L’heure d’action de grâce

28ième dimanche ordinaire
Textes : 2 R 5, 14-17 ; 2 Tm 2, 8-13 ; Lc 17, 11-19

Le retournement a été radical dans l’histoire de Naaman, le général syrien. Qui aurait cru qu’il allait obéir aux instructions du prophète Elisée ? Mettant de côté son orgueil et sa fierté nationale, il s’exécuta et plongea sept fois dans le fleuve Jourdain conformément à la parole du prophète. Le résultat alla au-delà de ses espérances. L’effet fut saisissant et le miracle instantané : « Sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié [1] ». L’évangile rapporte une guérison similaire. Alors que Jésus traversait la Samarie et la Galilée en direction de Jérusalem, dix lépreux le supplièrent de leur venir en aide. Il eut pitié d’eux et leur ordonna d’aller se montrer aux prêtres. Conformément aux prescriptions légales, ceux-ci constatent la guérison, offrent le sacrifice et pratiquent les rites relatifs à la fin de la maladie pour réintégrer la personne au sein de la communauté [2]. Cet envoi signifie l’annonce de la guérison qui se matérialise alors que les dix sont encore en chemin.

Dans un cas comme dans l’autre, notre attention est retenue par la gratitude manifestée aussi bien par Naaman que par le Samaritain. Au vu de ce résultat inespéré et inattendu, le général se fit tout petit devant le prophète. Il lui exprima sa reconnaissance et se proposa de lui offrir un présent. Naaman ne voulut pas seulement honorer une dette. Il reconnut surtout en Elisée le représentant du Seigneur Dieu d’Israël à qui holocaustes et sacrifices sont offerts [3]. Des dix lépreux de l’Evangile, seul le Samaritain revint sur ses pas. « Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce [4] ». Que sont devenus les neuf autres ? Nous n’en saurons pas davantage.

Quoi qu’il en soit, ces deux protagonistes nous ramènent au fondamental en ce qui concerne l’attitude de l’homme vis-à-vis de Dieu. L’action de grâce est la réponse du croyant à la bonté que le Seigneur ne cesse de lui témoigner. C’est d’ailleurs ce que célèbre la communauté chrétienne à chaque eucharistie. Elle répond par son enthousiasme et sa joie au don que le Seigneur nous fait en son Fils Jésus Christ. La prière eucharistique IV résume à merveille les motivations de cette action de grâce : « Pour accomplir le dessein de ton amour, il s’est livré lui-même à la mort et, par sa résurrection, il a détruit la mort et renouvelé la vie. Afin que notre vie ne soit plus à nous-mêmes, mais à lui qui est mort et ressuscité pour nous, il a envoyé d’auprès de toi, comme premier don fait aux croyants, l’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification ». Ce don du Seigneur que nous reconnaissons et célébrons est le principe de notre vie.

Nous sommes invités à faire de notre vie une constante action de grâce au Seigneur. L’obéissance à elle seule ne suffit pas. A cet effet, les dix lépreux ont tous été exemplaires. Ils se sont contentés de la parole de Jésus, se sont exécutés sans discussion et ont respecté les prescriptions légales en cas de purification de la lèpre. Ce qui distingue néanmoins le Samaritain de ses amis, c’est sa capacité à reconnaître en cette guérison l’intervention de Dieu. A l’image de ce dernier, nous sommes priés de ne pas aller à Jésus uniquement pour trouver l’issue de nos problèmes. Il est souvent présenté comme la solution miracle contre les différents maux qui tourmentent l’homme. Combien de fois ne l’avons-nous pas pris pour une boîte à outils ? Nous le sollicitons quand nous avons vraiment besoin de lui. Autrement, il reste bien rangé dans un placard. Toutefois, le Samaritain nous rappelle aujourd’hui que c’est l’intimité que nous pouvons entretenir avec le Seigneur qui importe. En effet, c’est par notre attachement personnel que nous devenons véritablement disciples du Christ. C’est ce « Oui » de la foi qui sauve le Samaritain. Non seulement jouit-il d’une excellente santé physique, mais il est encore reconnu dans sa dignité de fils.

[1] 2 R 5, 14b.

[2] Lv 13 et 14, 1-32.

[3] 2 R 5, 17.

[4] Lc 17, 16.

Publié le 11 octobre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia