Aimer à la manière du Christ

5ième dimanche de Pâques
Textes : 14, 21b-27 ; Ap 21, 1-5a ; Jn 13, 31-33a.34-35

On raconte que l’apôtre Jean, avancé en âge, ne faisait que radoter. Il rappelait sans cesse à son auditoire la nécessité d’aimer. Aussi tout son message se résumait-il au principe d’amour qui est, non seulement le condensé de toute la Bible, mais un vaste programme de vie. Il rappelait en cela l’essentiel de l’enseignement de Jésus qui est passé sur la terre en faisant du bien : « Mes petits enfants, je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres [1]. ». Le style est simple, mais riche. On y trouve aussi bien une prescription, une exhortation qu’une motivation. L’amour de Jésus explique et justifie les sentiments de bienveillance que les hommes sont appelés à manifester les uns aux autres.

En ce qui concerne Jésus, il ne cherche pas à créer un effet médiatique. La cohérence de sa vie donne à son enseignement toute sa pertinence. Jésus ne se contente pas seulement d’une simple énonciation. Le commandement nouveau qu’il donne à ses disciples fait office de testament spirituel et résume tout ce qu’a été sa vie : il a aimé les siens jusqu’au don total de sa vie sur le bois de la croix. Par ses mains étendues, il a réconcilié le ciel et la terre, et les hommes les uns avec les autres. Il a brisé les barrières artificielles établies par les hommes au nom de la loi. Il a posé un regard de bienveillance et de miséricorde sur ceux qui ont été mis au ban de la société. Les prostitués, les publicains, les lépreux, en un mot tous ceux qui étaient considérés comme des pécheurs publics, ont retrouvé en lui leur dignité d’enfants de Dieu. L’amour qu’il n’a cessé de leur manifester recrée en eux une nouvelle créature à l’image de la vision apocalyptique de saint Jean : Dieu fait toutes choses nouvelles. Cette nouveauté est tout entière dans la « Jérusalem céleste qui descend du ciel [2] ». Se réalisent ainsi les prophéties de Dieu et la communion du Seigneur avec son peuple.

Dans cette perspective de la nouveauté initiée par Jésus, l’amour est caractéristique de l’Evangile et lui donne tout son sens. C’est pourquoi la pertinence du témoignage des disciples et des chrétiens dépend de leur fidélité au message de l’amour annoncé et vécu par le Christ. C’est d’ailleurs en ce sens que Jésus mettait en garde ses disciples en évoquant l’hypocrisie des faux prophètes : « C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez [3] ». Dans la même ligne de pensée, saint Jean rappelait à la communauté d’Ephèse que l’amour est l’unique critère d’appartenance au Christ. Cet amour n’est pas situé dans un principe abstrait et lointain. Il se vérifie dans le quotidien de tout homme et dans les différents choix qu’il opère au nom de sa foi : « Voici comment nous savons ce qu’est l’amour : Jésus-Christ a donné sa vie pour nous. Donc, nous aussi, nous devons être prêts à donner notre vie pour nos frères… Mes enfants, n’aimons pas seulement en paroles, avec de beaux discours ; faisons preuve d’un véritable amour qui se manifeste par des actes [4] ».

Quand nous faillons à notre témoignage, nous justifions les reproches qui sont faits à l’Eglise et aux chrétiens. On pourrait entendre par ce manquement les réflexions d’un sage hindou aux sentiments de satisfaction d’un prêtre catholique : Jésus et l’Evangile, c’est autre chose que les chrétiens qui sillonnent nos villages. Au-delà des principes, nous sommes surtout invités à vivre de l’Evangile et à lui donner chair. Aimer en acte et en vérité, telle est la caractéristique de l’amour dont nous sommes aujourd’hui les témoins dans le monde.

[1] Jn 13, 33a.34-35

[2] Ap 21, 2a.

[3] Mt 7, 16

[4] 1 Jn 1, 16.18

Publié le 3 mai 2010 par Nestor Nongo Aziagbia