans leur esprit. Ils sont heureux qu’on vienne visiter leur pays.

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Dans le souk de Rosette.
Photo J.-C. Heilig
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Dans le souk de Rosette.
Photo J.-C. Heilig

Je mes souviens qu’après avoir quitté Alexandrie et longé la côte du golfe d’Aboukir, nous sommes arrivés à Rosette. Là, le bras oriental du Nil se jette dans la mer. La ville est pittoresque. On y travaille beaucoup à restaurer les monuments, bien que les touristes prennent rarement la peine de faire le détour. Car la surprise fut générale lorsque nous traversâmes le souk. Et l’on nous fit véritablement la fête. Partout de larges sourires et de chaleureux bonjours. Les marchands nous faisaient l’honneur de leurs étals bigarrés de légumes, de fruits et de tout un bric-à-brac indispensable. Les artisans déployaient avec fierté leur savoir-faire. Avec un plaisir simple et sans détour, les gens se régalaient de notre curiosité – au moins autant que nous.

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Dans le souk de Rosette.
Photo M. Heilig

La vie quotidienne n’est pourtant pas facile en Égypte. Juste après notre départ éclatait la crise du pain, causée par une montée en flèche des prix des céréales. Mais les Égyptiens ne voulaient pas que leurs difficultés ternissent notre séjour. Nous étions leurs hôtes, et cela seul comptait.

in Terre d’Afrique, mars 2009.

[1] Un petit rappel historique pour rafraîchir les mémoires : après avoir soumis la Grèce, Alexandre le Grand partit conquérir l’Orient. Son épopée fulgurante le conduisit en Syrie, en Égypte, en Perse, et jusqu’à l’Indus. A sa mort, en 323 av. J.-C. – il n’avait que 33 ans ! -, ses généraux se taillèrent dans son empire des royaumes d’une richesse inouïe. Ptolémée ouvrit en Égypte la dynastie qui porte son nom ; elle s’éteignit en 31 av. J.-C. avec Cléopâtre VII, lors de sa défaite contre Octave à Actium.

[2] Je ne saurai jamais assez remercier ceux qui m’ont aidé lorsque j’ai perdu mon passeport dans le métro du Caire, il y a quelques années.

Publié le 15 mars 2009 par Marc Heilig