« Demeurez en moi. »

A partir des textes du sixième dimanche de Pâques de l’année B, 17 mai 2009 :
1e lecture : Act 10, 25-26 ; 34-35 ; 44-48.
Psaume 97 : A toutes les nations le Sgr a fait connaître sa victoire.
2e lecture : 1 Jn 4, 7-10.
Evangile : Jn 15, 9-17.

Chers amis, que « la grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père, et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous. » C’est par cette formule empruntée à l’Apôtre Paul [1] que je vous salue tous et chacun en ce 6ème dimanche de Pâques.

Les textes d’aujourd’hui affirment une fois de plus que Dieu est Amour. Il est source de l’Amour qui nous irrigue tous par son Fils. Jésus, « l’image du Dieu invisible [2] », nous invite dans l’Evangile de ce jour à demeurer dans son amour : « comme le Père m’a aimé », dit-il à ses disciples, « moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour [3] ». L’amour passe du Père au Fils, et du Fils aux disciples qui doivent l’accepter et le faire fructifier. Ceci se comprend encore quand il dit dans le verset 4 du même chapitre : « Demeurez en moi comme je demeure en vous. Tout comme la branche ne peut par elle-même porter du fruit, à moins de demeurer unie à la vigne, ainsi vous ne pouvez porter de fruit, à moins de demeurer en moi. »
« Demeurez en moi… » prend alors ici le sens de : « persévérez dans la vie de foi », comme il l’a exprimé aux Juifs qui ont cru en lui. Jésus leur dit : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples [4]. Michel Mollat du Jourdin explique ce verset en ces termes : « En invitant à demeurer dans sa parole, Jésus demande que sa parole pénètre jusqu’au plus profond de l’être et devienne la règle de toute la vie. La parole de Jésus doit devenir pour son disciple la règle de toutes les pensées, la norme de tous les jugements, l’inspiratrice de toutes les décisions. Cela requiert évidemment un don total de soi-même par la foi. »

Dans l’Evangile, « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, qui garde les commandements de mon Père, je demeure dans son amour [5] » signifie que les liens qui unissent les chrétiens à Jésus sont analogues à ceux qui unissent Jésus au Père ; ils sont même fondés en eux. Parce que Jésus s’est fait par amour du Père [6] le serviteur des hommes [7], les chrétiens doivent s’aimer les uns les autres [8], montrant ainsi qu’ils demeurent dans l’amour de Jésus. Ses commandements se résument en un seul, celui de l’amour mutuel : que les chrétiens s’aiment les uns les autres « comme » Jésus les a aimés. Ainsi s’accomplit la hiérarchie de l’amour, les disciples s’aimant parce que Jésus les a aimés, et Jésus les aimant parce que le Père l’a aimé lui-même [9].

Chers amis, en Jésus confluent tous les amours. Lui qui est Dieu, aime le Père comme le Fils peut aimer le Père. Lui qui est homme, nous aime comme seul un frère peut nous aimer. Et nous voilà entraînés dans ce mouvement. Il n’y a plus qu’un seul Esprit. Il n’y a plus qu’un seul Amour. Et Jésus prouve l’amour qu’il a pour nous en donnant sa vie pour nous, comme nous venons de le commémorer à Pâques. C’est en devenant, comme Jésus lui-même, serviteurs des autres que nous, chrétiens, nous montrons que nous sommes véritablement amis de Jésus [10]. Amis de Jésus et serviteurs des autres, nous sommes néanmoins libres. Nous acceptons et connaissons tout ce que Jésus a appris du Père ; nous « connaissons la vérité », la révélation du salut qui nous a libérés de d’esclavage du péché [11] et de la mort [12], et qui a fait de nous des hommes libres et amis de Dieu. Cette libération de l’esclavage du péché et de la mort est présentée comme un futur permanent qui devient présent ou s’actualise chaque fois que nous demeurons fidèles à la parole de Jésus et la faisons être en nous et autour de nous. Nous, chrétiens, qui avons reçu cette liberté comme un don, devons être à notre tour des libérateurs pour les autres dans l’amour qui est service, disponibilité, engagement et action en faveur des autres [13].

Chers amis, laissons-nous éclairer par la Parole de Dieu d’aujourd’hui et regardons encore Jésus qui n’attend pas que l’autre soit aimable pour l’aimer. Le soleil n’attend pas que la fleur s’ouvre pour lui donner sa chaleur ; c’est parce que le soleil donne la chaleur que la fleur s’ouvre. En effet, celui qui découvre à quel point il est aimé, jusque dans le péché, ne peut pas rester la même personne ; tôt ou tard, il change et devient, à son tour, source de paix et de pardon pour les autres. Nous pouvons juste imaginer l’appel des différents apôtres et ensuite la longue et patiente éducation des disciples que Jésus a dû entreprendre jusqu’à leur laver les pieds parce qu’ils n’arrivaient pas à comprendre que celui qui voulait être le premier devait être le dernier de tous et le serviteur de tous.

Au soir de notre vie, dit St Jean de La Croix, nous serons jugés sur l’amour. Beaucoup de saintes et de saints sont pour nous des modèles. Le Pape Benoît XVI, dans sa lettre encyclique Dieu est Amour du 25 décembre 2005, parlait en ces termes :
Considérons les saints, ceux qui ont exercé de manière exemplaire la charité. La pensée se tourne en particulier vers Martin de Tours (+ 397), d’abord soldat, puis moine et évêque : presque comme une icône, il montre la valeur irremplaçable du témoignage individuel de la charité. Aux portes d’Amiens, Martin partage en deux son manteau avec un pauvre : Jésus lui-même, dans la nuit, lui apparaît en songe revêtu de ce manteau, pour confirmer la valeur permanente de la parole évangélique : « J’étais nu, et vous m’avez habillé…Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,36.40). Dans l’histoire de l’Eglise, combien d’autres témoignages de charité peuvent être cités ! En particulier, tout le mouvement monastique, depuis ses origines avec saint Antoine, Abbé (+ 356), fait apparaître un service de charité considérable envers le prochain. Dans le « face à face » avec Dieu qui est Amour, le moine perçoit l’exigence impérieuse de transformer en service du prochain, en plus du service de Dieu, toute sa vie. On peut expliquer ainsi les grandes structures d’accueil, d’assistance et de soins nées à côté des monastères. Cela explique aussi les initiatives de promotion humaine et de formation chrétienne considérables, destinées avant tout aux plus pauvres, tout d’abord pris en charge par les ordres monastiques et mendiants, puis par les différents instituts religieux masculins et féminins, tout au long de l’histoire de l’Eglise… Des figures de saints demeurent des modèles insignes de charité sociale pour tous les hommes de bonne volonté. Les saints sont de vrais porteurs de lumière dans l’histoire, parce qu’ils sont des hommes et des femmes de foi, d’espérance et d’amour [14].

Chers amis, je voudrais à présent terminer avec vous cette méditation en empruntant à Sainte Thérèse de Lisieux ce programme de vie qui lui donne sa place dans l’Eglise : « Ma vocation, c’est l’amour ». Voici ce qu’elle en dit dans son Manuscrit B :
Enfin j’avais trouvé le repos… Considérant le corps mystique de l’Eglise, je ne m’étais reconnue dans aucun des membres décrits par saint Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous… La charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Eglise avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Eglise avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’amour seul faisait agir les membres de l’Eglise, que si l’amour venait à s’éteindre, les apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les martyrs refuseraient de verser leur sang… Je compris que l’amour renfermerait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux… en un mot qu’il est éternel ! Alors dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : « O Jésus, mon amour… ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’amour ! Oui j’ai trouvé ma place dans l’Eglise et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée… dans le Cœur de l’Eglise, ma mère, je serai l’amour… ainsi je serai tout…ainsi mon rêve sera réalisé. »

[1] 2 Cor. 13, 13.

[2] Col. 1, 15.

[3] Jn 15, 9.

[4] Jn 8, 31.

[5] Jn 15, 10.

[6] Jn 14,31.

[7] Jn 13,1-11.

[8] Jn 15, 12-17.

[9] Jn 15, 9.

[10] Jn 13,1-17.

[11] Jn 8,34.

[12] Jn 8,51.

[13] Jn 13,14-15.

[14] N°40.

Publié le 18 mai 2009 par Félix Zannou Houessou