Envoie-moi !

5ième dimanche (c)
Textes : Is 6, 1-2a.3-8 ; 1 Co 15, 1-11 ; Lc 5, 1-11

Il est un constat qui se vérifie presque à tous les niveaux de vie : le bénévolat se fait maintenant de plus en plus rare ; l’esprit s’essouffle. On peine à trouver des personnes qui acceptent de donner de leur temps, de leur énergie, de leur compétence pour une cause spécifique. Les associations et les organismes humanitaires s’en plaignent. L’Eglise n’est pas de reste. Elle est aussi frappée de plein fouet par cette récession critique. La question qui est sur toutes les lèvres est celle-ci : « Sur qui faut-il désormais compter pour faire avancer le schmilblick ? » La question peut être reprise dans le cadre de la vocation du prophète Isaïe. En effet, ce dernier entendit la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager [1] ? » Tel est l’appel qui nous est adressé individuellement et auquel chacun répond en conscience. En réponse à ces appels qui nous viennent du Seigneur, la liturgie nous présente aujourd’hui trois figures et trois prises de consciences.

Indépendamment des circonstances, la vocation d’Isaïe, de Paul et de Simon-Pierre met en lumière leur fragilité humaine : « Malheur à moi, dit Isaïe ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers [2] ! » Paul reconnaît, quant à lui, son indignité : « Je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu [3] ». Pierre s’écroule devant Jésus, incapable de dissimuler sa confusion. Il balbutie à l’adresse du maître : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur [4] ». Chacun a profondément conscience de sa petitesse et de son iniquité. Aussi considèrent-ils la sainteté divine comme une barrière entre l’homme et Dieu. On comprend alors pourquoi Isaïe et Pierre se sentent perdus. La sainteté et le péché ne font pas bon ménage. Toutefois, Paul trouve dans la grâce de Dieu la solution à cet écartèlement : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu [5] ». Isaïe en a d’ailleurs fait l’expérience dans sa chair. Il a été purifié de ses péchés par l’un des séraphins qui toucha ses lèvres avec un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Pour Pierre, la grâce est venue avec les paroles de confiance que Jésus a prononcées à son endroit : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras [6] ».

Par la mission qu’il confie à Simon-Pierre, Jésus répond de manière indirecte à la question du Seigneur dans le livre du prophète Isaïe. Le Seigneur nous invite individuellement. Il confie à chacun de nous une mission spécifique. Il nous envoie comme des messagers de la Bonne Nouvelle auprès de nos frères et sœurs. En effet, la mission consiste essentiellement à témoigner de la résurrection du Christ.

Quelle résonance l’appel de Dieu trouve-t-il dans notre vie de chrétien ? La conscience de notre fragilité et de notre incapacité nous paralyse au point que nous n’osons plus nous engager. Nous craignons de ne pas être à la hauteur. Nous nous jugeons indignes. Toutefois Jésus nous rassure par sa parole à Pierre. Nous ne sommes pas abandonnés à nous-mêmes pour la mission qui nous est confiée. La grâce de Dieu nous est acquise. Confiants en cette grâce divine qui nous rend forts, entreprenants et dynamiques dans le témoignage de notre foi, osons franchir le pas. Avec conviction et détermination, répondons à la manière du prophète Isaïe à cette voix du Seigneur qui nous propulse en mission : « Moi, je serai ton messager : envoie-moi [7] ».

[1] Is 6, 8a.

[2] Is 6, 5

[3] 1 Co 15, 9

[4] Lc 5, 8b

[5] 1 Co 15, 10a.

[6] Lc 5, 10b.

[7] Is 6, 8b.

Publié le 8 février 2010 par Nestor Nongo Aziagbia