De la curiosité à la mission

3ième dimanche de Carême
Textes : Ex 3, 1-8a. 10. 13-15 ; 1 Co 10, 1-6. 10-12 ; Lc 13, 1-9

La rencontre de Moïse avec Dieu relève d’une coïncidence toute hasardeuse. Alors qu’il garde le troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane, il parvient à l’Horeb, la montagne de Dieu. C’est là qu’il devient témoin d’un fait inhabituel qui attire son attention : « L’ange du Seigneur lui apparut au milieu d’un feu qui sortait d’un buisson. Moïse regardait : le buisson brûlait sans se consumer [1] ». Ceci a aiguisé sa curiosité. Il a donc fait un détour pour voir de près cet événement en vue d’en déterminer la vraie nature. Cette envie de regarder et de toucher l’a davantage rapproché de Dieu. Il se crée alors une proximité entre les deux. C’est dans ce contexte tout à fait anodin que Moïse a été interpellé par le Seigneur et missionné auprès de ses frères : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de cette terre spacieuse et fertile, vers une terre ruisselant de lait et de miel, vers le pays de Canaan. Et maintenant, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Egypte mon peuple, les fils d’Israël [2] ».

Face à l’ampleur d’une telle mission, on ne peut que comprendre les réticences et les résistances de Moïse. Ses objections furent à la hauteur de son indignation. Il n’était pas préparé à s’engager dans un gros projet qui allait révolutionner la face de la terre. Son intention était très modeste : satisfaire simplement sa curiosité au sujet d’un fait qui sort complètement de l’ordinaire. Il émet alors une double objection à la mission que le Seigneur souhaite lui confier : Comment pourra-t-il affronter le puissant pharaon et se faire accepter par le peuple de ses pères ? En ce qui le concerne, Dieu balaie ses objections du revers de la main. Il semble ne pas s’intéresser aux compétences de Moïse. Il ne faut d’ailleurs pas à ce dernier d’autre qualification que sa disponibilité à porter la Bonne Nouvelle au nom du Seigneur. Ce à quoi le Seigneur l’engage, c’est de porter la vie, la liberté et le bonheur à son peuple Israël.

Comment cette mission que Dieu continue à adresser à tout homme s’entend-elle encore aujourd’hui ? Tout comme Moïse ne s’attendait pas à l’appel du Seigneur, le choix de Dieu nous prend bien souvent à l’improviste. Dans l’humilité, chacun mesure le chemin qui lui reste à faire et se rend compte de ses nombreuses lacunes. Fort de cette conscience, on n’ose rien entreprendre ; on trouve toutes les excuses possibles pour ne pas donner suite à l’appel que le Seigneur ne cesse de nous lancer.

Répondre alors à l’invitation du Seigneur est une aventure dans laquelle l’homme ne s’engage pas tout seul ; il n’est jamais abandonné à lui-même. Celui qui nous appelle à sa mission en porte la grande responsabilité. C’est en ce sens qu’il faut comprendre l’assurance que Dieu a donnée à Moïse lorsqu’il l’envoie auprès de son peuple : « Je serai avec toi [3] ». C’est d’ailleurs ce souci qui fait sortir Dieu de sa réserve et le détermine à s’engager aux côtés d’Israël pour le délivrer de ses oppresseurs et de la mort : « J’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Egypte et j’ai entendu ses cris sous les coups des chefs de corvée. Oui je connais ses souffrances. Je suis descendu le délivrer de la main des Egyptiens [4] ». Dans l’élan de cette mission que nous recevons du Seigneur, continuons à témoigner en vérité de l’amour de Dieu qui ouvre nos yeux aux besoins de nos frères et nous porte à travailler pour leur libération.

[1] Ex 3, 2

[2] Ex 3, 7-12a.

[3] Ex 3, 12a.

[4] Ex 3, 7-8

Publié le 9 mars 2010 par Nestor Nongo Aziagbia