Brésillac, générateur d’harmonie

Nous savons que les Missions Etrangères de Paris ont façonné « le missionnaire apostolique » que fut Brésillac, notre fondateur. Pour rester fidèle à sa trajectoire de vie, il se ménage des temps de reprise dans des lieux-refuge où il peut faire le vide. Mise au vert ou remise en forme !

Il jette son dévolu sur Idapady (district de Salem, Inde du Sud). Dans cet écrin de verdure propice à la culture du manioc, Brésillac affine son engagement missionnaire. Idapady le plonge dans un environnement où la caste supérieure, les brahmanes, sont majoritaires. La proximité de la rivière sacrée, la Cauveri, lui offre des raccourcis vers les villages des montagnes.

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A Idapady.
Photo Marcel Schneider

Le lieu le séduit ; la jeunesse l’émerveille. « J’étais enchanté de leurs dispositions, et leur intelligence me paraissait phénoménale. » Mais il y rencontre une communauté chrétienne en ébullition. Un missionnaire avait suspendu le jeu de la Passion qui se déroulait d’année en année au temps de carême. Les chrétiens encaissaient cette interdiction comme une « malédiction ».

Brésillac se sent dans l’obligation « de mettre la paix ». Il fait « faire la première communion des enfants avec plus de pompe que de coutume ». A travers eux, il touche la corde sensible des parents et trouve un terrain de dialogue. Il sait que « la manière de traiter les enfants a beaucoup d’influence sur le cœur des pères et des mères. » Il réussit à les faire craquer.

Les voilà prêts à emprunter le chemin de la réconciliation et de la concorde. Brésillac joue « donnant-donnant ». Leur engagement déclenche son engagement. Ils sont prêts à mettre en place un chef de village et à financer un catéchiste. En contrepartie, Brésillac renoue avec la tradition des représentations de la Passion. Il corrige le passé et s’attelle à « relever leur honneur aux yeux des chrétiens du district ». Cette réconciliation, Brésillac la scelle autour d’un repas champêtre, et lui-même apporte son écot : « Je donnai un mouton pour ma part. »

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L’église d’Idapady.
Photo Marcel Schneider

Brésillac a joué « gagnant-gagnant ». Le terrain et sa quête personnelle lui ont enseigné la beauté du compromis. Dans son engagement pour la gloire de Dieu et le salut du monde, il privilégie l’option du « générateur d’harmonie ». Il est conscient qu’elle est le levain que Dieu met dans la création. Cette évidence empoigne tout son être.

Cette option nous fait comprendre ses objectifs prioritaires : recherche de l’accord par l’adaptation et la cohérence. Quelque part, tôt ou tard, cette logique de vie lui ouvre un chemin de croix, un chemin de souffrance. Il paie la rançon de sa passion pour la concorde.

Terre d’Afrique, juin 2010

Publié le 15 juin 2010 par Marcel Schneider