A l’épreuve de la Parole

A partir des textes du 2e dimanche de Carême de l’année B, 8 mars 2009 :
1e lecture : Gn 22, 1-18 ;
2e lecture : Rm 8, 31b-34 ;
Évangile : Mc 9, 2-10.

Que dit le livre de la Genèse par rapport à la Parole de Dieu ? Cette dernière se présente d’abord comme une épreuve à laquelle est soumis Abraham : Prends ton fils, ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en sacrifice sur la montagne que je t’indiquerai [1].

La demande de Dieu paraît choquante à la lumière des promesses qu’il a faites à son ami : Moi, voici mon alliance avec toi : tu deviendras père d’une multitude de nations. Et l’on ne t’appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te fais père d’une multitude de nations. Je te rendrai extrêmement fécond, de toi je ferai des nations, et des rois sortiront de toi. J’établirai mon alliance entre moi et toi, et ta race après toi, de génération en génération, une alliance perpétuelle, pour être ton Dieu et celui de ta race après toi [2]. Isaac est justement l’instrument de la réalisation de cette promesse divine. Il est celui par qui Dieu compte atteindre toute l’humanité. Comment ce projet peut-il aboutir s’il est avéré que Dieu veut la mort d’Isaac ? Doit-on croire que le Seigneur attendait d’Abraham un sacrifice humain comme l’exigeaient les dieux païens de leurs fidèles ?

Il n’en est absolument rien. D’ailleurs le récit met à l’évidence la fidélité d’Abraham à ce Dieu dont l’appel n’a cessé de bouleverser sa vie. Le Seigneur lui ordonne de partir de chez lui, de la terre de ses ancêtres. En obéissance au Seigneur, il va d’errance en errance, sans trop savoir où le chemin le mènera. Il ne prend aucune garantie pour sa propre sécurité. Toutefois, il fait confiance en ce Dieu qui marche avec lui sur les chemins de la vie. En ce sens, la Parole de Dieu est une mise à l’épreuve pour Abraham. Il est testé dans sa capacité à accueillir le don de Dieu dans le détachement et non de manière possessive. Abraham passe avec brio ce test.

Abraham exprime par son attitude sa fidélité et son amitié à Dieu. C’est pourquoi le Seigneur fait de lui la source de bénédictions pour toute l’humanité : Puisque tu m’as obéi, toutes les nations de la terre s’adresseront l’une et l’autre la bénédiction par le nom de ta descendance [3]. En ce sens, la Parole de Dieu confirme la qualité exceptionnelle reconnue à Abraham. Elle authentifie l’élan de générosité qui est manifeste chez Abraham.

Non seulement la Parole institue Abraham dans une mission et en fait une source de bénédictions mais, dans le récit de la transfiguration, elle décline et révèle aussi l’identité propre de tout homme, en commençant par celle de Jésus Christ : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le [4], dit la voix. Cette Parole est en même temps exhortation, principe de vie, révélation du sens des choses et des événements et annonce de l’avenir. Elle permet de découvrir le dessein de Dieu pour l’homme et de s’y complaire. La Parole nous établit dans une relation privilégiée avec Dieu et avec nos frères et sœurs. Elle fait vivre.

Quel rapport établissons-nous avec cette parole qui ne cesse de nous solliciter ? Abraham se laisse conduire par le Seigneur. N’est-ce pas l’invitation que nous adresse l’évangile d’aujourd’hui ? Pour vivre en enfants de Dieu, nous devons, non seulement écouter la Parole, mais la mettre en pratique, en vivre chaque jour. C’est dans l’obéissance à la Parole de Dieu que nous parviendrons à réaliser sa volonté dans nos vies. Voilà ce à quoi nous prépare carême. Ce temps spirituel nous oriente vers l’essentiel dans le détachement des liens avilissants, nous éveille à l’écoute de Dieu et à la pratique de la charité.

[1] Gn 22, 2.

[2] Gn 17, 4-8.

[3] Gn 22, 18.

[4] Mc 9, 7b.

Publié le 9 mars 2009 par Nestor Nongo Aziagbia