Avançons sur la route de la paix

Le Père Ernest Klur a rejoint sa mission de Tiemé en Côte d’Ivoire. Nous le remercions de nous faire part d’une belle initiative dans ce pays qui cherche toujours son unité : une session de formation sur le thème de la paix, organisée par l’ONUCI du 11 et 12 mai 2009 à Odienné.

Ce fut la première session organisée à Odienné pour les quatre préfectures et sous-préfectures (Odienné, Madinani, Tiemé et Samatiguila), session qui doit dans la suite être répercutée sur Daloa, Yamoussoukro et Bouake. Nous étions environ 80 personnes des différentes ethnies de la région du Nord-ouest. Le but était d’apprendre à gérer les conflits, inter ethniques, inter religieux, inter générationnels suite à cette guerre fratricide ; à établir des relations de confiance pour pouvoir former une nouvelle convention civile qui tienne la route et ainsi poser des jalons et reconstruire une paix durable dans le respect des personnes.
Pour nous accueillir, chacun de nous recevait une petite feuille sur laquelle était inscrite dans différentes langues la manière de se saluer ; s’accueillir différents, c’était s’ouvrir à l’autre, différent, semblable, complémentaire, pour s’enrichir mutuellement. Ce fut le premier pas pour entrer dans une éducation aux valeurs de la culture de la paix.

« Peut-on arriver à une définition consensuelle de la Paix ? »
Ce fut la première question posée. C’est le Docteur Diénéba DOUMBIA [1] qui, en trois exposés, nous a communiqué les concepts, les méthodes, les objectifs, les supports et les stratégies pédagogiques.
C’est, en remontant à Saint Augustin que l’on peut trouver le premier essai d’une définition « autonome » de la paix. Ici, la paix n’est pas considérée par référence antithétique à la guerre. Pour Saint Augustin, la paix est « l’ordre dans la tranquillité ». Dans nos différentes ethnies, nous avons pu constater dans les expressions de salutations respectives que cette même signification pouvait ressortir.
La paix est certes un état (de bien-être ou d’harmonie par exemple) mais elle suscite, à la différence de la guerre qui nous met en transe, des sentiments de « profonde ferveur ». La paix se cultive, et l’expression « culture de la paix » telle qu’elle a été choisie par l’UNESCO est intéressante. Eduquer à la culture de la paix, c’est transmettre des valeurs et susciter des attitudes et comportements propres à créer un monde de paix.

L’UNESCO est le principal promoteur de l’éducation à la culture de la paix. Depuis l’Année Internationale de la paix (2000), l’Unesco est très engagé dans l’étude des modalités de mise en œuvre d’une éducation à la culture de la paix. Elle recommande l’intégration, dans les programmes éducatifs, d’éléments relatifs à la culture de la paix. L’éducation constitue l’une des voies privilégiées pour opérer le passage d’une culture de la violence à une culture de la paix.

L’UNESCO préconise, pour que la paix et la non-violence prévalent, qu’il faut :
Renforcer une culture de la paix par l’éducation.
Promouvoir le développement économique et durable.
Promouvoir le respect de tous les droits de l’homme.
Assurer l’égalité entre les femmes et les hommes.
Favoriser la participation démocratique.
Développer la compréhension, la tolérance et la solidarité.
Soutenir la communication participative et la libre circulation de l’information et des connaissances.
Promouvoir la paix et la sécurité internationales.

Quelques citations qui nous ont tous marqués :
La Paix est un long chemin. Il est d’autant plus long que l’on tarde à l’emprunter. (Pierre Villard)

L’enfant est une graine de paix ou de violence à venir et son contexte familial et communautaire doit être compris comme un grenier pour la construction d’un monde plus juste et fraternel, au service de la vie et de l’espoir. (Zilda Arns Neumann)

N’écoutez pas la paix, ne voyez pas la paix, ne sentez pas la paix, ne touchez pas la paix, ne parlez pas de la paix. Soyez juste la paix et vous serez une note extraordinaire, importante, dans le chant de la paix car la paix ne se résout pas à une nature, elle est la nature elle-même. (Fortuné Alain Backoulas Junior)

La paix, ce n’est pas quelque chose qui vient de l’extérieur. C’est quelque chose qui vient de l’intérieur. C’est quelque chose qui doit commencer au-dedans de nous-mêmes ; chacun a la responsabilité de faire croître la paix en lui afin que la paix demeure générale. (Dalaï Lama Tenzin Gyatso)

Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé. (Nelson Mandela)

La paix n’est pas comparable à un objet précieux qui vous appartient. Il faut toujours la conquérir.] (Grieg Nortahl)

Vous priez en permanence : la pensée elle-même est une prière. Tout objet de votre attention prend de l’importance. Pour changer le monde, changez vos idées sur le monde. Si vous voulez ressentir la paix : devenez la paix. La paix est toujours présente bien qu’elle soit quelque fois cachée. L’amour est la seule force de l’univers. Le monde est déjà guéri. (James Twyman)

Méthode pédagogique
Comme méthode pédagogique, il s’agit de travailler en groupe à la réalisation d’objectifs communs par le processus d’apprentissage coopératif, en établissant des relations sincères, plus réciproques, non fondées sur la concurrence mais sur l’échange ; le débat, en développant les capacités à argumenter, en suscitant les capacités à l’oralité, éveillant l’esprit critique pour réveiller une nouvelle conscience, acquérir des nouvelles compétences par l’amélioration des connaissances, créer un changement d’attitude (adhésion) et un changement de comportement(action) et par ce climat de paix, de liberté et de sécurité, éduquer à la culture de paix.

Mais le programme d’Education à la culture de la paix va plus loin par le fait qu’il vise plutôt à transformer cette compréhension en action, en suscitant notamment l’intérêt, la participation et l’engagement.

Comprendre les conflits et édifier la Paix
Présenté par Marguerite YOUPI KONE, formatrice en gestion et prévention des conflits et de l’édification de la Paix. Voici simplement quelques flash sur « comprendre » le conflit et le traitement des conflits et l’édification de la paix. Le conflit, en chinois, signifie « danger » et « opportunité ». Ceci exprime nettement la dualité du mot. Le conflit peut être destructeur ou constructif selon la manière dont il est géré. En lui-même le conflit n’a pas de nature ; c’est-à-dire qu’il n’est ni bon ni mauvais.
Les conflits peuvent être utilisés pour apporter un changement positif : la maturité des individus, des organisations et des communautés. Les conflits meublent la vie. Ce qui détermine la nature du conflit est la réaction des individus souvent affectés par plusieurs facteurs et ceci détermine l’issue négative ou positive. Il s’agit notamment des croyances, du passé, des expériences et de la culture... il convient d’insister sur le contenu éminemment affectif et socio-culturel de ce mot. Chacun a une appréhension personnelle du conflit en fonction de son vécu et l’image qu’il en a ou elle en a, va orienter très fortement son attitude et les sentiments qu’il ou elle ressent lorsqu’il ou elle se trouve lui-même en situation de conflit. Les instruments de traitement des conflits sont : La négociation, La conciliation, la médiation, l’arbitration, la procédure judiciaire. L’édification de la Paix : à chaque étape du conflit il y a une variété de stratégies possibles de construction de la paix. Elle est possible à condition que le conflit ne soit pas négatif. Il doit être constructif sinon, il détruit les relations, les familles et les communautés.

La cohésion sociale
Le troisième exposé sur la cohésion sociale a été prononcé par le Dr Tours - Diabate Ténin, Consultante. En voici un modeste survol : La cohésion sociale désigne l’ensemble des croyances et des sentiments communs des membres d’une société. Il se transmet d’une génération à une autre et sert de lien entre les générations. La conscience collective s’impose de l’extérieur aux individus de façon coercitive : elle sert de guide moral et conditionne le comportement. La façon dont l’individu réagit aux pressions du groupe est analysée en psychologie, alors que l’analyse de la conscience collective est le domaine d’étude du sociologue.

Le lien social est donc « ce qui fonde la coappartenance des individus à un même espace social. » Il assure que les acteurs d’une société agissent selon des modèles collectivement acceptés afin d’éviter des ruptures sociales pour l’individu. Les formes sociales sont variées : le lien communautaire (famille, village), le lien démocratique crée par l’état pour faciliter l’émergence d’une nation, ou l’état-providence par des politiques de lutte contre les inégalités sociales et culturelles. Le lien marchand par l’échange, le marché, est au cœur de la régulation sociale.

Une société cohérente est donc une société stable, harmonieuse stable et équilibré, où le citoyen à la possibilité de s’épanouir, de s’exprimer et de participer à la vie de la nation en toute liberté. En effet, un système s’élabore, aux règles parfois rigides, à l’intérieur duquel les individus d’une même catégorie d’âge jouissent d’une place reconnue et, solidairement, exercent certaines fonctions ou animent des institutions plus ou moins étoffées. La répartition en classes et fraternités d’âge tend à structurer l’ensemble du corps social, y compris le monde des enfants et des jeunes gens, suscitant à chaque échelon des traditions propres. Elle a pour but d’engendrer entre contemporains et pairs un esprit d’égalité et d’attachement, issu d’une commune formation, et devant se traduire par une confiance mutuelle et l’obligation de se porter assistance les uns aux autres, ce qui indubitablement renforce la sauvegarde de la cohésion sociale.

Des gestes de Paix
Pour conclure la session, quelques gestes ont été posés :
- la remise de sandalettes marquées : marchons sur la route de la paix et des insignes, une flèche je suis sur la route de la paix.
- et ce poème, lu ensemble, que chacun a été invité à faire sien en le pratiquant dans le quotidien, dans les relations réciproques.

Poème d’envoi [2]

L’enfant apprend ce qu’il vit.

S’il vit dans le reproche,
Il deviendra intransigeant.
S’il vit dans l’hostilité,
Il deviendra agressif.

S’il vit dans la dérision,
Il deviendra timide.
S’il vit dans le refus,
Il sera sans confiance.

S’il vit dans la sérénité,
Il sera plus équilibré.
S’il vit dans l’encouragement,
Il sera entreprenant.

S’il vit dans l’appréciation,
Il sera plus compréhensif.
S’il vit dans la loyauté,
Il sera plus juste.

S’il vit dans la clarté,
Il sera plus confiant.
S’il vit dans l’estime,
Il deviendra plus sûr de soi.
S’il vit dans l’amitié,
Il deviendra un ami véritable pour son monde.

[1] Directrice du département de la recherche de la Paix, Fondation Félix Houphouët Boigny pour la recherche de la Paix.

[2] Ce texte est cité dans Coîtos-Maroc, septembre 1978 dans « construire la non-violence » de Suzanne Heughebaert et Mireille Maricq, Edit De Boeck 2004.

Publié le 10 novembre 2009 par Ernest Klur