L’exaltation de l’humilité

6ième dimanche (c)
Textes : Jr 17, 5-8 ; 1 Co 15, 12.16-20 ; Lc 6, 17, 20-26

Les textes de la liturgie d’aujourd’hui semblent faire l’apologie de la pauvreté : « Malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation ! Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim [1] » ! La pauvreté est présentée comme une vertu indispensable ou un but vers lequel tend l’homme. Mais il ne faut pas s’y méprendre. Ce qui est exalté n’est pas la pauvreté au sens matériel du terme. On a tous besoin d’un confort social. Et la générosité ne peut se passer d’un moyen matériel substantiel. S’il en était encore besoin, le récent séisme qui a frappé Haïti nous en a donné la preuve. L’aide aux sinistrés et la reconstruction du pays nécessitent la mobilisation de grandes ressources. Sur cet aspect, la polémique ne pourrait jamais porter aussi loin. On a besoin d’argent pour manger, pour se vêtir, pour se soigner…

Quel que soit le côté utilitaire de la richesse, Jésus nous met en garde : l’argent ne fait pas le bonheur de l’homme. En effet, il n’est pas son tout. Les malédictions que prononcent Jésus, loin d’être une condamnation de l’argent et de la richesse, éveillent par contre l’homme à une attitude fondamentale d’humilité. Ces malédictions le provoquent à un choix de vie. Les textes de la liturgie nous reportent ainsi à la proposition des deux voies développée dans le livre du Deutéronome : « Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd’hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu multiplieras, Yahvé ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession [2] ». On pourrait parler d’un contraste entre le bien et le mal, la vie et la mort. Mais la perspective qui se dégage des lectures est plutôt celle de l’attachement de l’homme aux prescriptions de Dieu. En définitive, le bonheur consiste à placer toute sa confiance dans le Seigneur comme le rappelle si bien le prophète Jérémie : « Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, dont le Seigneur est l’espoir [3] ».

Un tel choix est porteur d’espérance et de vie. Cependant les bénédictions de Dieu ne préservent pas nécessairement l’homme du mal et de la méchanceté. Les difficultés inhérentes à toute vie humaine ne sont pas annihilées. Les tourments de la vie affectent aussi bien les riches et les pauvres, les justes et les méchants. Personne n’y échappe. Néanmoins, la personne qui se tourne vers Dieu, Source de sa vie, puise en lui l’eau indispensable à son existence de créature animée. Aussi peut-il irriguer sa steppe aride et stérile et donner sens à son existence. En ce sens, le vrai bonheur consiste à se recevoir de Dieu, à s’ouvrir aux autres, à accueillir ce qui vient de l’autre et la Parole de Dieu qui donne vie. Le bienheureux ne se suffit pas à lui-même ; il ne s’enferme donc pas sur ses acquis et ses prétendues richesses. Il sait par expérience que tout ce qu’il a et tout ce qu’il est, c’est par la grâce de Dieu. Aussi témoigne-t-il sa reconnaissance par une attitude d’écoute, d’ouverture et de partage comme le rappelle l’oraison de ce dimanche : « Seigneur, Dieu de paix, tu nous offres la joie de ton Esprit, tu nous promets la vie de ton Fils : pourquoi nos yeux resteraient-ils tristes, et nos visages fermés ? Rends-nous heureux de te rendre grâce, et que vers toi monte notre louange ».

[1] Lc 6, 24-25a.

[2] Dt 30, 15-16

[3] Jr 17, 7

Publié le 15 février 2010 par Nestor Nongo Aziagbia