Comment peut-on être Persan ?

Un événement récent, une votation suisse, s’est présenté comme une proie facile, un morceau de choix en quelque sorte, à l’appétit médiatique de quelques journalistes et autres politiciens bien empressés de pourfendre racisme, xénophobie, etc. Mais n’allons pas trop vite en besogne, regardons-y de plus près et, si possible, au-delà des frontières.

Alors, force est de constater que d’autres Etats hors la Confédération Helvétique veulent trouver, avec les lois d’interdiction, un moyen de définir leur identité nationale. Comment peut-on être Persan ? s’exclamaient les contemporains de Montesquieu.
- Mais enfin ! Est-ce possible ? Regarde sa tête, et sa façon de se vêtir !
- En effet, ça ne devrait pas exister, surtout pas chez nous.
- Donc, il faut l’interdire vite fait. Nous avons d’autres valeurs !

Si, du temps de Montesquieu, ce genre d’interdiction n’avait pas cours, nous avons aujourd’hui, au XXIe siècle, fait des « progrès », surtout depuis la Révolution et la « proclamation » des Droits de l’Homme...

Et quels sont donc les effets d’une telle loi d’interdiction ? Elle permet de trouver et définir notre propre identité. Soit ! Et à quel prix ? L’interdiction des minarets, ou de fumer dans l’espace public (ce ne sont que des exemples) ont ceci de commun : non seulement on réprouve « officiellement » des comportements d’autrui, mais on compte bien les éliminer, les bannir, les nier de fait.

Ainsi, au lieu de régler un conflit par une négociation, explicite ou implicite, par évaluation et appréciation réciproques, par « plus ample connaissance », le procédé autoritaire de l’interdiction légale d’un particularisme nie en fait l’humain. Il aiguise la perception des différences et, surtout, fige, bloque, plombe une situation en coupant court au dialogue et au compromis possibles jusque-là (que l’autorité devrait favoriser). Il prive en même temps les personnes de l’un de leurs droits fondamentaux : celui de gérer dans le temps et dans un espace de liberté la relation à ses semblables.

Publié le 31 août 2010 par Fernand Kochert