Devoir de solidarité et de partage

Dimanche du Saint Sacrement
Textes : Gn 14, 18-20 ; 1 Co 11, 23-26 ; Lc 9, 11b-17

Lors des premières communions que nous avons récemment célébrées pendant le mois de mai, les enfants étaient conscients que leur démarche les ouvre davantage à l’accueil de Jésus. Ce dernier les accompagne dans les différentes phases de leur existence. Il chemine avec eux et leur fait don de sa vie. Le don de soi est fondamental dans la célébration de ce sacrement où le Christ devient pour ceux qui le reçoivent, dans les espèces du pain et du vin, source de vie nouvelle. C’est effectivement la pleine manifestation de l’amour de Jésus dans le don de sa vie.

Ce don de soi a été institué dans l’Eucharistie comme le rappelle saint Paul aux Corinthiens : « Ceci est mon corps, qui est pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang [1] ». Par ce geste qui est tout entier don de Dieu aux hommes, Jésus nourrit et entretient la vie en chacun de nous. Il nous communique sa propre vie et nous fait vivre en lui. En ce sens, faire mémoire de Jésus dans l’Eucharistie, c’est reconnaître la dynamique qui fait vivre l’homme et le porte vers l’autre. Dans cette perspective, l’Eucharistie ne se limite pas seulement à la satisfaction des besoins spirituels. Elle prend aussi en compte les besoins réels de tout homme. Le récit de la multiplication des pains laisse transparaître ce qu’il en est vraiment. Craignant le manque de subsides nécessaires pour combler la faim de ceux qui étaient venus écouter l’enseignement de Jésus dans le désert, les apôtres considéraient avec force la possibilité de les renvoyer. On pourrait dire que les apôtres étaient animés d’un esprit pratique. Face à ce qui semble comme une équation presque impossible, ils proposent une solution dont l’évidence peut être difficilement remise en cause : « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger : ici nous sommes dans un endroit désert [2] ». Disons que les apôtres ont les pieds sur terre. Cette solution pratique ne leur coûte absolument rien. Néanmoins, Jésus ne partage pas leur avis. Il leur lance par contre un défi : « Donnez-leur vous-mêmes à manger [3] ». Jésus ne fait donc pas de distinction entre la faim spirituelle de l’écoute de la Parole de Dieu, et toutes les formes d’autres faims physiques et matérielles qui peuvent tourmenter l’homme : faim de pain et soif d’eau pour s’alimenter, faim de la reconnaissance de sa dignité d’homme, de respect, d’amour et de paix.

« Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Cette exhortation de Jésus est essentiellement un devoir de solidarité et de partage et une exigence de justice dans la répartition des nourritures de tous ordres. Personne ne peut arguer d’un manque de ressources pour refuser l’hospitalité à un autre. La conviction qui se dégage du récit de la multiplication des pains est la suivante : la logique du don a cela de paradoxal que la générosité ne s’épuise pas à force d’agir, mais au contraire trouve dans son propre déploiement des ressources inattendues et la capacité de faire toujours plus.

Cette disposition à être à l’écoute des besoins fondamentaux de l’autre contraste avec une attitude d’égoïsme qui caractérise les hommes dans leurs relations mutuelles. La question n’est pas tant ce qui m’avantage en tant qu’individu, mais le service que je peux rendre aux autres et comment je peux participer à leur plein épanouissement. Aussi l’Evangile nous éveille-t-il à d’autres dispositions nécessaires : attention et disponibilité aux autres, souci de tous. C’est en ce sens qu’il convient de mettre en lien le sacrement que nous célébrons aujourd’hui et l’engagement de l’homme en faveur de la justice et de la promotion humaine. En effet, l’Eucharistie ne nous détourne pas des besoins de nos frères. Bien au contraire ! Que la célébration du Saint Sacrement nous rende davantage disponibles pour le service de nos frères et sœurs.

[1] 1 Co 11, 24b. 25b.

[2] Lc 9, 12.

[3] Lc 9, 13a.

Publié le 7 juin 2010 par Nestor Nongo Aziagbia