La Vierge de Harthouse, la Vierge du bon choix…

L’Inde s’appuie sur des gestes culturellement typés qui transmettent des messages et qui se passent de paroles. Ces gestes codifiés, dont beaucoup appartiennent à l’esprit collectif universel, s’appellent des mudras. Ils enrichissent le patrimoine humain indien et parlent au cœur de celui qui les comprend.

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L’abhaya mudra et le varada mudra.
Photo Marcel Schneider

Dans l’abhaya mudra, par exemple, la main droite abaissée et la gauche levée signifient « n’aie pas peur ». Très fréquent aussi, l’anjali mudra est une attitude de salutation et de prière : les mains jointes honorent la divinité et l’humanité de la personne à qui l’on d’adresse [1].

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L’anjali mudra.
Photo Marcel Schneider

La Vierge de Harthouse pose dans une attitude toute indienne. Franchissez le porche de l’église, elle vous attend, enchâssée dans une niche aménagée dans le mur du fond. La Vierge est en varada mudra, les bras allongés vers le bas, les mains en supination ouvertes vers l’extérieur, les doigts plus ou moins décalés. Varada vient préciser la signification qui se dégage de la posture : vara, en sanscrit, signifie le choix, l’objet que l’on choisit ; le suffixe da exprime le don.

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La Vierge de Harthouse.
Photo Marcel Schneider

Marie est dans une attitude d’accueil devant le messager de Dieu. Elle fait le choix de Dieu. Elle accueille la faveur octroyée par son Dieu, qui l’a favorisée. Elle ouvre sa vie à ses souhaits. En toute liberté, elle se donne pour devenir la servante qui met entre parenthèse ses intérêts et ses priorités.

En varada mudra, elle est la Vierge du « fiat » : « qu’il me soit fait selon ta parole ». Elle s’offre pour réaliser le dessein de Dieu. Sa disponibilité est totale, les mains sont ouvertes et ne retiennent rien. Elle accepte d’être le lien vivant entre le ciel et la terre.

Par ses cinq doigts en éventail, elle met en avant, si nous appliquons la culture indienne, la générosité, la moralité, la patience, l’effort et la concentration méditative. Et c’est bien ainsi que nous la présente l’Evangile, comme celle qui garde tout dans son cœur.

Marie est habillée de lumière et d’espérance. L’or des vêtements, le vert de l’ourlet sont le reflet de son attitude intérieure. Elle donne une chance à Dieu, elle accepte que le dessein de Dieu prenne chair dans son corps. L’or est le reflet de la grâce de Dieu à l’œuvre dans sa vie. Le vert symbolise la vie, le plan de Dieu a un avenir.

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La Vierge de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau.
Photo Marcel Schneider

Dans l’iconographie, les attitudes de Marie sont variées. La Vierge de Harthouse correspond au temps où elle fut visitée par l’ange : l’heure du choix étant venue, le varada mudra nous enseigne que Marie veut donner une orientation à sa vie. Pour l’humanité, elle a fait le bon choix. Et pourquoi ne pas appeler la Vierge de Harthouse la « Vierge du bon choix » ? Dans nos orientations, en effet, nous sommes souvent hésitants, et nous pouvons toujours nous tourner vers elle.

Terre d’Afrique, juin 2010

[1] La main droite est celle de la divinité, la gauche celle de l’humanité.

Publié le 15 juin 2010 par Marcel Schneider