A quoi bon ?

13ème dimanche du temps ordinaire (B)
Textes :
Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24 ;
2 Co 8, 7.9.13-15 ;
Mc 5, 21-43.

« Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le Maître ? [1] » Cette expression est symptomatique du dépit et du découragement qui caractérisent les amis de Jaïre. Ce sentiment est tellement fort qu’il annihile en l’homme toute perspective d’avenir et toute volonté de se projeter dans le futur. C’est plutôt une attitude défaitiste qui consiste à se laisser aller et à se laisser mourir à petit feu. C’est l’histoire des deux grenouilles qui sont tombées dans un pot de lait. L’une et l’autre se sont débattues pour en sortir. A force de beaucoup d’effort, elles se sont senties toutes les deux épuisées. L’une se dit : « A quoi bon continuer à lutter ? » Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle se laisse mourir, tombe au fond du pot et se noie. L’autre ne désespère pas. Elle continue à se débattre au point de former des bulles, grosses comme des boules. Elle s’y hisse et parvient à s’en sortir. Elle a la vie sauve grâce à sa persévérance.

Cette manière de positiver la vie en dépit des nombreux défis auxquels est confronté l’homme est cette attitude de foi que la liturgie nous invite aujourd’hui à cultiver. De plusieurs manières, les lectures reviennent sur cette profonde conviction selon laquelle la vie est plus forte que la mort et rien ne pourra empêcher l’homme de jouir pleinement de la largesse de Dieu à son égard : « La puissance de la mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. Dieu a créé l’homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu’il est en lui-même [2]. » Saint Marc traduit concrètement cette conviction par la démarche de foi de Jaïre et de la femme qui avait des pertes de sang. Ils ont osé affronter le regard des autres, dépasser leurs peurs et leurs craintes. La confiance qu’ils ont mise dans le Seigneur n’a pas été déçue. Elle a été confirmée et reconnue. Les paroles de Jésus leur ont apporté non seulement la consolation mais aussi le salut. « Ne crains pas, crois seulement [3] » trouve alors son aboutissement dans la guérison de la femme souffrant d’hémorragie et dans la réanimation de la fille de Jaïre qui a été rendue vivante à ses parents au grand étonnement de tout le monde. Laissons l’écho de ces paroles de Jésus résonner en nous : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi [4] » et « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal [5].

Quelle magnanimité dans le comportement de Jésus ! Loin de se figer dans un moralisme mortifère sous couvert d’un légalisme obsolète, Jésus ouvre des perspectives nouvelles, donne de l’espérance à ces femmes qui sont intégrées à la communauté. Il interprète le code de la pureté au profit de la personne. Au lieu de s’en servir pour davantage enfoncer la personne dans son sentiment de culpabilité et la renfermer sur elle-même, il propose un chemin de vie. Ses gestes et ses paroles réconfortent, relèvent la personne, lui accordent la dignité d’enfant de Dieu, font advenir la guérison et la vie.

Or il nous arrive, bien souvent par formalisme, de comprimer l’amour de Dieu par les jugements que nous portons contre les autres. Pour grandir en tant que Corps du Christ dans la diversité de ses membres, libérons notre parole pour qu’elle soit au profit de la vie et de l’épanouissement de toute personne. « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal ». « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ».

[1] Mc 5, 35b.

[2] Sg 2, 23.

[3] Mc 5, 36.

[4] Mc 5, 41.

[5] Mc 5, 34.

Publié le 29 juin 2009 par Nestor Nongo Aziagbia