« Anamnèse »

Oui ! « Anamnèse » c’est ainsi que j’appellerai notre dernière assemblée de district... C’est un mot délicat à manier et dont le Petit Robert ne sait pas dire grand-chose.

En tous cas, pour moi, l’anamnèse est la mémoire d’un passé fleuri et toujours vivant, qui produit toujours des fruits... C’est le partage eucharistique dans son mystère : nous proclamons le passé, l’envoi en mission que nous assumons dans le présent, nous annonçons la dynamique d’un mystère pour le futur et nous attendons un retour... non pas dans le sens d’Olivier Picard, l’éditorialiste des DNA, qui écrivait récemment que la France continue désespérément de regarder vers hier [1] !

Notre hier à nous, c’est notre demain ! Et nous l’avons encore expérimenté à cette assemblée.

Une deuxième face, ou phase, de notre rencontre, c’est que nous avons vécu l’oralité sous notre baobab à nous, dans un échange vivant, comme les abeilles butinent et signalent aux autres leurs découvertes en pollen et autres parcelles de vie. Oui ! C’était une ruche, et il est vrai que cela fut une assemblée de pollinisation à tous niveaux... dans une atmosphère de portes ouvertes, où chacun avait sa chaise réservée, et sans la contrainte de papiers à remplir ni de comptes-rendus sans cesse remis sur le métier jusqu’à « fatiguer »... Comme si l’on voulait les graver dans la pierre pour toujours... alors que c’est dans le cœur qu’il faut mettre cela ! Car une assemblée est une période de conversion, un passage au désert à la recherche d’une oasis.

Nous avons « tourné » dans nos trois commissions engendrées au hasard des réunions de chaque jour. Il ne fallait y séjourner que le strict minimum pour « délivrer », dans le vrai sens du terme, un message aussitôt intégré dans le texte en gestation. Un travail de fourmis, vous dis-je, après le butinage des abeilles. Et avec tout cela, j’ai l’impression de devenir bucolique.

Il faut dire que Sœur Malou, avec une réelle souplesse et une très grande maîtrise, savait orchestrer son « circus »… Dans le sens latin du terme on tourne ! – pas silence on tourne, sinon c’en est fini de l’oralité !

Finalement, nous avons fait une assemblée de laboratoire puisque nous fûmes, pendant ces trois ans, une « entité » (oh ! le vilain mot !) en expérimentation, mais non pas en clonage. Nous avons ainsi tissé des liens, avec tous ceux et celles - oui, celles... elles s’appellent Adèle Furst et Lily Bucher et furent toujours présentes - qui, avec nous, veulent expérimenter une certaine façon de vivre autrement, un projet de mission dans un partenariat temporaire et international comme la SMA. Le temps qu’il faudra pour semer et voir la récolte s’annoncer... Dans l’Ecriture, cela s’appelle la réciprocité, ou la fraternité.

Je n’aime pas trop le mot « retour sur investissement », cela fait très banquier et sent trop le placement capitaliste... Un pauvre peut-il investir l’obole qu’il n’a pas ? Mais partager un projet où chacun apporte la part qu’il peut, pour le temps qu’il faut, cela oui... dans le respect de toute différence.

[1] DNA, mardi 10 août 2010.

Publié le 14 septembre 2010 par Jean-Pierre Frey