Décès du chef du village de Pygnon, en Côte d’Ivoire

Extrait du coutumier de la Mission de Kombolokoura

15 août 2010
Dans l’après midi, Nicodème Abou, accompagné de Joseph, catéchiste à Pygnon, de Denis, catéchiste à Dassoumblé, et du directeur de l’école de Dassoumblé, vient m’avertir du décès de Katiénéfoa, chef du village de Pygnon. Bien que musulman, il a toujours soutenu la Mission et c’est lui qui a insisté pour que je construise l’église dans son village. Il est décédé subitement dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 août et sera enterré le vendredi 17 septembre.

22 août 2010
Après avoir annoncé le décès à la communauté de Kombolokoura, je vais dire une deuxième messe à Pygnon, pour le chef du village. Certains membres de la famille et l’un ou l’autre notable sont venus à la messe. La fille aînée du chef, Siata, sachant que je venais au village, a tenu à faire le voyage d’Abidjan pour venir à ma rencontre et pour m’accompagner dans la cour de son père.

Après la messe, tous ensemble, nous nous sommes rendus dans la cour du chef où étaient rassemblés les membres de la famille et les notables. Après les salutations d’usage, j’ai exprimé les condoléances à la famille et au village. Puis j’ai demandé à bénir le corps. Les notables et les catéchistes m’ont accompagné. Après le Pater et l’Ave, j’ai béni le corps, et tous ensemble ont répondu « Amina » ! Ensuite, nous avons retrouvé la foule dehors et nous avons récité ensemble Le Pater et l’Ave.

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Les funérailles du chef de Pygnon.
Photo Pierre Kunegel

Après quoi, nous avons parlé de l’enterrement qui aura lieu le 17 septembre. J’ai proposé aux notables d’assister à l’enterrement musulman et pendant qu’on amènera le corps au cimetière, les chrétiens sonneront la cloche, puisque c’est pour honorer et remercier le chef que j’avais acheté cette cloche. Après l’enterrement, nous irons célébrer la messe pour le chef qui nous quitte et pour celui qui aura la lourde charge de prendre le relais comme chef du village. Le successeur a pris un poulet pour me l’offrir, me disant : « Notre chef t’a toujours offert un poulet, voilà encore un poulet de sa part ! »

En retournant vers l’église, la fille du chef m’a accompagné en me disant : « Mon père m’a toujours demandé d’aller visiter l’église. Je n’y suis jamais allée, mais aujourd’hui, je vais vous accompagner. » En cours de route elle m’a dit : « Mon père vous aimait beaucoup, il a toujours fait votre éloge et il nous a invités à garder le contact avec vous. » En fait, nous avions des rapports assez proches et il nous arrivait de parler de la foi en Dieu. Il m’avait dit à plusieurs reprises combien il était désolé de ne pas pouvoir être chrétien à cause de sa situation. Je l’ai tranquillisé en lui disant que Dieu regarde le fond du cœur, que, pour moi, il était aussi un des nôtre et que les chrétiens seront là le jour où Dieu l’appellera. A ce moment, il a essuyé une petite larme.

17 septembre 2010
Vers 10 heures, comme la piste directe est impraticable, je prends la piste de Korhogo-Pygnon. Elle est en partie réparée, mais toujours en mauvais état. A l’arrivée, je me rends dans la maison mortuaire, je fais une prière et je bénis le cercueil. Puis je vais saluer le nouveau chef et les notables. Je me rends à l’église, avec le catéchiste Joseph, pour faire les préparatifs en vue de la messe. Vers midi, on m’apporte le repas, puis je rejoins les gens rassemblés sous des bâches et la grande foule qui se tenait autour et… on attend la suite. Je salue différents membres de la famille. On me présente à ceux que je ne connais pas mais qui ont entendu leur père parler de moi. L’imam de Korhogo vient me saluer et me présenter à ceux qui l’accompagnent. Il m’a remercié pour la grande amitié qui me liait au le chef.

C’est à ce moment que j’apprends la venue du député Augustin de Napié. L’attente est longue. Lorsqu’il arrive, il est accompagné du député de la commune de Korhogo et de Mr Gaston Ouassénan Koné, ancien général de gendarmerie, ancien ministre de la sécurité, député du PDCI. Il est originaire de Katiola. J’ai eu plusieurs rencontres avec lui et ai été invité quelques fois chez lui, à Abidjan. Il est venu en tant que représentant de l’ancien chef d’état, Konan Bédié, pour décorer le chef, à titre posthume, car c’était un militant de la première heure. Dans son discours, il m’a salué en parlant de la longue amitié qui nous unit et aussi de l’amitié que j’avais partagée avec le chef du village. Puis, c’était le départ pour le cimetière. Pendant ce temps, la cloche de l’église a sonné. Au retour, les musulmans ont fait le sacrifice d’un mouton pendant que nous sommes allés pour offrir le sacrifice de l’Eucharistie.

Publié le 17 février 2011 par Pierre Kunegel