L’église Saint-Privat, première église de Montigny-lès-Metz.

L’église St-Privat se situait à gauche de la voie lorsqu’on sort de Metz par le sud. On en a récemment retrouvé des vestiges qui viennent d’être restaurés. Le village de St-Privat lui est si étroitement associé qu’on ne saurait parler de l’une sans évoquer l’autre.

Le saint tutélaire de l’église
Saint Privat est né à Coudes, près de Clermont, et fut envoyé en Gévaudan par saint Austremoine. Evêque de Mende sous Valérien et Gallien [1], c’était un homme pieux et charitable, qui aidait les pauvres. En ce temps-là, Chrocus, chef d’une horde germanique, dévastait la Gaule. Lorsqu’il atteignit la région, les habitants, épouvantés, se réfugièrent dans la forteresse de Grèzes et résistèrent vaillament. Les féroces barbares surprirent un jour l’évêque dans une caverne où il se retirait pour jeûner et prier. Ils cherchèrent à lui arracher le secret de l’accès à la forteresse et, devant son refus, ils le bastonnèrent. Puis ils voulurent le contraindre à sacrifier aux dieux. En vain ! Furieux, ils le laissèrent pour mort après l’avoir à nouveau torturé. Chrocus leva le siège le lendemain. Les chrétiens s’empressèrent auprès de leur évêque, mais il mourut quelques jours plus tard, le 21 août 257 ou 262. Martyr et héros national, saint Privat fut enterré à Mende, auprès de son ermitage. On éleva une grande basilique sur son tombeau et sa renommée se répandit fort loin.

BMP - 547.5 ko
La chapelle St-Privat, à Montigny-lès-Metz.
Photo P. Paté

Peu après 632, Dagobert opéra la translation des reliques de saint Privat à l’abbaye de St-Denis. Fulrad, abbé de ce monastère, fonda dans le diocèse de Metz le prieuré de Salonnes, qu’il dédia à la Vierge et aux saints Privat et Hilaire. C’est ainsi que les reliques de saint Privat parvinrent en pays messin. On sait qu’elles se trouvaient à Salonnes en 777 [2]. Leur arrivée dût être un événement d’importance et le diocèse de Metz en tira vraisemblablement un certain prestige. Aussi n’est-il pas surprenant de rencontrer des toponymes « St-Privat » sur le territoire de l’évêché.

L’église et le hameau de Saint-Privat
Les monuments de la nécropole romaine de Metz avaient été démontés au cours du IIIe s. pour élever un rempart contre les invasions. L’endroit dut prendre l’aspect d’un immense terrain vague, désolé et ravagé, où subsistaient les ruines de la prospérité passée. La progression du christianisme s’accompagnait alors d’une dévotion populaire aux saints martyrs. L’Église y répondit en construisant des basiliques entre la Seille et la Moselle, et en y favorisant l’installation d’abbayes et de couvents. La région prit ainsi le nom de Ad Basilicas, qu’elle conserva jusqu’en 1552 [3]. Notre église St-Privat est mentionnée au IXe siècle sur une liste des processions du Carême et, au XIe, pour les Rogations. Le pape Innocent II en confirme la propriété à l’abbaye messine de St-Clément en 1139 [4]. L’évêque de Metz Bertram précise d’ailleurs, en 1194, que les moines doivent lui désigner un desservant parmi les membres de leur communauté.

L’église n’était pas isolée. Elle avait ses dépendances et quelques maisons se groupaient autour d’elle. Campée sur l’éminence du plateau qui s’étend entre les deux rivières, elle était un élément marquant du paysage. Le hameau de St-Privat, toutefois, n’avait pas l’aspect d’un village-rue, comme souvent en Lorraine. Il était formé de grands domaines ruraux que séparaient des champs, des jardins et des vergers. Les bâtiments se dispersaient dans ce cadre champêtre. Ainsi l’église, bien qu’elle fût paroissiale, n’apparaissait pas vraiment comme telle.

Le village devait connaître les dangers de la proximité d’une place forte. Son église fut pillée plusieurs fois au XVe siècle. En 1444, lors du siège de Metz par Charles VII et René d’Anjou, la ville fit détruire les faubourgs méridionaux afin d’éviter la progression des troupes adverses ; elle restait ainsi à l’abri mais abandonnait les campagnes aux soudards et aux écorcheurs. Les chroniques du temps rapportent ces « horreurs de la guerre », qui se répètent en 1475 et, à deux reprises, en 1490.

Les villageois profitaient des moments de paix pour reconstruire. En 1552, l’église St-Privat venait d’être rebâtie lorsque Charles-Quint mit le siège devant Metz. Le duc de Guise, venu défendre la ville, reprit la stratégie de la terre brûlée. On sait toutefois que ses ordonnances ne furent pas strictement observées, ce qui donne à penser que le petit sanctuaire de St-Privat ne fut pas entièrement rasé [5]. Sans doute s’est-on d’abord occupé du clocher, qui pouvait servir de repère dans le paysage, et de faire en sorte que les bâtiments ne servent de retranchement à l’ennemi. L’église fut ensuite rapidement remise en état, puisque les calvinistes y célébrèrent leur premier office en 1561. St-Privat perdit alors son rang de paroisse catholique.

JPEG - 67.3 ko
Chapelle St-Privat, Montigny-lès-Metz. Les vestiges conservés, vus du sud-ouest.
Les deux arcs et la colonne sont ce qui subsiste de la travée centrale de la nef.
Photo M. Heilig

En 1641, des religieuses fondèrent à Montigny le couvent St-Antoine-de-Padoue. Il prit rapidement de l’importance et parvint à évincer St-Privat pour l’office dominical. L’évêque, Mgr d’Aubusson de la Feuillade, touché par les plaintes des habitants, restitua pourtant un curé à St-Privat en 1676 ; on y nomma même un vicaire en 1685. La paroisse fut encore rétablie en 1756 par Mgr de Saint-Simon et, sans cesser de dépendre de l’abbaye St-Clément, garda ce statut jusqu’à la Révolution. On y comptait 562 personnes en 1768.

[1] Valérien et son fils Gallien régnèrent entre 252 et 268.

[2] Salonnes, dans le Saulnois, est à quatre kilomètres environ au sud de Château-Salins. Que sont devenues les reliques de saint Privat par la suite ? On sait qu’au XVIIe siècle, la tête du saint se trouvait encore à Salonnes car les Suédois la profanèrent.

[3] Cf Arthur Holle, Ad Basilicas, Le Quartier des Basiliques au Sablon, Société d’Histoire du Sablon, Arena 3, 1997, p. 112-117. Pour l’histoire générale de Montigny, cf François Reitel et Lucien Arz, Montigny lès Metz, 1988.

[4] Cela sera rappelé par Célestin II quelques années plus tard, et à nouveau par Innocent III en 1202.

[5] La partie conservée présente en effet des traits architecturaux antérieurs à cette époque.

[6] Albert Bosch, dans ses Causeries sur le passé de Montigny-lès-Metz, donne un émouvant portrait de cet abbé exceptionnel.

[7] L’emploi de ce calcaire est une caractéristique de l’architecture messine jusqu’à l’annexion de 1870.

[8] Le lecteur intéressé pourra lire les détails du raisonnement qui aboutit à ces conclusions dans l’article complet publié sur le site Internet archeographe, rubrique Histoire.

Publié le 26 mars 2010 par Charles Beltzung et Marc Heilig