Allégresse dans le Seigneur

14ième dimanche ordinaire
Textes : Is 66, 10-14c ; Ga 6, 14-18 ; Lc 10, 1-12.17-20

Quel avenir Jésus conçoit-il pour son Eglise ? Il n’y a pas de doute. Il porte le souci de la mission qui lui a été confiée par le Père. Il a passé sa vie à établir le Royaume de Dieu parmi les hommes en annonçant la Bonne Nouvelle du salut, en guérissant les malades, en délivrant les possédés, en proclamant les bienfaits du Seigneur aux hommes. Il réalisait ainsi les prophéties messianiques d’Isaïe. Pour mener à bien cet immense projet, Jésus s’est adjoint un groupe d’amis et de collaborateurs. Ce sont les apôtres, qui ont partagé sa vie et l’ont suivi tout au long de son ministère public. A côté de ce noyau de base, saint Luc évoque ici un autre groupe, beaucoup plus élargi, de 72 disciples. La mission qui leur est confiée est bien spécifiée : préparer la venue du Règne de Dieu par la prière et l’annonce de l’Evangile.

L’enthousiasme dont rayonnent les disciples semble ne pas être proportionnel aux moyens dont ils disposaient pour la réalisation de leur mission. Ils n’avaient en tout et pour tout que leur bonne volonté et la générosité des personnes auxquelles ils étaient envoyés. Jésus ne s’en cache d’ailleurs pas. Il formule nettement les exigences de cette mission dans des termes qui peuvent aujourd’hui choquer et révolter : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales et ne vous attardez pas en salutations sur la route [1] ». Si ces exigences ne frisent pas le sadisme, elles relèveraient d’une irresponsabilité notoire. La polémique autour des soldats français tués il y a quelque temps en Afghanistan pourrait confirmer la conviction selon laquelle tout ce qui s’apparente à une politique de casse-gueule est vivement décrié.

Toutefois, il se dégage de ces exigences le critère fondamental de détachement et de dépouillement. L’argent, le sac et les sandales symbolisent les marques de sécurité, de certitude et d’indépendance. La privation rappelle à l’homme la nécessité de dépendre d’un autre pour ses besoins fondamentaux, de faire confiance à d’autres et de vivre dans une certaine pauvreté. Il faut alors rompre les liens nuisibles qui enferment l’homme dans ses certitudes, l’empêchent de grandir et constituent des obstacles pour la réalisation de la mission.

Les disciples y ont cru. Contre vents et marrées et en dépit des adversités de toutes sortes, ils ont proclamé sans faille la Bonne Nouvelle. Aussi avaient-ils laissé éclater leur joie au retour de cette difficile mission. Les raisons de leur allégresse sont toutes indiquées. Non seulement avaient-ils annoncé la Bonne Nouvelle et établi le Règne de Dieu parmi les hommes, mais encore les esprits mauvais leur étaient-ils soumis au nom de Jésus. On comprend alors qu’ils s’ensoient réjoui. C’était une fierté personnelle.

Cependant, que cette réjoissance soit légitime n’empêche pas Jésus d’exhorter les disciples à approfondir les motifs de cette allégresse. La vraie joie ne découle pas nécessairement de la somme des réalisations qu’ils ont effectuées. Bien au contraire, elle se situe dans la relation d’intimité qui lie la personne à Dieu et garantit son plein épanouissement. C’est en ce sens que nous lisons l’exhortation que Jésus leur a adressée : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits mauvais vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux [2] ». Comme les disciples, chacun est appelé à connaître le Christ et à vivre la mission dans la fidélité à l’Evangile. Telle est la source de la véritable joie humaine.

[1] Lc 10, 3-4.

[2] Lc 10, 20.

Publié le 5 juillet 2010 par Nestor Nongo Aziagbia