L’art et la mission

Est-il vraiment indiqué de parler de Dieu, de religion et d’évangélisation en terme de beauté ? St Augustin nous y autorise. Il écrivit notamment dans les Confessions : « Je t’ai connue bien tard, Beauté ancienne et Beauté toujours nouvelle, je t’ai connue bien tard. » La beauté a donc toute sa place dans l’expérience religieuse.

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Peinture E. Woelffel

Eugène Woelffel l’a pressenti et mis en œuvre à sa manière. Né en 1910 à Stutzheim (Bas-Rhin), il entra dès l’âge de 10 ans aux Missions Africaines, d’abord à Andlau, puis à Saint-Pierre et enfin à Bischwiller. Après le noviciat à Chanly (Belgique) et ses études de théologie à Lyon, il fut ordonné prêtre le 6 janvier 1934. Il rejoignit rapidement Amoutivé, son premier poste à Lomé (Togo), puis la mission d’Atakpamé. La guerre le rattrapa et il fut enrôlé dans l’armée en septembre 1939, mais démobilisé dès le 1er octobre. Après un séjour en France, il partit à nouveau pour le Togo et servit à Atakpamé, Tsévié, Lomé. En 1952, il est atteint par la tuberculose, qui l’obligea à un long séjour au sanatorium de l’Altenberg. De là, il se retira à la Maison Ste Richarde d’Andlau, où il assuma le poste d’aumônier jusqu’en 1992.

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Peinture E. Woelffel

Dès son arrivée à Chanly, il se mit à peindre et apprivoisa les Ardennes belges comme s’il était en Alsace. C’était une période romantique par sa façon de traiter les paysages. Ses aquarelles et ses dessins sont parfaits. Il s’est aussi essayé à la linogravure, technique dure et froide qu’il abandonna très vite, mais dont les leçons lui serviront plus tard. En 1938, il illustra de façon moderne et très sûre les stands de la mission catholique de Cotonou. Pendant sa mobilisation, en 1939, il produisit une série de caricatures que seuls les survivants de l’époque peuvent encore comprendre. Quelques uns de ses tableaux furent présentés à l’exposition d’Art Sacré Missionnaire de Rome en 1950. Comme il le dit lui-même, on l’a beaucoup félicité, mais on n’a rien donné pour sa mission ! En 1958, les Missions Africaines réalisèrent un calendrier avec ses productions. Il collabora à Ralliement de 66 à 70, avec des graphismes d’une rigueur surprenante. Alors qu’il avait mis fin à sa production artistique depuis dix ans, la Poste vaticane imprima en 1988 un timbre, reproduisant un original de 1948.

Publié le 8 octobre 2010 par Jean-Paul Eschlimann