Jubilé d’or au Schauenberg

Nous sommes venus au Schauenberg, ce 9 mai 2010, auprès de Marie Auxiliatrice pour marquer le cinquantième anniversaire de mon ordination sacerdotale et pour remercier Dieu et la Vierge Marie de m’avoir appelé, guidé, relevé et soutenu durant mes années d’apostolat, presqu’entièrement au sein de l’Église du Togo.

Un regard sur mon parcours

En septembre 1947, à quatorze ans, je suis entré au petit séminaire des Missions Africaines à Haguenau. En 1952, c’était mon entrée au Noviciat à Chanly en Belgique. De 1955 à 1957, je fais mon service militaire en Algérie. Et c’est en Algérie, début 1957, que je reçois la nouvelle du décès de mon parrain. Rentré d’Algérie en juin 1957, j’ai dit à ma mère, veuve et âgée de 51 ans :
- Parrain n’est plus là, seule tu ne peux pas continuer à mener la ferme, je reste avec toi, c’est mon devoir.
Elle me répond :
- Quand on a commencé un chemin, on le continue.

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Le 3 janvier 1960, j’ai été ordonné prêtre avec huit autres confrères. Et dès janvier 1961, je suis parti au Togo en bateau. Tous les 3-4 ans, nous revenions en France pour un congé de quelques mois. C’est ainsi que je suis rentré en 1975. Maman, toute seule dans sa maison à Munwiller, était contente de me revoir. Je voyais que sa santé n’était pas des meilleures. A la suite d’un séjour à l’hôpital, le médecin me fait savoir :
- Votre mère a le cancer du foie, elle vivra encore deux mois tout au plus.
Je ne pouvais pas partir ni lui dire ce que j’avais appris. Alors ma mère m’a dit :
- Materne, tu devrais déjà être reparti au Togo, que se passe-t-il ? N’es-tu plus fidèle à ta vocation ?
Un mois plus tard, je suis reparti et ma mère a encore vécu pendant 9 années !

Saint Jean de la Croix a dit : « Dans une vie humaine, le chemin n’est jamais tracé d’avance. Il faut marcher. C’est en marchant que le chemin se fait. » J’ai expérimenté cela dans mon parcours de prêtre. Par deux fois, à travers les paroles de ma mère, j’ai vu l’intervention de Dieu. Merci Seigneur, merci Vierge Marie et merci maman Louise.

Ma vie au Togo

Le Togo est francophone, mais nous avons commencé par apprendre l’éwé, dialecte du Sud du pays. Les samedis et dimanches, nous étions en paroisse pour nous familiariser avec la catéchèse et les célébrations communautaires. Après 6 mois, nous fûmes affectés à nos postes. En 48 ans, j’ai eu quatre affectations différentes : Tomegbe, où j’ai été vicaire et où j’ai ouvert et assuré la direction d’un cours complémentaire ; puis Pagala comme curé d’un district de 25 villages ; ensuite Badou, où en équipe nous visitions 30 villages ; et enfin Lomé, où on m’a confié l’intendance et l’accueil à maison régionale.

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Avec le P. Cottez.
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Dans toutes ces paroisses, nous étions souvent à deux au service de nos communautés chrétiennes, comme les prêtres d’ici. Durant les trois quarts de mon temps passé au Togo, j’étais en zone rurale, dans des paroisses peu développées où il n’y avait que des chemins de terre souvent en mauvais état. L’eau courante, l’électricité et le téléphone n’existaient pas. En plus de notre travail de prêtre, nous nous occupions des écoles et du personnel enseignant. Beaucoup de temps et d’argent étaient employés à mettre en place les constructions de base, chapelles, églises, presbytères, petits dispensaires, écoles, puits, et à réparer les toitures endommagées par les tornades. Les nécessiteux et les malades trouvaient facilement le chemin de notre maison.

Pour les Africains, nous devions être polyvalents. Facile à dire, mais difficile d’y faire face. Toute cette vie de travail se faisait sous un climat tropical, avec une hygiène précaire, nourriture frugale et parfois ennuis de santé, dont le paludisme, mais toujours dans la bonne humeur, la collaboration, l’enthousiasme, un esprit de foi, de service et de développement. Pour ces 48 années passées au service de l’Eglise du Togo, je remercie Dieu qui a bien voulu avoir besoin de moi. Oh ! tout n’était pas au « top » dans mon apostolat, il y a eu du « hors piste », mais pas d’avalanches.

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Remise de la médaille du Mérite National en 1999.
Phjoto sma est

Au Togo, l’Eglise est bien structurée, avec sept Evêques togolais à la tête des sept diocèses du pays. Les réponses à l’appel de Dieu sont nombreuses, tant chez les prêtres, les religieux et les religieuses que chez les fidèles laïcs. Dans notre Société des Missions Africaines, la relève est assurée. De nombreux jeunes Africains, Polonais, Indiens et Philippins sont formés, et d’autres sont en formation. La passation du « relais » fonctionne. On me demande parfois si je ne « regrette » pas le Togo, ce à quoi je réponds : je ne l’oublie pas, mais regretter n’est pas le mot juste ; je suis plutôt heureux d’avoir pu servir l’Eglise, famille de Dieu au Togo, et content de voir que la succession est assurée.

Et maintenant ? Revenu du Togo définitivement, je suis en famille dans mon village natal, à Roggenhouse. Quand les studios de la maison Saint Pierre Claver seront prêts, j’irai à Saint Pierre où nous avons une maison d’accueil pour les anciens.
Vous voyez que le parcours de ma vie passée n’a rien d’exceptionnel. A travers quelques méandres, j’ai essayé de répondre à l’appel de Dieu auprès de ceux avec qui j’ai vécu et travaillé.

Publié le 31 août 2010 par Materne Hussherr