L’harmonie cosmique

2ième dimanche de l’Avent
Textes : Is 11, 1-10 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12

Au cœur d’un système social fondamentalement basé sur le racisme, la ségrégation raciale et l’exclusion d’une partie non négligeable de la population, Martin Luther King, activiste américain et pasteur de son état, se mit à rêver. Fort des principes édictés par Abraham Lincoln, il anticipait le jour où la lumière de l’espérance brillerait aux yeux des esclaves noirs marqués au feu d’une brûlante injustice. En dépit des liens de la ségrégation et des chaînes de la discrimination, il osait espérer un monde nouveau où des femmes et des hommes vivraient dans la concorde et l’harmonie mutuelle. Tel est le sens de son cri de cœur qui traverse les âges et trouve encore aujourd’hui un écho chez ceux qui cherchent la paix et font la justice. Alors qu’il rêvait d’une transformation radicale de l’ordre social et de l’avènement d’une authentique fraternité, il conclut ses propos en ces termes : « Je rêve que, un jour, tout vallon sera relevé, toute montagne et toute colline seront rabaissées, tout éperon deviendra une plaine, tout mamelon une trouée, et la gloire du Seigneur sera révélée à tous les êtres faits de chair tout à la fois ».

Cette espérance qui habitait Martin Luther King rejoint en tous points la prophétie qu’Isaïe a faite d’un monde cosmique où « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte [1] ».

Cette espérance semble être contredite par les dures réalités de la vie. Les informations n’augurent presque rien de bon, calamités par ci, guerres et rébellions par là. Nombreuses sont les familles qui sont propulsées sur le chemin de l’exil et vivent dans des conditions qui défient toute décence. En face de ces misères s’érigent des murs de honte. Le protectionnisme s’impose de plus en plus comme l’unique moyen de se mettre à l’abri des précarités humaines. Cette lecture, aussi réaliste soit-elle, ne peut qu’inspirer crainte et pousser au repli sur soi.

Par contre, l’idéal auquel nous invitent aussi bien le prophète Isaïe que Martin Luther King est profondément enraciné dans « la connaissance du Seigneur [2] ». C’est la reconnaissance de Dieu comme source du bonheur, une connaissance du cœur née d’une véritable expérience de Dieu. Cet idéal exprime notre capacité à nous transcender et à porter un regard nouveau sur les rapports que nous entretenons les uns avec les autres. Au-delà de nos différences et des embuches à la réconciliation entre les hommes, une autre expérience est possible. Saurons-nous reconnaître les germes d’humanité qui fleurissent et les gestes de fraternité qui rapprochent les hommes les uns des autres ? Le chemin est encore long, il est vrai, mais celui qui met sa foi et son espérance dans le Seigneur ne peut désespérer ni être déçu. Tous ensemble, travaillons à l’avènement de ce nouveau monde qui émerge déjà dans les différentes initiatives qui promeuvent la paix, la justice et la fraternité entre les hommes.

Alors que nous marchons vers Noël avec toute l’incertitude qui caractérise notre vie et les doutes qui nous assaillent, la Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à faire preuve d’hospitalité les uns à l’égard des autres et à mettre toute notre confiance en Celui qui assure le bonheur à son peuple.

[1] Is 11, 6-9a.

[2] Is 11, 9b.

Publié le 6 décembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia