Être saint….

En trois volets – un tryptique [1], comme on dit.

Le sel est « saint » selon l’évangile, parce qu’il est du sel non affadi, donc non perverti, et une lumière allumée est sainte si elle éclaire la nuit et illumine les ténèbres… Une lumière non allumée dans la nuit est pervertie. Prendre le baptême au sérieux comme Paul qui s’adresse aux membres des communautés nouvelles en les appelant des « saints » parce que ce ne sont pas des baptisés affadis ou des lumières éteintes.
Etre saint, c’est être soi-même et être fidèle à l’appel de son baptême – sel. Etre saint, c’est ouvrir les yeux sur les injustices du monde et prendre ses responsabilités – lumière.

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Ange bénitier. Biscuit peint. XIXe s.
Photo Marc Heilig

Mais alors, comment vais-je monter là-haut ? Car ne faut-il pas être saint pour monter là-haut ?
Non… Le salut est gratuit et on ne l’acquiert pas par un quelconque mérite. Mais on se prépare à le recevoir et à le partager par une vie saine.
Mais alors, à quoi cela sert-il de prier ? A quoi cela sert-il de faire la révision des 10 000 de votre véhicule ? Cela s’appelle « entretien ». Eh bien, c’est comme cela. Il faut aussi entretenir sa foi et sa vie chrétienne, qui est également la vie humaine sans distinction de l’un à l’autre. Il y a des chrétiens dégagés et des chrétiens engagés ou responsables. Lequel est un saint ?

Saint comme le Père céleste. De notre point de vue, le Père céleste est saint parce qu’il est fidèle à ses paroles et ses promesses. Il ne fait pas semblant et il ne croit pas seulement bien faire, il le fait. Ainsi, Dieu est vrai et saint. L’homme, pas toujours depuis qu’il a chipé la pomme du voisin au paradis !
La « politique » est-elle sainte ou seulement saine, l’organisation d’une cité juste, selon la définition des anciens philosophes. Mais la politique est souvent brutale et inhumaine. Et le baptisé se tait. Il a peur pour ses intérêts. Ne pourrait-il pas, au moins, proposer un débat à nos hommes politiques pour dire sa position et son opinion selon l‘évangile, que ces gens là-haut oublient parfois ?
Le chrétien assis et résigné n’est pas « saint ». Car il n’est plus le sel de la terre ! Selon Matthieu, il s’est affadi, il ne répond plus à son appel, à sa vocation ni à son identité de fils de Dieu. C’est dans le terreau de la vie quotidienne que se joue la sainteté et non dans le fantastique d’une apocalypse à venir [2]. « Apocalypse » veut dire « se dévoiler ». Il est certain qu’il faut se dévoiler pour être vrai ou saint et ne pas être affadi . C’est d’ailleurs le reproche que l’on fait aux gens qui portent la burqa : elle voile leur vraie identité.

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Monument funéraire au cimetière St Gall de Strasbourg.
Photo Marc Heilig

Ce ne seront pas les « saints » du ciel qui construiront une terre nouvelle et des cieux nouveaux. C’est l’homme ou la femme de ce moment, et en ce monde. Voici maintenant le temps de la grâce… C’est Dieu qui la donne, et il la donne toujours en abondance comme il a multiplié le pain. A nous de le distribuer selon la parole du Maître : donnez-leur vous-mêmes à manger… C’est ici que réside la sainteté, dans la volonté du partage et du pardon et donc de l’accueil de ce sacré étranger qui nous embête !

C’est pour cela que tout l’évangile de Matthieu est « encadré » par le texte des béatitudes des pauvres de cœur d’un côté [3] et celui du verre d’eau donné et partagé avec celui qui a soif, de l’autre [4] …

[1] Un autel à trois volets mobiles, comme au musée d’Unterlinden à Colmar, le retable d’Issenheim.

[2] Et cela n’a rien à voir avec un quelconque tchador ou burqa !

[3] Mt. 5, 1-17.

[4] Mt. 25, 31-46.

Publié le 7 octobre 2010 par Jean-Pierre Frey