Exhortation à l’humilité

22ème dimanche du temps ordinaire
Textes : Qo 3, 17-18.20.28-29 ; Hb 12, 18-19.22-24a ; Lc 14, 1a.7-14

L’évangile semble être la fidèle transcription de certaines valeurs qui régissent la société. Ce sont des codes spécifiques de comportement qui déterminent l’attitude des gens dans des conditions particulières. Il n’est donc pas rare qu’on se fasse rappeler à l’ordre quant au respect des traditions, des coutumes et du protocole. Les individus sont censés se conformer à certaines exigences dans les rapports qu’ils entretiennent en société. Aussi, le dicton de Jésus dans l’Evangile d’aujourd’hui ne se comprend mieux que lorsqu’il est pris dans son contexte sociologique. En effet, dans la communauté juive au temps de Jésus, les convives s’installaient en compagnie de qui ils voulaient en fonction de leur rang social. Toutefois, les premières places étaient réservées aux gens d’un statut particulier : notables, rois. Jésus rend alors compte de cette réalité sociologique par une pensée proverbiale : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé [1] ». Il ne fait pas une mise en garde. Il ne prévient pas non plus contre une situation embarrassante. Bien au contraire, il reprend une histoire de la vie courante et l’adapte à l’attitude que devrait développer le disciple. Il oppose deux figures, l’humble à l’orgueilleux.

Cet enseignement de Jésus a été mis en cause par des penseurs modernes, entre autres Nietzsche et Marx, qui y voyaient la théorie de l’avilissement de l’homme. Une telle perspective ne cadre pas avec le message évangélique, qui est essentiellement une réflexion sur l’attitude humaine et les rapports que l’homme établit d’un côté avec Dieu et de l’autre avec ses frères et sœurs.

La Bible chante les louanges du pauvre et de l’humble qui est l’ami de Dieu et reprouve l’orgueilleux qui va à sa perdition. L’humilité est une marque de confiance que l’homme place en Dieu de qui il reçoit l’être et la vie. Le prototype de l’humble est la Vierge Marie qui se laisse porter dans le projet de Dieu en faveur de l’humanité toute entière. Elle exulte de joie de trouver grâce auprès de Dieu son créateur et exalte à jamais son nom. L’humilité, au sens chrétien du terme, n’est pas une dépréciation. Elle permet à la personne de se regarder en vérité et de s’apprécier réellement pour ce qu’elle est.

Par contre, l’orgueilleux est celui qui arbore cette attitude de suffisance qui fait croire qu’il n’a besoin de rien ni de personne. Il peut même se passer de Dieu. C’est le pharisien qui se satisfait de sa justice hypocrite, porte un regard dédaigneux sur les autres, les condamne en s’arrogeant les prérogatives de Dieu. L’orgueil ne connaît pas la compassion et ne fait grandir personne. Il établit des obstacles entre les hommes et tronque les relations interpersonnelles. Le seul chemin qui mène à l’épanouissement personnel et à la réalisation de soi, c’est l’humilité. Laissons-nous encore interpeller par les sages conseils de Ben Sirac : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur [2] ».

En ce monde où la tentation est grande de se hisser vaille-que-vaille au sommet et d’exercer son autorité aux dépends des autres, l’Evangile nous invite aujourd’hui à devenir témoins de Jésus par la simplicité de notre vie et par notre engagement au service de nos frères et sœurs les plus démunis.

[1] Lc 14, 11.

[2] Qo 3, 17-18.

Publié le 2 septembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia