Joie des joies

3ième dimanche de l’avent
Textes : Is 35, 1-6a.10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

Le constat est triste et sans appel. Il est même alarmant. La crise se répand et affecte durement les couches moyennes. La société s’appauvrit de plus en plus. Le système fragilise encore davantage les plus pauvres. Partout c’est l’incertitude. Les lendemains ne sont nullement garantis. Les préoccupations qui habitent les gens sont, quant à elles, concrètes. Comment assurer leur avenir et celui de leurs enfants, telle est la grande question qui se pose. Dans l’incertitude de perdre son travail, dans la fragilité due à l’âge ou à la maladie, comment continuer à sourire à la vie ?

Ces perspectives ne datent pas d’aujourd’hui. Israël a vécu ces difficultés dans sa chair. Le peuple élu a été contrarié dans ses desseins. Décapité dans ses responsables politiques et religieux, Israël a vécu son exil à Babylone comme une humiliation. Dieu aurait-il abandonné le peuple qu’il s’est acquis par la puissance de son bras ? La réponse semble évidente. Dieu se fait distant et son silence est pesant. Le peuple est confronté à ses maux.

En dépit de ces difficultés qui perturbent le cours de l’existence humaine et font que le peuple doute de la fidélité de Dieu, le prophète Isaïe continue d’exprimer une indéfectible confiance dans le Seigneur. Aussi exhorte-t-il ses coreligionnaires à se réjouir dans le Dieu de leurs pères. Quels que soient les événements, Dieu n’oublie jamais ses amis. Il se penche sur chacun d’eux. Il vient à leur rencontre et leur manifeste son visage. C’est en ce sens qu’il convient de comprendre l’exhortation du prophète : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu… Il vient lui-même et va vous sauver [1] ».

Le prophète annonce donc le bouleversement de l’ordre social. « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie [2] ». C’est le commencement d’un renouveau. Cette transformation inattendue est opérée par Dieu en personne. En effet, ce bouleversement est la marque spécifique de la manifestation de la gloire de Dieu aux hommes. Le prophète ne disait-il pas qu’ « on verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu [3] » ? Jésus s’approprie cette prophétie dans l’évangile lorsqu’il formule son programme d’action : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres [4] ». Ces signes ne trompent guère. Ils accompagnent le salut que le Christ apporte aux hommes et sont donc le signe des temps messianiques. La création nouvelle tarde-t-elle à voir le jour ? La déception gagne-t-elle du terrain ? Les circonstances poussent parfois à laisser libre cours à son impatience. Dieu reste, quant à lui, fidèle à sa Parole, d’autant plus qu’il ne peut se renier. C’est pourquoi saint Jacques exhorte ses auditeurs à faire preuve de patience.

Dans les malheurs qui étouffent l’homme et son aspiration à un mieux-être, quel écho cette exhortation du prophète Isaïe prend-elle dans notre vie ? L’enthousiasme que suscite cette prophétie ne peut que se fonder sur l’intime conviction selon laquelle Dieu lui-même vient sauver son peuple. C’est aussi l’assurance que le salut est offert à tout homme qui y trouve sa pleine libération. Dans la certitude de la réalisation de ces promesses, la joie s’impose alors comme l’attitude du croyant. Convaincus que l’homme ne peut réaliser sa joie par lui-même, nous sommes tendus vers Celui qui vient nous remplir de la sienne. Aussi, crions de joie pour le Seigneur ! Que nos cœurs exultent de joie, au-delà des doutes et des découragements.

[1] Is 35, 4.

[2] Is 35, 5-6a.

[3] Is 35, 2b.

[4] Mt 11, 5.

Publié le 20 décembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia