Dieu au cœur de la réalité humaine

3ième dimanche du temps ordinaire
Textes : Is 8, 23b-9, 3 ; 1 Co 1, 10-13.17 ; Mt 4, 12-23

« Dans les temps anciens, le Seigneur a couvert de honte le pays de Zabulon et le pays de Nephtali ; mais ensuite, il a couvert de gloire la route de la mer, le pays au-delà du Jourdain, et la Galilée, carrefour des païens [1] ».

Mathieu plante le décor à la suite du prophète Isaïe. L’éloignement de Nazareth est alors un grand signe que Jésus lance à ses observateurs. Est-ce une mise en sécurité ? N’oublions pas qu’Hérode vient de faire décapiter Jean-Baptiste pour plaire à Hérodiade, la femme de son frère Philippe, qu’il avait prise pour épouse. Dans ces circonstances particulièrement tendues, la mise en retrait n’est que sagesse. Les confins de Galilée, qui semblent échapper à toute autorité centrale, paraissent tout à fait indiqués pour cela. Mathieu voit néanmoins dans l’établissement de Jésus à Capharnaüm la réalisation de la promesse de Dieu faite jadis par le prophète Isaïe.

L’avènement du messie n’est pas seulement manifeste dans un cadre structurel tel que le Temple de Jérusalem. Il se donne à voir aux croisées des chemins et de nos vies. C’est la symbolique que représente la Galilée, carrefour des nations, où les peuples se rencontrent, où les convictions sont partagées, les spécificités exprimées et les différences acceptées. Cette Galilée est à l’image de l’Eglise et rappelle le projet divin qui ne fait exception de personne mais accueille tous les hommes. Dieu vient à la rencontre de l’homme quel que soit l’endroit où il se trouve. Dieu est au cœur de l’expérience humaine, il est au cœur de notre vie. En ce sens, la Galilée devient le symbole du Royaume de Dieu qui est ouvert à toute personne. Des hommes et des femmes de toute condition se croisent, marchent à la lumière du Christ et répondent à l’appel du Messie.

Tel est l’état d’esprit dans lequel Jésus appelle ses premiers disciples. Il n’est donc pas étonnant qu’il ne les ait pas choisis dans l’élite de l’époque constituée des pharisiens et des saducéens. Il a préféré appeler de simples gens, en l’occurrence des pêcheurs. Il s’agit de deux couples de frères : Pierre et André d’un côté, Jacques et Jean de l’autre. Que savaient ces braves hommes ? Ils n’avaient certainement pas une aussi bonne connaissance de la Torah que les spécialistes ci-dessus mentionnés. Mais ils avaient un cœur. Gens ordinaires, souvent méprisés par la classe des intellectuels, ce sont pourtant des hommes de conviction qui vont jusqu’au bout de leur engagement.

A quoi Jésus les appelle-t-il ? A devenir des pêcheurs d’hommes ! Il leur faudra réussir un ajustement, non seulement de perspective mais aussi d’objectifs et d’orientations. Les disciples passeront désormais de la prise des poissons à celle des hommes. Leur mission est toute indiquée : ramener des hommes et des femmes à Dieu et constituer une communauté de fidèles qui vivent de la Parole de Dieu. Cette mission nécessite de la part des élus une grande vertu de patience. Comme le pêcheur, qui ne sait pas si le filet qu’il jette à l’eau rapportera beaucoup ou peu de poissons, le disciple n’a guère de certitude sur les effets de son annonce. Néanmoins, il est exhorté à faire confiance. Cette attitude l’autorise à s’aventurer et à prendre de risques. C’est ainsi que les premiers appelés ont tout abandonné en répondant à l’invitation que Jésus leur a adressée. Ils ont laissé ce qui faisait leur sécurité et rompu les liens d’intimité qu’ils entretenaient avec les leurs. Suivre le Christ est une exigence qui se vit dans une entière liberté. Reprenons donc à notre compte l’oraison de la messe d’aujourd’hui : « Dieu éternel et tout-puissant, dirige notre vie selon ton amour, afin qu’au nom de ton Fils bien-aimé, nous portions des fruits en abondance ».

[1] Is 8, 23.

Publié le 26 janvier 2011 par Nestor Nongo Aziagbia