L’esprit de service chrétien

25ième dimanche
Textes : Sg 2, 12.17-20 ; Jc 3, 16-4, 3 ; Mc 9, 30-37

« Chat échaudé craint l’eau froide », dit l’adage populaire. L’épisode de la violente rebuffade de Pierre par Jésus était certainement dans l’esprit des disciples. Qui oserait encore contester l’enseignement du maître et se faire ridiculiser en public ? La sagesse indiquerait dans de pareilles circonstances de garder sa langue dans sa poche et de faire silence. C’est l’attitude qu’ont adoptée les disciples lorsqu’ils ne comprenaient pas l’enseignement de Jésus sur sa mort et sa résurrection.

Ce manque de curiosité de la part des disciples ne s’explique pas seulement par le souci de ne pas déranger le maître. L’intérêt des disciples ne se trouvait pas dans des considérations intellectuelles déconnectées de leurs réalités et de leurs préoccupations quotidiennes. Ils se posent des questions concrètes et pratiques, qui les engagent dans leurs relations mutuelles. Dans une structure où le statut social définit la place de l’homme et l’importance qui lui est accordée, on ne s’étonnera pas des préoccupations des disciples. Leurs discussions portaient justement sur celui qui était le plus grand parmi eux.

Tout semble se limiter à la question de pouvoir. Chacun se bat pour préserver ses acquis au détriment des autres. Il s’en suit une lutte sans merci où l’égo s’affirme de manière disproportionnée. Chacun ramène tout à soi et c’est le « je » individuel qui prime. On n’hésite pas à se servir des autres pour satisfaire ses propres intérêts. Telle est la mentalité qui prédomine.

Mais Jésus inverse, quant à lui, cette logique à laquelle adhèrent les disciples. Il leur propose autre chose et veut les mener sur la voie de l’humilité et du service : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous [1] ». A leur quête de certitude, d’autonomie, de main mise et de richesse, Jésus oppose le symbole de la faiblesse et de la pauvreté. Voilà ce que représentait en effet un enfant dans la société de l’époque. On était bien loin de l’image de l’enfant-roi qui jouit de tous les droits.

Il se dégage du message de Jésus une forte opposition entre le pouvoir, l’avoir et la vérité. Il est facile de succomber à cette tentation qui nous guète à tout moment. La sensation du pouvoir et de l’avoir peut donner une certaine assurance. Néanmoins elle nous tient en otage quand nous nous enfermons dans notre confort égoïste et dans nos frileuses sécurités. Mais le devoir de la vérité nous affranchit de nous-mêmes. En effet, dans la vérité, nous prenons la vraie mesure de notre vulnérabilité et apprenons à vivre une relation épanouissante avec Dieu et avec nos frères et sœurs.

De cette manière, nous saurons relever le défi que le Christ nous lance dans l’évangile d’aujourd’hui, celui du service. Nous pouvons dès lors nous demander dans quel esprit nous servons. Quoi que nous fassions, qui que nous soyons, ce qui importe c’est l’esprit qui nous guide dans le service que nous rendons. Telles étaient les convictions qui habitaient Albert Schweitzer, médecin et missionnaire, dont la figure est connue de tous. Aux Africains dont il s’occupait, il disait ne rien savoir de leur destinée. Toutefois il était convaincu d’une chose : le bonheur appartient à ceux qui sont au service de leurs frères. Dans cet esprit et dans la fidélité au Christ qui nous invite au don de nous-mêmes, témoignons en acte de l’Evangile et de notre foi qui agit.

[1] Mc 9, 36.

Publié le 21 septembre 2009 par Nestor Nongo Aziagbia