L’amour de Dieu et l’amour du prochain !

15ième dimanche ordinaire
Textes : Dt 30, 10-14 ; Col 1, 15-20 ; Lc 10, 25-37

L’histoire du Samaritain est un bon classique. Elle est très connue. Elle met en scène plusieurs protagonistes : le docteur de la Loi, qui était probablement un pharisien ou un scribe, l’homme qui est tombé entre les mains des malfaiteurs, un prêtre, un lévite, un Samaritain et Jésus. La mise en scène est parfaite. L’intention du docteur de la Loi n’est pas tout à fait saine. Il conteste l’interprétation de l’amour du prochain que fait Jésus . Aussi cherche-t-il à le mettre à l’épreuve. C’est pourquoi il engage avec lui une discussion sur les principes de la Loi. Mais Jésus ne se laisse pas piéger. Il rappelle plutôt à son interlocuteur l’essentiel de la Loi en ce qui concerne l’amour de Dieu et du prochain. C’est à ce titre que Jésus évoque l’histoire du Samaritain, pour bien illustrer le principe dont parle le docteur de la Loi.

Au-delà des principes et des théories, Jésus invite son contradicteur à aller au cœur de la Loi. Reconnaissons toutefois que ce docteur de la Loi est un homme astucieux. En effet, si l’on se situe strictement dans le domaine du principe, le prêtre et le lévite n’ont rien à se reprocher. Ils ont scrupuleusement respecté la Loi : les prescriptions sont contraignantes, et le principe de la pureté sacrificielle leur interdisait tout contact avec ce qui pouvait éventuellement les rendre impurs. Or l’homme qui gisait dans son sang au bord de la route aurait empêché leur pureté rituelle s’ils étaient venus à le toucher. On peut se référer à ce propos aux instructions que Dieu a données à son prophète Moïse au sujet de la sainteté dans la participation aux mets sacrés : « Parle à Aaron et à ses fils : qu’ils se consacrent par les saintes offrandes des Israélites sans profaner mon saint nom [1]. » Dès lors, on comprend qu’ils n’aient eu aucun état d’âme ou ne se soient pas davantage posé de question. La solution relevait, dans le contexte du strict respect de la Loi, du bon sens et paraissait, somme toute, évidente.

Néanmoins, Jésus fait une entorse à ce principe. L’essentiel n’est plus le respect aveugle d’une loi quelconque, mais plutôt de faire preuve de bonté envers toute personne dans le besoin, sans discrimination aucune. Telle est la pédagogie qui se dégage de cette rencontre entre Jésus et le docteur de la Loi. A ce niveau, on dirait que Jésus a gagné le défi car il a fait évoluer le docteur dans sa perception et dans son interprétation de la Loi, même s’il trouve encore difficile d’identifier le Samaritain à son prochain.

Voilà toute la problématique qui se dégage de l’évangile de ce jour : qui est mon prochain ? Face aux dangers du repli sur soi, à la tentation de s’identifier à ceux qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes convictions que soi, à la montée d’un nationalisme exacerbé, il ne fait pas de doute que la question est encore d’actualité. Chacun pourrait reprendre la question à son compte et la reformuler de cette manière : en quoi reconnait-on en tout homme un frère ? Et qu’est-ce qui caractérise le peuple de Dieu ?

L’attitude de Jésus peut en déconcerter plus d’un. Alors qu’il ne met pas en doute la sincérité de ce docteur de la Loi, il ne se reconnaît pas pour autant dans le strict respect et la connaissance intellectuelle de cette Loi. A eux seuls, ces éléments ne suffisent pas à faire d’un homme l’enfant de Dieu et à l’intégrer au peuple saint. Il faut en outre la pratique de l’amour, qui se manifeste dans l’attention portée aux plus faibles et aux démunis. C’est à ce titre que le Samaritain a été donné en exemple. Il ne suffit pas de se satisfaire d’une quelconque sainteté qui nous viendrait directement de la part du Seigneur, il faut encore rejeter ce qui est indigne du nom de chrétien et rechercher ce qui lui fait honneur. Aussi écoutons-nous la voix de Jésus qui nous interpelle à faire du bien à qui est dans le besoin : « Lequel des trois (le prêtre, le lévite et le Samaritain), à ton avis, a été le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répond : « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui ». Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même » [2]."

[1] Lv 22, 1-2.

[2] Lc 10, 36-37.

Publié le 12 juillet 2010 par Nestor Nongo Aziagbia