L’Esprit-Saint, authentique interprète de Dieu

Dimanche de la Sainte Trinité
Textes : Pr 8, 22-31 ; Rm 5, 1-5 ; Jn 16, 12-15

Le concept de la Trinité semble fondamentalement remettre en cause la conception biblique de l’unicité de Dieu. Quoique principe de toute la création, Dieu serait assez distant, au point que l’homme ne saurait véritablement établir une relation d’intimité avec lui. C’est ce que les prophètes et les auteurs bibliques développent par la notion du sacré et du numineux. En présence de Dieu, l’homme ne peut que reconnaître sa petitesse et confesser son iniquité. Moïse se sent indigne en présence de Dieu. Il retire ses sandales et se cache le visage. De même, le prophète Isaïe lors de sa vocation : « Malheur à moi, s’écrit-il ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers [1] ! ». Ce Dieu est si puissant que le peuple d’Israël a choisi d’aller à lui par l’intermédiaire de son serviteur Moïse. De ce point point de vue, il n’est pas étonnant que les juifs accusent Jésus de blasphème. Il ose appeler Dieu son Père. Quelle outrance ! Comment ce Dieu, qui est tout autre et transcendant, peut-il avoir un fils ? La protestation des Juifs est alors à la hauteur de leur indignation. On ne saurait tolérer un tel écart qui défigure en plus l’image même de Dieu.

Dans sa réflexion toutefois, Jésus ouvre une nouvelle perspective dans la relation de l’homme à Dieu. D’un être lointain dont il faut avoir peur, il nous révèle un Père qui nous aime, qui se sent proche de ses enfants et leur manifeste toute sa sollicitude. Telle est la réponse que Jésus a donnée à Philippe, qui lui demandait de leur montrer le Père : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père [2] ». Jésus s’identifie alors à son Père. Il affirme son unité avec Lui. C’est le thème que Jean a développé abondamment dans son évangile. Jésus révèle ainsi le Père aux hommes : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui a conduit à le connaître [3] ».

Jésus se situe résolument dans une relation d’intimité et d’amour en ce qui le relie à son Père et réciproquement. Il en parle en termes de transitivité. Le Père est tourné vers le Fils ; le Fils est aussi tourné vers le Père. Les deux sont unis l’un à l’autre par l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils comme l’annonce la profession de foi. La caractéristique de cette relation est essentiellement fondée sur l’amour.

Alors que nous célébrons la Trinité des trois personnes en Dieu, nous ne pouvons perdre de vue cette dimension de relation où Dieu se communique en son Fils et se reçoit de Lui par l’Esprit Saint. Comme saint Paul le rappelle par ailleurs dans sa lettre aux Romains, les croyants sont engagés dans ce processus de communion : « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné [4] ». Aussi chacun de nous est-il invité à devenir un maillon indispensable de cette relation d’amour. Chacun, en ce qui le concerne, est appelé à entrer dans ce mouvement, par l’Esprit Saint, et à l’amplifier par toute sa vie. C’est la responsabilité qui incombe désormais à tout croyant : faire écho à la communion divine qui unit le Père au Fils par le Saint Esprit. Nous ne sommes pas seuls pour la réalisation de cette mission car le Christ a promis de ne jamais laisser ses amis orphelins : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu’il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître [5] ». Le rôle de l’Esprit dans notre vie de croyant, c’est de nous rappeler sans cesse l’essentiel du message de Jésus, à savoir son intime et totale communion avec Dieu le Père. Mus par ce même Esprit, entrons dans l’intimité divine en vivant de la Vérité. Dans le régime chrétien, la Vérité s’identifie au Fils qui est entièrement tout don. La cause est alors entendue. Par voie de fait, notre vie est aussi appelée à devenir total don à Dieu et aux hommes par l’amour qui unit en Jésus par la grâce de l’Esprit Saint.

[1] Is 6, 5

[2] Jn 14, 9

[3] Jn 1, 18)

[4] Rm 5, 5

[5] Jn 16, 13-14

Publié le 31 mai 2010 par Nestor Nongo Aziagbia