Escapades en Moselle

Le musée de la Tour aux Puces de Thionville
Le musée de Thionville est installé dans la Tour aux Puces, un édifice polygonal qui faisait partie du château que les Comtes de Luxembourg élevèrent dans la ville entre le XIe et le XIIIe s. Les collections vont de la Préhistoire à la Renaissance et proviennent du pays thionvillois. Leur présentation a été entièrement rénovée il y a quelques années. Au fil de la visite, la vie quotidienne de nos ancêtres est là, avec sa vaisselle, ses outils, ses objets de parure, avec ses croyances et ses pratiques funéraires [1].

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La Tour aux Puces, à Thionville.
Photo M. Heilig

Pour la Préhistoire, à côté de la céramique et de l’outillage en pierre polie du Néolithique, le musée présente l’exceptionnelle tombe de Montenach qui date de la transition avec l’Age du Bronze, vers 2000-1800 av. J.-C. : dans un caisson en dalles de calcaire, un jeune homme reposait sur un dallage irrégulier ; on avait placé deux poteries à ses pieds et recouvert la sépulture de pierres plates.

L’occupation de la région semble avoir été importante durant les Ages du Bronze et du Fer. L’époque voit l’essor de l’agriculture et de l’élevage, ainsi que de l’industrie et des échanges. L’habitat est en terre et en bois, mais l’aristocratie s’instale sur des éperons rocheux qu’elle fortifie. Les vastes nécropoles de tumulus témoignent de l’imprtance qu’avait le monde des morts. A la fin de l’Age du Fer, peu avant la conquête romaine, la région est en pleine activité et développe de véritables métiers - verrerie, poterie, métallurgie... - qui bénéficient d’un réseau routier étendu.

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Lion funéraire gallo-romain. Musée de la Tour aux Puces, Thionville.
Photo M. Heilig

Avec la colonisation romaine, cette prospérité s’accroit de façon spectaculaire. La région est en effet traversée par l’une des plus importantes routes de l’Empire. Elle relie la Méditerranée aux camps du Rhin, et sur son cours se trouvent d’importants centres urbains et administratifs : Lyon, Toul, Metz, Trèves... Cas unique dans tout l’Empire, cette voie est dédoublée entre Metz et Trèves par une branche de chaque côté de la Moselle. Ces routes sont bien aménagées, avec ponts, gués, bornes, monuments votifs... Elles sont jalonnées de relais et donnent accès à un réseau secondaire serré.
Nous connaissons plusieurs bourgades dans la région. La plupart avaient une vocation artisanale. La céramique, surtout, fut poussée à un niveau véritablement industriel. Les officines exportaient leur production jusqu’aux confins de l’Empire. Les gallo-romains font aussi progresser le monde rural. Les fouilles ont mis au jour de nombreuses villae, qui sont la partie habitée de grandes exploitations. Les propriétaires y jouissaient d’un luxe raffiné et des meilleures commodités.

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Colliers mérovingiens en perles de terre cuite. Musée de la Tour aux Puces, Thionville.
Photo M. Heilig

A partir du IIIe s., les troubles politiques déstabilisèrent si gravement l’Empire romain qu’il ne put faire face aux invasions barbares. Une longue dégradation amena les Francs au pouvoir. Ils gérèrent tant bien que mal leur nouveau royaume. Thionville est mentionnée pour la première fois au VIIIe s. sous le nom de Dietenhoven. A cause des perpétuels conflits entre les princes carolingiens, la ville finit par revenir à Otton Ie et fit dès lors partie du Saint Empire Romain Germanique. Elle devint propriété des Comtes de Luxembourg vers la fin du Xe s.

La vallée de la Canner
Un peu à l’écart de l’agglomération thionvilloise, la vallée de la Canner charmera l’amateur de nature par ses paysages. Autrefois en bordure des cités gauloises médiomatrique et trévire, c’était une région de passage, que traversait la voie romaine de la rive droite de la Moselle. Au Moyen Age, la complexité des rapports familiaux et sociaux de la noblesse en fit une mosaïque de seigneuries. Aujourd’hui encore, c’est une sorte de zone tampon où se rencontrent les parlers germanique et francophone. Un chemin de fer touristique parcourt la vallée de la Canner, empruntant une voie stratégique de 1908. La ligne va de Vigy, près de Metz, jusqu’à Hombourg-Budange [2]. En voiture pour une escapade pittoresque !

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Locomotive Krupp du train de la Canner.
Photo ALEMF

- Le Nonnenfels de Klang
Se rendre au Trou d’Enfer, dans le bois de Klang, est une plaisante randonnée [3]. On y voit, taillée dans le roc, une figure féminine qui a malheureusement été défigurée au cours des siècles. La dame est nue, debout et de face. Elle élève un objet de la main droite – vase ou corne d’abondance ? – et semble tenir un sac de la gauche. Elle est accompagnée d’un cervidé.

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Le Nonnenfels, dans la forêt de Klang.
Photo M. Heilig
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Le bas-relief rupestre du Nonnenfels, dans la forêt de Klang.
Photo M. Heilig

On connaît, en Moselle et en Sarre, plusieurs de ces sculptures rupestres. Elles sont généralement en forêt, à mi-pente et, comme ici, la présence de sources n’est pas rare. Il s’agit souvent de divinités féminines, seules ou accompagnées. Sans doute des déesses-mères, dont le culte, fort populaire dans la région à l’époque gallo-romaine, reprenait vraisemblablement des traditions antérieures.

- Des châteaux-forts impressionnants
La vallée compte plusieurs châteaux, témoins d’une histoire tourmentée. Celui de Hombourg-Budange fut construit et fortifié au XIIIe ou au XIVe s. sur un promontoire qui domine la rivière. Incendié en 1552 à la suite du siège de Metz, il fut reconstruit dès 1558. La grande aile qui domine le paysage date de l’époque classique.

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Le château de Hombourg-Budange.
Photo M. Heilig

Le village de Luttange, sur une hauteur entre les vallées de la Bibiche et de la Canner, se distingue de loin par son imposant château, édifié au XIVe s. et remanié aux XVe, XVIIe et XVIIIe. Enjeu de combats acharnés durant la guerre de Trente Ans, il connut pourtant un meilleur sort que les maisons des villageois, qui furent incendiées. La Révolution l’épargna encore car les propriétaires adhéraient aux idées nouvelles. Il est aujourd’hui restauré par des bénévoles.

- Les bildstocks
Ces petits monuments de pierre sont une forme particulière à la Moselle des calvaires qui, partout en France, bordent les routes. L’arrière-pays de Thionville en offre de très beaux. Le bildstock comprend un socle et un fût ; ils supportent un dé creusé d’une niche sur chacune de ses faces ; l’ensemble est couronné d’une croix avec Marie et Jean.

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Le bildstock de Hombourg-Budange.
Photo M. Heilig
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Le bildstock de Hombourg-Budanche. Niche de saint Nicolas.
Photo M. Heilig

Des bas-reliefs, réalisés avec un art savoureux, ornent les niches de figures de saints ou de scènes des Evangiles. Cette imagerie populaire s’adressait à des gens qui ne savaient pas lire.

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Le bildstock de Hombourg-Budange. Niche de saint Michel.
Photo M. Heilig
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Le bildstok de Hombourg-Budange. Niche de saint Hubert (?).
Photo M. Heilig

Les bildstocks témoignent de la foi du charbonnier, chevillée au corps et d’autant plus forte qu’elle était attisée par l’insécurité de la vie quotidienne. Grâce à eux, on espérait éloigner les fléaux et on rendait grâce à Dieu d’y avoir échappé. Aussi beaucoup datent-ils de temps difficiles, la Guerre de Trente Ans notamment, qui fut ici d’une atrocité sans nom [4].

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Le bildstock de Hombourg-Budange. Date et écusson sur le pilier.
Photo M. Heilig

Terre d’Afrique, mars 2010

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[1] Le Musée de la Tour aux Puces est ouvert tous les jours, de 14 à 18h, ou sur rendez-vous pour les groupes.
Renseignements au 03 88 82 82 25 49 ou au 03 82 82 25 52.
Le site Internet archeographe a consacré un article très détaillé au musée de Thionville. Consulter aussi le site Internet Musée de la Tour aux Puces

[2] Elle est entretenue par l’Association Lorraine d’Exploitation et de Modélisme Ferroviaire (ALEMF), qui propose des voyages à partir de mai.

Renseignements :
ALEMF, 1 rue de la Gare, 57640 VIGY
Tél. / fax : 03 87 77 97 50
[Sites Internet : Association ou Train

[3] Laisser la voiture à l’école de Klang. De là part un chemin balisé qui conduit au Nonnenfels à travers la forêt (compter 1km environ).

[4] Il existe un ouvrage sur ces monuments : Guy BLAISE, Les bilstocks, des chefs-d’œuvre inconnus, éditions Serpenpoise, 2001.

Publié le 26 mars 2010 par Marc Heilig