Chez Pierre, en Côte d’Ivoire.

Depuis quelques années j’avais promis à mon camarade de cours Pierre Kunegel d’aller le voir dans sa mission de Kombolokoura. Les circonstances étant favorables, je me suis lancé...

Abidjan.

Traverser de nuit Abidjan n’était pas très engageant, surtout avec de nombreux contrôles de police surgis à l’improviste et de nulle part… Ce qui m’a frappé, quinze ans après mon dernier passage, c’est la dégradation de la ville : routes abîmées, ordures et détritus traînant dans les caniveaux, lagunes qui s’envasent et dégagent des odeurs nauséabondes. Le moins que l’on puisse dire c’est que ces dernières années il y a eu plutôt régression qu’avancées. Comment en effet mener de front guerre et développement ? Mais des profiteurs de guerre, il y en a eu, et si les pauvres sont devenus plus pauvres, il y a eu aussi quelques milliardaires de plus en Côte d’Ivoire. Jamais la ville n’a vu autant de grosses cylindrées et de véhicules luxueux, fruits de l’argent du pétrole, du cacao, des pots-de-vin et de trafics en tout genre… Les gens vivent de petits métiers et de débrouille. La police elle aussi se débrouille en arrêtant les voitures soi-disant flashées par des radars inexistants. Quand cela nous est arrivé, je suis sorti de la voiture et j’ai dit que j’allais remonter la rue pour voir l’emplacement du radar. Pendant que je partais, Pierre dit au policier que j’écrivais des articles sur Abidjan et que ce serait dommage qu’ils perdent la face… On m’a rappelé et on nous a dit de partir !

Kombolokoura.

Le voyage vers le nord s’est passé à éviter les trous « en formation » sur les routes aussi bien que sur l’autoroute ! Timbé, l’ancienne paroisse de Pierre où il a laissé un gros morceau de son cœur, Katiola. Pèlerinage à Fronan pour nous recueillir sur la tombe de François Humbert. L’immense église de Fronan, débarrassée des chauve-souris grâce aux prouesses du Père Goetz, trône toujours dans son écrin de verdure. Nouvelle halte à Nyakara, où se trouve l’autre morceau du cœur de Pierre, avec la visite du centre agricole généré par lui et qui renaît de ses cendres. Nous arrivons enfin dans la soirée à Korhogo, au relais SMA tenu par J.-P. Michaud, mais malheureusement en panne d’eau et d’électricité à la suite d’un orage violent. A Korhogo, les œuvres sociales sont très bien représentées : le Centre St Camille pour handicapés mentaux, la Caritas qui fonctionne très bien, et le centre Don Orione pour les mal entendants et les muets.

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Le centre Don Orione.
Photo C. Rémond
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Le centre Don Orione.
Photo C. Rémond

Jusqu’à Kombolokoura, 32 km de piste avec trous d’eau ou rochers de latérite… moi qui avais la nostalgie des pistes, je suis servi, d’autant plus que les trombes d’eau d’une pluie violente nous accompagnaient, nous faisant croire parfois que nous étions en bateau ! La mission de Kombolokoura est un peu à l’écart du village, avec sa chapelle sur une hauteur. Maison basse, bien entretenue et entourée d’un grand terrain où Pierre laisse s’exprimer à plein sa préoccupation du développement agricole : abeilles, arbres fruitiers, potager, champs de maïs etc. Georges, le cuisinier, et deux jardiniers nous accueillent. Eclairage au groupe électrogène pour le repas, puis on passe à l’éclairage solaire, moins onéreux. Le dimanche, messe de 8 h à Kombolokoura, avec une petite assistance mais avec des balafons à la douce sonorité. Pierrot me laisse prêcher sur l’unité entre chrétiens et la responsabilité d’un chacun.

Pygnon.

Ce dimanche, nous avons assuré la messe à Pygnon, un village éloigné d’une quinzaine de kilomètres. Pygnon ! c’est le souvenir le plus marquant de mon périple. Voilà son histoire. Pygnon est un village où les chrétiens sont minoritaires et où le chef et les principaux notables sont musulmans.

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L’accueil à Pygnon.
Photo C. Rémond

Il y avait une chapelle menaçant ruine. Le chef fit venir le Père et lui dit : « La case pour ton Dieu, c’est pas bon. Je te donne un terrain et tu construis quelque chose de bien. » Sitôt dit et sitôt fait. Les chrétiens, avec le Père, ont élevé une belle chapelle et ce dimanche était en quelque sorte son inauguration. Quelques centaines de mètres avant l’entrée du village, 200 personnes environ nous attendaient avec trois orchestres de balafons. Arrivée musicale et dansante à la chapelle, avec messe solennelle et le chef assis avec les célébrants.

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La messe à Pygnon.
Photo C. Rémond

A la fin de l’office, comme partout, des discours. D’abord celui du chef, qui relate ce qu’il avait dit au Père lorsqu’il est arrivé, « Père, ce village est à toi, les hommes, les femmes, les chèvres et les poulets… », et il se félicite de la bonne entente qui y règne. Puis ce fut le tour de la jeunesse chrétienne de Pygnon. Après un repas, nous sommes rentrés à la mission fatigués, ravis de l’accueil et rêvant de ce que pourraient être les rapports entre religions basés sur le respect de l’autre et sur la confiance.

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Le chef de Pygnon, entre le P. Kunegel (à g.) et le P. Rémond.
Photo C. Rémond
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En route !
Photo C. Rémond

Autre temps fort pour moi. La visite d’un village où l’on fêtait la sortie du Poro. La piste était tellement mauvaise que j’y suis allé assis à l’arrière de la moto d’un catéchiste, les flaques d’eau frôlant les pieds et, je dois dire, pas tellement rassuré. Au village, les jeunes, dans leurs atours de fête, écoutaient de la musique et chacun moyennant une participation pouvait boire diverses boissons.

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Les jeunes gens du Poro.
Photo C. Rémond

Mais tout a une fin. Le retour s’est déroulé en sens inverse jusqu’à l’aéroport et l’envol, le cœur et la tête pleine d’images et de reconnaissance pour celui qui m’a si fraternellement accueilli.

in Terre d’Afrique, mars 2009.

Publié le 15 mars 2009 par Claude Rémond