Comment Frédéric a connu l’Eglise

Savez-vous comment Frédéric a connu l’Eglise ? Il m’a expliqué lui-même qu’il était de souche protestante, mais non baptisé. Pourtant, dans son réseau d’amis, il fréquentait un couple catho, qui désirait faire baptiser leur fillette. Ils sont venus me voir, pour préparer la cérémonie, en me disant : « Nous avons trouvé un parrain, mais il n’est pas baptisé ! » Ils se doutaient bien que cela ne facilitait pas la tâche du prêtre. Mais sait-on jamais ?

Je leur demandai :
- Pour quelles raisons l’avez-vous pressenti comme parrain ?
- C’est une personne très valable !
- Bon ! J’accepte.

Bien sûr, pour satisfaire aux obligations de la législation de l’Eglise, nous avons également cherché une marraine qui, elle, répondait à tous les critères requis. Mais Frédéric fut ravi d’être accepté dans son rôle de parrain. Il participa ainsi de près à la célébration d’un baptême catholique.

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Photo sma Strasbourg

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais voilà que deux ans plus tard, l’intéressé m’appelle pour me demander de bien vouloir bénir son mariage avec Catarina, une charmante portugaise, infirmière dans la grande banlieue parisienne, et catholique décidée. Quand je lui parlai d‘une préparation à suivre pour vivre au mieux cet événement, il me répondit que cela ne l’effrayait pas. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés plusieurs fois chez moi, et au moins trois fois au restaurant. Le mariage fut célébré à l’Eglise catholique de Suresnes.

Il est certain que Frédéric ne figurera jamais dans les registres des cathos pratiquants. Mais est-ce vraiment un problème ? Il y a tant de gens qui, un jour, ont croisé Jésus sur les pistes ou le rivage du Lac, à la synagogue ou dans les bourgs de Galilée, en terre païenne - à Tyr, à Sidon, dans la Décapole - ou à Jérusalem, sans pour autant s’être intégrés dans le groupe des disciples. Pourtant, quelque chose de décisif s’est passé pour la plupart d’entre eux. Ils ont entendu un jour : « Lève-toi ! Va, ta foi t’a sauvé ; qu’il te soit fait selon ta parole ! » Ou bien « Va et fais de même. » Ou encore : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Frédéric a croisé l’Eglise, a entendu une parole à des moments clés de sa vie. Par-dessus tout, il fut reconnu et accueilli comme un homme digne de confiance. Cela l’a bouleversé, a produit un cheminement intérieur en lui, dont Dieu seul a le secret. Il n’a plus « peur de l’Eglise ».

Ainsi l’Esprit Saint continue son travail et son œuvre de salut dans le cœur de chacun. Il conduit tout homme vers la source d’eau vive qui jaillit en lui, à la racine de son humanité. A nous, baptisés, il nous demande d’être des collaborateurs responsables en croyant autant que lui dans les autres, incroyants, non baptisés, fidèles d’autres religions. C’est par l’accueil de l’humanité des autres et de leur valeur, par l’hospitalité que nous leur accorderons dans nos communautés, que nous servirons le mieux la cause de l’Esprit.

Terre d’Afrique juin 2010

Publié le 15 juin 2010 par Jean-Paul Eschlimann