De la fragilité humaine à la grâce divine

2ième dimanche de Carême
Textes : Gn 15, 5-12.17-18 ; Ph 3, 17-4, 1 ; Lc 9, 28b-36

Les trois lectures de ce deuxième dimanche de carême proposent à leur manière une certaine transformation qui touche à l’être même de toute personne.

Dans le contexte de l’alliance que le Seigneur établit avec Abraham, il est affirmé l’intervention de Dieu dans le cours de l’histoire en faveur de son élu. En effet, Dieu a opéré l’impossible pour son ami et transformé sa stérilité en une grande fertilité. Ne lui a-t-on pas promis qu’il serait à l’origine d’une nombreuse descendance ? La promesse que le Seigneur a faite à ce sujet à Abraham est sans ambiguïté : « « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu peux… » Et il déclara : « Vois quelle descendance tu auras » [1] » ! Qui pourrait le croire ? En dépit de son âge avancé et du caractère irréaliste de cette promesse, Abraham y croit de tout son cœur. Cette foi lui fut comptée comme justice par le Seigneur. C’est à la lumière de cette même foi que Dieu a conclu une alliance avec Abraham. La foi apparaît alors comme la certitude qui le fait avancer.

Saint Paul reprend à son compte la même thématique de la transformation dans le contexte de la résurrection. Il assure aux Philippiens que, contrairement à ceux qui n’ont pas d’espérance, le croyant est appelé à un destin lumineux dans le Christ qui lui fait partager sa vie de gloire. Aussi l’apôtre proclame-t-il : « Nous sommes citoyens des cieux ; c’est à ce titre que nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux [2] ».

Les apôtres, eux, ont été témoins de cette transformation lorsque Dieu a transfiguré son fils et révélé sa gloire à Pierre, Jean et Jacques. Le contraste est immense entre les tentations et la transfiguration de Jésus. Le premier récit insiste particulièrement sur sa fragilité humaine, alors que le deuxième le révèle dans toute sa gloire. Cette transfiguration est présentée dans les catégories vétérotestamentaires de la théophanie, c’est-à-dire de la manifestation de Dieu aux hommes. Dans l’Ancien Testament, les symboles de la montagne, de la blancheur, de la nuée évoquent la présence de Dieu auprès du peuple d’Israël au moment de la traversée du désert et du don de la loi.

C’est au mont Sinaï, lieu de vérité où il vient à la rencontre de l’homme et se fait connaître à lui, que Dieu a transmis à son serviteur Moïse les principes fondamentaux de vie qui constituent la loi. C’est aussi sur une montagne qui ressemble à la première que Jésus vient chercher la lumière et la force nécessaire pour tenir dans les épreuves qui l’attendent à Jérusalem. En ce lieu se manifeste la lumière éclatante de Dieu qui purifie, apaise les doutes et chasse les ténèbres. Aussi l’homme peut-il entreprendre son aventure sans risque d’aucun danger et dans la pleine confiance. Quant à Jésus, sa vraie nature s’est révélée dans la lumière même de sa divinité. Les apôtres en sont éclairés et ils l’ont reconnu comme le Fils de Dieu. C’est d’ailleurs sous cet aspect qu’il leur a été présenté : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi. Ecoutez-le [3] ». Nous qui sommes plongés dans le divin avec Jésus, nous entendons aussi la voix du Père qui s’adresse à nous dans les mêmes termes et affirme notre filiation adoptive à Dieu. En Jésus, nous nous reconnaissons enfants de Dieu et frères les uns des autres. Telle est l’une des découvertes que le récit de la transfiguration de Jésus nous permet de faire dans notre marche vers Pâques. Enfants de Dieu, vivant de sa présence et de sa grâce, nous ne pouvons que devenir témoins de sa grande bonté auprès de nos frères et sœurs.

Que l’écoute de la Parole de Dieu nous aide à conformer notre vie à celle de Jésus Christ et à faire rayonner sa bonté tout autour de nous.

[1] Gn 15, 5

[2] Ph 3, 20-21

[3] Lc 9, 35

Publié le 1er mars 2010 par Nestor Nongo Aziagbia