La Mission aujourd’hui (suite)

Avant le Concile Vatican II (1962-65), on affirmait communément : « Hors de l’Eglise, point de salut ! » Et des missionnaires partaient baptiser les païens « assis à l’ombre de la mort », pour leur ouvrir les portes du Ciel. Ils permettaient ainsi à Dieu de se montrer miséricordieux, et à l’Eglise d’afficher son utilité. Quant à eux, ils passaient pour des hommes courageux que rien n’arrêtait, des héros, des aventuriers… et même parfois pour des coloniaux.

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Village de la Caritas au Bénin.
Photo Jean-Marie Guillaume

Le Concile, c’était prévisible, a provoqué, sur ce plan, une véritable révolution copernicienne. Avant, tout tournait autour de l’Eglise qui grâce à Dieu sauvait le monde. Après, c’est elle qui tournait autour de Dieu et qui ne sauvait plus personne. Avant, c’était le règne de la théologie du salut des païens par l’appartenance à l’Eglise comme seul moyen de salut. Après, ce sera la théologie de l’accomplissement, selon laquelle le Christ est à l’œuvre dans toutes les religions, au travers de la quête humaine d’un salut [1].

Pour marquer ce changement, la Congrégation De Propaganda Fide, créée en 1622 par Grégoire XV, est devenue en 1967 la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Finie la conquête. Désormais, on ne va plus comptabiliser les conversions. Ce n’est d’ailleurs pas le missionnaire qui convertit. Il va simplement à la rencontre de Dieu, qui vit déjà dans le cœur des hommes, même s’ils appartiennent à d’autres cultures et religions. Cela se disait bien avant le Concile. La tradition chrétienne avait même affirmé très tôt qu’il y a des « semences du Verbe » en dehors des limites visibles de l’Eglise, et que le Christ est donc présent aussi, d’une certaine manière, dans les autres religions [2]. Mais la théologie est une « science » vivante, qui peut tomber malade comme tout ce qui est vivant. L’Eglise vieillissante avait des trous de mémoire, d’où la nécessité d’un sérieux rajeunissement !

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Photo Jean-Marie Guillaume

Toutes les conséquences de la « révolution copernicienne » en question n’ont pas encore été tirées. Même que leur mise en valeur fait peur à certains. On ne veut pas perdre les avantages acquis ! Hier on savait : on était dans un monde clos, on était sûr que le soleil tourne autour de la terre. Aujourd’hui on est dans un monde ouvert, d’où d’inquiétantes questions. Hier on insistait énormément sur la culpabilité de l’homme ; aujourd’hui on insiste davantage sur la miséricorde de Dieu. Hier le mot conversion invitait à se détourner du mal ; aujourd’hui il dira plutôt qu’il faut se tourner vers Dieu comme le tropisme des plantes qui les oriente vers le soleil. Hier on insistait sur le miraculeux et le surnaturel ; aujourd’hui on se préoccupe davantage de la « nature » sans lequel le mot « surnaturel » ne veut rien dire… C’est quoi, un Dieu qui ne serait pas aussi bon que le sont nos parents ? Il y a problème si Dieu ignore les enfants morts sans baptême, alors que des parents feront tout pour le bonheur de leurs enfants handicapés…

Cela ne veut évidemment pas dire qu’hier ne compte pas. Nos racines poussent presque toutes dans le terreau d’hier. Mais Dieu doit être le premier référent. Le Christ passe avant l’Eglise. « La grâce est offerte à tous les hommes selon des voies connues de Dieu seul. Dieu est plus grand que les signes historiques par lesquels il a manifesté sa présence [3] »

[1] Cf. Claude Gessré, Le christianisme au risque de l’interprétation, Le Cerf 1997, p. 307.

[2] Cf. Christian de Chergé, Une théologie de l’espérance, Bayard 2009, p. 110.

[3] Cf. Claude Gessré, op. cit., p. 312.

Publié le 17 février 2011 par Louis Kuntz