Avançons sur la route de la paix, une formation organisée par l’ONUCI

Les 11 et 12 Mai 2009 se tenait à Odienné la première session sur la paix en Côte d’Ivoire, organisée par l’ONUCI [1]. Nous étions environ 80 personnes de la région du Nord-ouest. Le but était, suite à la guerre fratricide qui a ravagé le pays, d’apprendre à gérer les conflits - ethniques, religieux, générationnels – et à établir des relations de confiance pour former une nouvelle convention civile qui tienne la route. Et ainsi reconstruire une paix durable dans le respect des personnes.
Pour nous accueillir, on nous remit à chacun une petite feuille sur laquelle était inscrite la manière de se saluer dans différentes langues. S’accueillir différents, c’était s’ouvrir à l’autre pour s’enrichir mutuellement. Ce fut le premier pas pour entrer dans une éducation aux valeurs de la culture de la paix.

Peut-on arriver à une définition consensuelle de la paix ? fut la première question posée. Le Dr Diénéba Doumbia [2] y répondit par un exposé qui nous a communiqué les concepts, les méthodes, les objectifs, les supports et les stratégies pédagogiques. Il faut remonter à St Augustin pour trouver le premier essai d’une définition « autonome » de la paix, sans référence antithétique à la guerre : pour lui, la paix est l’ordre dans la tranquillité. Il s’agit certes d’un état - de bien-être ou d’harmonie par exemple - mais qui suscite, à la différence de la guerre, des sentiments de profonde ferveur. La paix se cultive, et l’expression culture de la paix telle qu’elle a été choisie par l’UNESCO est intéressante. Eduquer à la culture de la paix, c’est transmettre des valeurs et susciter des comportements propres à créer un monde de paix.
Principal promoteur de ce projet, l’UNESCO, depuis l’Année Internationale de la Paix, en 2000, est très engagé dans sa mise en œuvre, en particulier dans l’enseignement. C’est l’une des voies privilégiées pour quitter la culture de la violence. L’organisation préconise pour cela de promouvoir le développement économique, d’assurer le respect des droits de l’homme et l’égalité entre hommes et femmes, de favoriser la participation démocratique et la libre circulation de l’information, de développer, enfin, la tolérance et la solidarité.

Marguerite Youpi Koné [3] fit une intervention sur le conflit, sur sa compréhension et son traitement. En lui-même, le conflit n’est ni bon ni mauvais : il peut-être destructeur ou constructif, selon la manière dont il est géré. On peut l’utiliser pour apporter un changement positif, favoriser la maturité des individus, des organisations et des communautés. Les conflits meublent la vie. Ce qui détermine leur nature, et l’issue négative ou positive, c’est la manière dont réagissent les individus. Ceux-ci sont affectés par plusieurs facteurs, notamment leurs croyances, leur passé, leurs expériences, leur culture… Chacun réagit au conflit en fonction de son vécu, et cela oriente fortement son attitude et ses sentiments lorsqu’il se trouve dans cette situation.
Les instruments de traitement des conflits sont la négociation, la conciliation, la médiation, l’arbitrage et la procédure judiciaire. A chaque étape du conflit s’offrent plusieurs stratégies pour construire la paix. Celle-ci n’est possible qu’à condition que le conflit ne soit pas négatif : il doit être constructif, sinon il détruit les relations, les familles et les communautés.

Le Dr Touré-Diabaté parla de l’intégration sociale face aux grandes mutations. La cohésion sociale, ensemble des croyances et des sentiments communs aux membres d’une société, sert de lien entre les générations. La conscience collective, en s’imposant de l’extérieur aux individus de façon coercitive, fait office de guide moral et conditionne le comportement. Le lien social est ainsi ce qui fonde l’appartenance des individus à un même espace social. Il assure que les acteurs d’une société agissent selon des modèles collectivement acceptés afin d’éviter des ruptures pour l’individu. Ses formes sont variées : communautaires (famille, village), démocratiques (créée par l’état), commerciales (échange et marché sont au cœur de la régulation sociale)... Une société cohérente est donc une société stable, harmonieuse et équilibrée, où le citoyen a la possibilité de s’épanouir, de s’exprimer et de participer à la vie de la nation en toute liberté.

Pour conclure, quelques gestes symboliques ont été posés : remise de sandalettes portant le slogan marchons sur la route de la paix et d’un insigne en forme de flèche qui arborait la devise Je suis sur la route de la paix. Et ce poème, lu ensemble, que chacun a été invité à faire sien en le pratiquant au quotidien dans ses relations. Vous pouvez le lire page suivante.

[1] ONU Côte d’Ivoire.

[2] Directrice de département à la Fondation Félix Houphouët Boigny pour la recherche de la Paix.

[3] Formatrice en gestion et prévention des conflits et de l’édification de la Paix.

Publié le 22 mars 2010 par Ernest Klur