L’appel universel au salut

21ième dimanche ordinaire
Textes : Is 66, 18-21 ; Hb 12, 5-7.11-13 ; Lc 13, 22-30

Il n’y a pas de doute que le salut comporte un caractère universel. L’évidence s’impose d’elle-même. La lecture de quelques passages de la liturgie d’aujourd’hui ne peut que nous conforter dans cette conviction. Nous en sommes vraiment édifiés :

« Je viens rassembler les hommes de toute nation et de toute langue. Ils viendront et ils verront ma gloire : je mettrai un signe au milieu d’eux ! J’enverrai des rescapés de mon peuple vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont pas entendu parler de moi et qui n’ont pas vu ma gloire : ces messagers de mon peuple annonceront ma gloire parmi les nations [1] ».

Les instructions transmises par le prophète Isaïe ne font pas l’impasse sur l’intention réelle de son auteur. L’évangile y fait d’ailleurs écho dans l’ouverture manifestée par Jésus à tout homme. En répondant à la question de l’auditeur qui lui demandait s’il n’y avait que peu de gens à être sauvés, Jésus ne limite pas le salut à une catégorie particulière de personnes. Sa proposition déborde en effet le cadre de ceux qui se considèrent comme des privilégiés pour avoir mangé et bu avec Jésus, ou tout simplement pour l’avoir côtoyé. Jésus prend ses distances par rapport aux relations de copinage qui se nourrissent de passe-droits et accordent des privilèges à certains au détriment des autres. Aussi tout le monde peut-il prétendre au salut. C’est d’ailleurs la déclaration que Jésus fait lorsqu’il affirme : « On viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu [2] ». Le bouleversement des hiérarchies est de rigueur puisque Jésus va jusqu’à renverser l’ordre des choses. Il déclare premiers les derniers et vice-versa.

Contre la tentation de l’exclusivisme et la facilité de faire des étrangers des boucs émissaires qu’il faut discriminer, la parole de Dieu nous exhorte à la tolérance et à l’acceptation de l’autre dans toute sa différence. Cette attitude profondément évangélique s’inscrit dans l’unique filiation qui lie les hommes, quelle que soit leur origine, au Père en son Fils Jésus Christ. Dieu ne désire-t-il pas faire de tous les hommes ses enfants ? Telle est effectivement la mission qu’il a confiée à ses messagers : « De toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux ou des chariots, en litière, à dos de mulets ou de dromadaires [3] ». Le défi que l’Evangile nous lance aujourd’hui est grand. Saurons-nous reconnaitre dans chaque visage et en tout homme le frère dont nous sommes appelés à partager la vie et avec qui communier ?

Il est facile de nous enfermer dans des préjugés au sujet des autres et de proférer des invectives contre ceux qui sont différents de nous, ne pensent pas comme nous, ne partagent pas les mêmes valeurs et convictions que nous. La peur donne alors lieu à une surenchère, tandis que la fraternité rapproche les hommes et les met au service d’un même Dieu qui se veut Père de tous, des bons et des méchants, des saints et des damnés, des justes et des pécheurs. C’est ce qu’avaient compris les exilés d’Israël et dont Isaïe a rendu compte dans le rassemblement des nations. Nous sommes donc invités à construire une humanité nouvelle, où les hommes se respectent tout en se donnant mutuellement la main. C’est ainsi que chacun pourra répondre à l’appel universel du salut qui est ouvert à tout homme sans restriction aucune. En effet, il n’y a pas de droits acquis. Le salut est a priori ouvert à tous mais à condition d’une volonté personnelle prête à endurer les épreuves.

[1] Is 66, 18-19.

[2] Lc 13, 29.

[3] Is 66, 20a.

Publié le 23 août 2010 par Nestor Nongo Aziagbia