Journées inter-Eglises à Saint-Thomas

Ce que l’on appelait il y a encore quelques années les Journées des missionnaires en congé sont devenues les Journées inter.-Eglises, autrement dit c’est un échange d’expériences entre l’Église d’ailleurs et l’Église d’ici, avec cette année, une orientation vers les Églises d’Afrique (19 et 20 juin 2009).
L’ensemble était placé sous le signe du synode sur l’Afrique qui doit se tenir en octobre prochain. Il y sera question de l’engagement de l’Eglise d’Afrique pour la paix, la justice et la réconciliation, qualifié d’ailleurs de besoin urgent, ainsi que des enjeux pour l’avenir de l’Afrique et son Eglise.
Outre les habituels échanges avec les missionnaires alsaciens qui rentrent (toujours) en congé et les missionnaires d’Afrique présents en Alsace, dont certains ont souligné l’existence d’un certain racisme à leur endroit, faire coexister des cultures aussi différentes que les cultures alsacienne, française et occidentale en général avec les cultures africaines ne va pas de soi.

Jean-Paul Eschlimann crée l’atmosphère de la rencontre

Le Père Jean-Paul Eschlimann, de la Société des Missions Africaines, a traité de ce qu’il a intitulé « l’étonnante vitalité, de la mission ». D’entrée de jeu, il s’est référé à un article de notre confrère La Croix dans lequel le jésuite Christoph Theobald écrivait notamment : « Les naissances dans l’Église sont souvent imperceptibles », citant la parabole de la graine de sénevé « où la plus petite des graines devient un grand arbre », « c’est parce qu’on a l’idée fausse de l’Église qui serait complètement constituée que l’on perçoit sa situation actuelle comme une crise [1] ». Puis « le fait même que notre rassemblement inter-Eglises ait lieu, qu’il offre l’occasion aux membres des Églises, nées de l’activité missionnaire des chrétiens d’Alsace, de parler à leurs aînés, ici, chez eux, participe de ces naissances par lesquelles l’Eglise se constitue aujourd’hui. Oui, l’Esprit est à l’œuvre et cela se voit et s’entend dans cette salle [2]. En ce moment, et à la vue de cette assemblée, je ne peux pas taire mon admiration et ma reconnaissance pour le travail accompli par le Service diocésain de la Coopération missionnaire ».

1 - L’Eglise a pris conscience que la mission est d’abord l’œuvre de Dieu.

Constatant que la nature de la mission et de l’engagement missionnaire a fortement progressé ces dernières décennies, le Père Eschlimann a distingué trois aspects de cette évolution. Tout d’abord, « l’Église a mené une réflexion approfondie sur l’histoire et l’actualité missionnaire et en a tiré lucidement les conséquences. Elle reconnaît officiellement ses limites. La prise de conscience de ces limites a favorisé une nouvelle perception de la nature de l’Eglise et de sa mission qui sont vécues dans la perspective d’un processus vivant, d’une dynamique de croissance, d’une tension ; humblement, nous nous mettons en route avec tous les chercheurs de vérité, avec les croyants des autre religions, avec les hommes et les femmes de paix et de bonne volonté, pour approcher là vérité de Dieu et de l’homme. Le changement le plus profond qui se vit au cœur de la mission, c’est la transformation de l’Eglise elle-même. L’Eglise a pris conscience que la mission est d’abord l’œuvre de Dieu. L’Eglise elle-même devient le premier champ de mission du Père qui envoie son Fils et l’Esprit. Elle accueille en elle les missions trinitaires ; elle se laisse évangéliser par elles, c’est-à-dire se rendre de plus en plus conforme à l’Evangile qu’elle annonce. Elle se comprend comme cette petite portion d’humanité que Dieu constitue en Iaboratoire ».

2 - Vivre la mission comme un mouvement d’écoute et de partage

Ensuite, « l’annonce devient authentiquement évangélique parce qu’elle suscite un retour, une réponse, des échanges et des dialogues. La parole, activité créatrice d’humanité par excellence, institue les hommes comme partenaires. La proposition de l’Evangile ne devient une heureuse nouvelle que si elle suscite des sujets responsables. L’annonce de l’Evangile de Jésus-Christ a l’ambition de faire accéder les destinataires au statut de sujets vrais, sauvés parce que reliés aux autres dans l’amour, capables de paroles et d’initiatives neuves, de solidarité, de pardon. Les témoins que nous avons la chance d’avoir nous permettent de vivre la mission comme un mouvement d’écoute, d’accueil, de partage de parole dans la réciprocité la plus fraternelle ». Cette parole de part et d’autre devrait permettre « d’ouvrir quelques grands chantiers », notamment « de définir des questions mobilisatrices ».

3 - Habiter au pays de l’Autre

Selon le Père Eschlimann, « la première est la place accordée à l’autre dans notre vie humaine, spirituelle, missionnaire ». Aussi, « le premier impératif de la mission chrétienne, le plus difficile et le plus problématique peut-être, est donc de sortir de la terre de son enfantement, de la maison paternelle, de sa culture, pour habiter au pays de l’Autre, que Dieu nous montrera ».
Comment se rendre dans ce pays de l’Autre ? « Par l’écoute et le dialogue, mais l’Eglise d’Occident a désappris à dialoguer », aussi « nous ne pouvons qu’encourager les débats, les forums de discussions et d’échanges et toutes les rencontres interculturelles et inter-Eglises, des plus humbles aux plus structurées. La visitation de Marie à Élisabeth fournit le paradigme de toute rencontre missionnaire ». Toutefois, cette visitation et ses conséquences nous indique « qu’un dialogue en profondeur exige l’ouverture de chaque partenaire à une démarche d’hospitalité réciproque » qui implique « l’aptitude au décentrement, au dépouillement, à la kénose, disposition fondamentale du chrétien missionnaire ».

Enfin, « la mission ramène sans cesse l’Eglise à un accueil et une écoute de plus en plus authentique de l’Evangile. Cette authenticité importe que l’Evangile soit une réalité vivante, l’acte par lequel Dieu se rend présent aujourd’hui et elle ne doit pas occulter que l’Evangile renvoie à l’origine, à la source, qui est le mystère de la bonté de Dieu ». Ultime conclusion du Père Eschlimann : « La vitalité, la conversion et l’avenir de l’Église dépendront de la qualité évangélique de ses missionnaires ». Une Eglise qui, selon lui, devrait présenter les traits suivants : passionnée par l’Autre, dialogale, kénotique, c’est-à-dire dépouillée, décentrée pour se faire toute à tous ; hospitalière à tous les questionnements sur l’homme et sa destinée, solidaire et, enfin, au service du bonheur qui vient et dont Jésus-Christ est le grand prêtre.

Célébration festive à l’Eglise du Christ Ressuscité

On retiendra encore de ces deux Journées inter-Eglises très riches la célébration festive à l’Eglise du Christ Ressuscité de Strasbourg – Esplanade, présidée par un des évêques auxiliaires, en l’occurrence, Mgr Christian Kratz. Et aussi, certains témoignages, entre autres, ceux du Père Amaclet, prêtre originaire du Congo, et du Père Lilled Milandu, également du Congo, et d’une jeune Alsacienne de Sélestat, Céline Trau, animatrice à la Jeunesse ouvrière catholique (JOC), militante du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), qui va se rendre au Niger pour un séjour en volontariat de deux ans avec la Délégation catholique à la Coopération (DCC), avec dans ses bagages une Bible et une version en français du Coran, et la discrète mais louable ambition « d’être une goutte d’eau, mais être une goutte d’eau quand même ».

L’Ami du Peuple, 28 juin 2009
Ralliement 2009-5, septembre – octobre.

[1] La Croix » du 30-31 mai 2009.

[2] La réunion avait lieu au Centre culturel Saint-Thomas à Strasbourg.

Publié le 20 septembre 2009 par Albert Odouard