Avoir foi dans le Seigneur

4ième dimanche de l’avent
Textes : Is 7, 10-16 ; Rm 1, 1-7 ; Mt 1, 18-24

A moins d’être un aventurier, personne n’ose avancer dans l’inconnu ou plonger dans le vide. Un tel risque ne vaut pas la peine. Il relève plutôt de l’inconscient. En homme avisé, on préfère prendre de bonnes dispositions et assurer ses arrières. Cela signifie en d’autres termes faire preuve de sagesse. Ces précautions caractérisent un véritable pragmatisme. C’est au nom de ce principe que nous pouvons interpréter l’attitude d’Acaz vis-à-vis de Dieu.

Face à la menace que constituent le roi de Damas et celui de Samarie, le jeune roi d’Israël se projette dans une alliance politique avec le roi d’Assyrie. Il voit dans ce rapprochement le seul moyen de protéger son pouvoir et d’assurer la sécurité à son peuple. Cette initiative est trop humaine. Elle ne plaît pas à Dieu, qui la désapprouve. Aussi envoie-t-il son messager à Acaz pour lui faire changer d’avis. La mission du prophète Isaïe consiste à dissuader Acaz de ses intentions rebelles et à vigoureusement lui rappeler de mettre sa confiance dans le Dieu de ses pères. Le Seigneur n’a-t-il pas sauvé Israël de l’esclavage d’Egypte ? En dépit des dangers de la traversée du désert, ne l’a-t-il pas mené à bon port ? La force de l’homme est entre les mains de Dieu.

Pourtant, Acaz ne se résout pas à cette évidence. Il s’entête dans son refus de se mettre entièrement entre les mains de Dieu. La pieuse attitude qu’il manifeste n’est en fait qu’une pure simulation. Il se refuse à suivre les instructions transmises par le prophète et à se conformer à la volonté du Seigneur. Le « Je n’en demanderai pas, je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve [1] » apparaît alors comme une dérobade. Craignant le bouleversement et la remise en cause de ses plans, le roi affiche un refus poli à la proposition du Seigneur. Celui-ci, toutefois, ne s’offusque pas de cette attitude. Le salut du peuple vaut plus que les intérêts que compte défendre Acaz. Aussi le prophète Isaïe interprète-t-il l’événement de la naissance du futur héritier d’Acaz comme le signe de la libération du peuple. Le Seigneur tient sa promesse et assure l’avenir de la lignée de David, son serviteur.

Aux tergiversations et au refus d’Acaz s’oppose la docilité de Joseph qui accepte de prendre chez lui Marie, son épouse. En dépit de la frustration qu’il a pu ressentir - comment pouvait-il en être autrement alors qu’il avait le sentiment d’être trahi dans son amour-propre et dans son honneur ? - il écoute et accueille la Parole de Dieu. Il ne se bloque pas dans l’incompréhension du mystère que l’ange lui annonce. Il y consent et pose même un acte de foi. Il fait confiance et s’inscrit dans le projet que le Seigneur formule pour lui.

En ce temps de préparation à Noël, la liturgie nous rappelle que nous nous comportons parfois à la manière d’Acaz. Nous nous murons dans nos propres convictions, préoccupés à préserver nos intérêts. Le Seigneur, qui se fait proche de nous, le Dieu Emmanuel, nous invite à nous ouvrir à sa grâce. Suivons en cela l’exemple de Joseph. Ne craignons pas d’accueillir le Seigneur même s’il bouleverse nos projets et nous entraîne sur des chemins nouveaux. C’est en cela que nous manifestons notre foi en Celui qui tient, à travers les âges, ses promesses de bonté et de fidélité à l’égard des hommes. Non seulement pouvons-nous le reconnaître comme Emmanuel, Dieu-avec-nous, mais encore comme notre Sauveur.

[1] Is 7, 12.

Publié le 22 décembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia