Ce grand inconnu… l’Esprit de la Vie

Une réflexion sur la Pentecôte.

Le seul péché qui faisait naître la colère de Dieu dans l’ancienne et première alliance c’est l’adoration d’autres dieux… des faux dieux. Car c’était faire perdre son visage à Yahvé et c’était prendre son pouvoir en otage pour d’autres usages, souvent très personnels. C’était déjà le détournement de fonds d’un mauvais trader, comme on dit maintenant ! Car Dieu était passionné et jaloux de son être de Dieu et de sa Parole, son commandement.

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Ara nichant dans un temple indien.
Photo J.-P. Frey

Toute loi est une voie, un chemin pour le bonheur des hommes. Honore ton père et ta mère car un jour tu seras content quand tes enfants t’honoreront dans tes vieux jours. Ne prends pas ce qui n’est pas à toi. Ne tue pas ton camarade, ne l’agresse pas non plus… Sinon toi-même tu ne pourras plus vivre en paix.
C’est simple comme approche et c’est l’Esprit qui a « soufflé » les dix Paroles à Moïse - pour remuer le Sinaï comme il l’a fait, il fallait quand même « du souffle », comme on dit. Mais, en général, il est bien plus discret et quasi inaudible ! Ainsi le souffle premier était celui d’un Dieu qui planait au dessus de l’abîme chaotique à la manière d’une colombe, mais il n’était pas une colombe. Et lorsque Dieu dit, tout à fait au commencement [1] : « Il fait nuit ici, que la lumière soit ! », il le « dit », et c’est le Verbe qui parle et l’Esprit qui agit. « Mettons les eaux d’un côté et la terre ferme de l’autre », dit-il aussi, et l’Esprit le fait encore… Et quand Dieu pétrit l’homme comme un potier de Soufflenheim, avec la même terre, il voit bien qu’il lui manque quelque chose… Il ne bouge pas, cet homme pétri de terre glaise. Et l’Esprit dit à Dieu : « Attends ! Je vais souffler dans ses narines mon souffle de vie ! Tu vas voir ! » Et l’homme se met à bouger et Dieu le met debout…

Mais pour cela, il faut du souffle.

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L’Esprit Saint. Vitrail de St-Pierre de Rome.
Photo J.-P. Frey

Quand Dieu dit : « Que le Verbe, mon Fils et ma Parole, se fasse chair… », l’Esprit lui dit : « Attends ! J’ai un plan. Je vais consulter Marie, et avec son consentement, je vais lui demander de donner sa « chair » à ton Verbe de Fils… » Car l’Esprit ne fait jamais rien sans le consentement de l’homme, et c’est avec celui de Marie que le Verbe s’est fait « chair ». Il y a ainsi un dialogue permanent entre le Père et l’Esprit en ce qui concerne le Fils
Et lorsque Jésus est mort à trois heures, Dieu a dit à l’Esprit : « Mon Fils est mort et je n’ai rien pu faire… ». « T’en fais pas », lui répond l’Esprit, « dans trois jours je soufflerai dans ses narines la même vie que toi, jadis, tu as soufflé dans les narines de ton Adam de glaise et il vivra comme le Nouvel Adam… Il passera de la mort à la vie et ils appelleront cela : Pessah ! Pâques ! » Voici le Dieu qui, une fois encore, passe par son Esprit pour refaire les choses, les revitaliser avec « des énergies nouvelles » !

C’est pour cela que dans certains pays on appelle la Pentecôte das grüne Fest – la fête de la verdure qui renaît ! En souvenir de la colombe que Noé a envoyée après 50 jours de déluge et qui a ramené une branche verte en voguant dans la brise qui faisait se résorber les eaux… Mais aussi en souvenir des vents du printemps qui permettent la pollinisation des arbres… Il faut dire qu’à Pâques, c’est un peu tôt ! Cinquante jours après, cela va mieux ! Depuis l’incarnation, et même avant, en prévision de l’incarnation, Dieu ne dédaigne pas les coutumes des hommes, fussent-elles païennes ! Ailleurs, on appelle encore la venue de l’Esprit la fête blanche. Car ce jour-là, dans beaucoup d’Églises locales, on donnait le baptême aux nouveaux catéchumènes, tout de blanc vêtus, in albis. Ou comme on dit chez nous : wisser sundii en alsacien, whitsun en vieil anglais, weisser Sonntag en allemand. Mais toujours avec 50 jours de retard - ou de répit !

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Aras nichant dans un temple indien.
Photo J.-P. Frey

Finalement l’Esprit, c’est le Dieu qui se débrouille. Depuis qu’il a harmonisé le chaos primitif et mis les choses à leur place, il débrouille toutes les embrouilles. Il connaît le passé et la Tradition, mais c’est pour les renouveler et non pour s’y enliser. Il connaît le péché d’origine, mais c’est pour nous en libérer et non pour nous culpabiliser. Il connaît l’hiver, mais c’est pour en faire naître la vie du printemps et non pour nous engourdir !

Pour cela il faut du souffle ! Et l’Esprit souffle mais, comme dit l’Ecriture, uniquement là « où il veut » ! Et c’est très bien ainsi… A chacun d’écouter, attentivement… sans perdre son souffle !

Terre d’Afrique juin 2009

[1] Cf Genèse 1-3.

Publié le 17 juin 2009 par Jean-Pierre Frey