La décoration du Père Jean Perrin

En Afrique, la pluie a été toujours vue comme un signe de la bénédiction de Dieu. Le mercredi 9 juin à 12h, sous une pluie abondante, a eu lieu à la Résidence de l’Ambassade de France au Togo la cérémonie de la remise des insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur au Père Jean Perrin, de la Société des Missions Africaines, par Monsieur l’Ambassadeur. Étaient présents le ministre de la jeunesse et des sports, le député et le préfet de Sotouboua, les Pères de la Société des Missions Africaines, les prêtres du diocèse de Sokodé, les sœurs Marianistes de Tchébébé, le personnel de l’Ambassade et du Consulat, des amis et connaissances.

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Le premier discours fut celui de l’Ambassadeur de France au Togo que voici.

Nous sommes réunis pour rendre hommage au Père Perrin, à une existence qui paraît à la fois extraordinaire, romanesque et marquée par la simplicité, l’humilité.
Mon Père, vous êtes né le 18 janvier 1925 à Fouchy (Bas-Rhin). Vous faites vos études à Clermont-Ferrand de 1938 à 1940, puis vous êtes incorporé, contre votre gré, dans la Wehrmacht. Vous êtes fait prisonnier par les Soviétiques, puis connaissez la captivité au camp de Tambow de 1942 à 1944. Vous rejoignez Chanly en 1946, puis Lyon de 1948 à 1952.
Vous êtes ordonné prêtre en 1952 et embarquez le 28 septembre 1952 pour le Togo. Vous servez d’abord à Sokodé. Transféré à Lama-Kara, vous travaillez avec le Père Kennis, venu de Mango en janvier 1951. Ensemble, jusqu’en 1956, vous construisez l’église et lancez de nombreux autres chantiers de construction, plusieurs écoles, plusieurs chapelles de villages et vous fondez le collège de garçons. Vous montez aussi quelques bâtiments du futur collège Adèle, qui sera dirigé par les Sœurs marianistes et deviendra l’un des collèges de Filles les plus réputés du nord Togo. Vous œuvrez pendant une soixantaine d’années en Afrique.
En 1967, vous quittez le diocèse de Sokodé et prenez pied à Blitta, dans le nord du diocèse d’Atakpamé. Homme universel, vous y donnez votre pleine mesure. Vous restez à Blitta jusqu’en 1992, construisant sans cesse, le presbytère, l’église, le centre culturel, la maternité, exerçant le métier de sourcier, creusant des puits, érigeant des ponts... Il faut relier les gens du village de Blitta aux gens qui sont de l’autre côté de l’Anié. Vous sillonnez les villages où vous rassemblez les gens autour de projections cinématographiques ambulantes ayant pour but la formation et la détente. Vous passez aussi votre temps à former les catéchistes et ne négligez pas l’aspect culturel. Vous formez un groupe musical et lancez un groupe de majorettes qui s’en vont à travers tout le diocèse pour des manifestations.

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En 1992, vous décidez de prendre votre retraite et vous vous construisez une petite maison à Yomaboua, à 8kms au nord de Blitta. Mais la fièvre de la construction et de l’apostolat vous reprend, car il n’y a pas de prêtre dans ce secteur sud du diocèse. Vous construisez une très belle église à Tchébébé et un grand presbytère. Vous construisez plusieurs autres églises dans les villages, continuez à faire creuser des puits, organisez l’accueil des réfugiés politiques de 1992 et les installez dans la réserve de faune à l’ouest du fleuve Anié. Pour eux, vous entreprenez les démarches nécessaires auprès du Gouvernement et du Préfet afin d’obtenir définitivement des terrains. Vous tracez des routes, faites construire un pont, montez une maternité, lancez des écoles...
Tchébébé, devenue paroisse, est reprise par une équipe de confrères en 1998. Vous vous mettez alors au service du curé de Sotouboua et reprenez la construction abandonnée de la nouvelle et grande église du centre. Un de vos confrères fera de vous le portrait « d’un grand missionnaire, ouvert à tout, payant de sa personne sans compter, s’investissant dans toutes sortes d’œuvres de développement, sans pour autant négliger la pastorale ». Dans votre lettre de Noël 2002, vous annoncez votre intention de construire une petite maison dans le nouveau quartier de Sotouboua en vue d’ouvrir une deuxième paroisse en cette ville.
Aujourd’hui, vous construisez un sanctuaire dédié à Notre-Dame de la Merci à Sotouboua, où vous comptez bien célébrer, dans deux ans, votre Jubilé sacerdotal couronnant 60 ans de mission.
Mon Père, je m’arrête là. Devant une telle hyper activité, et sans prétendre à l’exhaustivité, je lève les yeux... au Ciel. Votre extraordinaire dynamisme laisse pantois. Il a pendant toutes ces années été mis au service de l’autre, au service des humbles, au service du Togo devenu votre deuxième patrie. Vous vivez votre foi en bâtisseur infatigable.
Il n’était que temps que la République Française vous remercie pour votre inlassable dévouement. Mon Père, l’heure solennelle de la reconnaissance de la Nation a sonné.
Mon Père, « Monsieur Jean Perrin, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur ».

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L’Ambassadeur remit les insignes au Père Perrin, lui fit l’accolade et les applaudissements fusèrent.

Le deuxième discours fut celui du Père Jean Perrin lui-même. Très ému, il remercia la France, le Togo, monsieur l’Ambassadeur et toute la foule réunie, sans oublier tous ceux qui l’ont aidé et accompagné dans ces grandes réalisations. Il le fit en ces termes :

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Excellence Monsieur l’Ambassadeur, chers amis, laissez-moi vous dire la joie que je ressens, que mes confrères ressentent, mes amis, ma famille, vous-mêmes Monsieur l’Ambassadeur, votre conseiller qui avait fait le déplacement sur Sotouboua, le personnel de l’Ambassade et du consulat.
C’est avec humilité que je reçois cette décoration, sachant qu’on aurait toujours pu faire mieux et plus. C’est pour cela que j’avais précédemment décliné d’autres décorations. Que soit honorée l’Église qui m’a envoyé !
Je la dois à tant d’autres qui m’ont aidé : La Conférence Épiscopale du Togo, les Évêchés et OCDI de Sokodé, Atakpamé, Lomé ; le CONGAT en la personne de Monsieur Akpalo, la SATOM, Misereor et Missio en Allemagne ; ICCO et Bilance en Hollande ; le Secours Catholique de Paris ; la Sainte Enfance, le Centre Culturel français de Lomé, pour ne citer que les plus importants, sans oublier l’administration locale, la participation populaire, le bénévolat, les entreprises et ceux qui ont pris soin de ma santé.
C’est un peu surprenant qu’un religieux puisse recevoir une décoration d’un pays qui, comme la France, prône la laïcité. Il est vrai que l’homme est un tout. On ne peut séparer le temporel du spirituel. Même si la France est une République laïque, elle n’est pas athée.
Autrefois, dans mes premières années missionnaires, le mot « laïque » avait une consonance un peu areligieuse. Faisant une année partie de la correction au CEP à Kara, on avait demandé aux élèves comme épreuve : citez 5 inventions. Dans une copie on pouvait lire : Jules Ferry a inventé l’école laïque ! Non, nous n’avions pas à exporter cette laïcité-là. Aujourd’hui, on dit école publique. En France aussi, il s’agit maintenant d’une neutralité et tout le monde est pour.
Je reçois cette décoration de Chevalier non comme un honneur ou une récompense, mais comme un engagement. Il est écrit dans le Psaume 44 verset 4 : « Guerrier valeureux, porte l’épée de noblesse et d’honneur ! Ton honneur, c’est de courir au combat pour la justice, la clémence et la vérité ». Que Dieu m’aide à poursuivre ce beau combat.
Monsieur l’Ambassadeur, c’est un tableau bien trop élogieux que vous peignez de mon passé. Mon regard à moi se porte plutôt sur l’avenir. Merci de signaler le Sanctuaire à Notre-Dame de la Merci en construction. C’est en reconnaissance d’être revenu de la captivité lors de la 2e guerre mondiale. Ce sera un lieu de pèlerinage. Je souhaite que l’inauguration se fasse en même temps que mon jubilé. Vous êtes bien sûr invité.
Mais le sanctuaire n’est qu’une partie d’un ensemble qui doit comprendre aussi un centre médico-social, un centre d’hébergement pour pèlerins et petits retraitants, école, salle polyvalente, adduction d’eau, branchement au réseau, sans oublier les quatre nouvelles classes sollicitées par la Sœur directrice pour le collège Notre Dame de la Paix.
Des demandes d’aide pour la clôture, parking et autres, envoyées aux ambassades, le bitumage d’un tronçon de route de trois kilomètres à l’Union Européenne n’ont pas abouti malgré la chaude recommandation du préfet, que je remercie.
Merci à mes amis de Lomé, Sotouboua et d’ailleurs, d’être venus partager ma joie et par leur présence témoigner de l’intérêt que porte la France au Togo. Merci au Président de la République Française, Monsieur Nicolas Sarkozy, pour cet insigne d’honneur. Qu’il termine son mandat en beauté et puisse le renouveler si telle est sa volonté.
A vous Monsieur l’Ambassadeur, merci d’avoir fait de mes invités vos invités. Toute ma reconnaissance pour votre admirable et fructueuse intervention. Merci, d’avoir accepté de me remettre cette décoration. Merci de me l’avoir offerte. Que Dieu soit avec vous tout au long de votre carrière et vous guide en toute circonstance. Vive la France, vive le Togo !

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Le discours du Père Jean Perrin fut suivi des applaudissements, des félicitations et des photos souvenir. Un verre de l’amitié a mis fin à cette simple et belle cérémonie. C’est encore sous la grande pluie que nous nous sommes séparés en attendant le jubilé dans deux ans. Ce qui a le plus impressionné la foule, ce sont les projets que le Père a encore à réaliser malgré ce qu’il a déjà fait depuis son arrivée au Togo. Que Dieu lui vienne en aide à travers les bienfaiteurs pour terminer les travaux du Sanctuaire, qui accueillera dans deux ans son jubilé sacerdotal de 60 ans de présence et de mission au Togo.

Les impressions du Père Jean

Eh bien, cette fois-ci ça y est. C’était hier à l’ambassade de France à 12h00. Nous étions une trentaine : Pères, Sœurs, laïcs, le conseiller de l’ambassadeur, la doctoresse du Centre médicosocial, le préfet de Sotouboua, un ministre et deux députés de Sotouboua et des personnes que je ne connaissais pas. On est arrivé et reparti sous une pluie battante ; certains ne sont pas venus, empêchés par la pluie.

Je ferai une petite fête ici samedi en huit à 20h, j’inviterai les chefs de service car certains auraient aimé être de la partie. Alors, tout est bien qui finit bien.
La construction du sanctuaire a débuté. Jean-Marie a obtenu une bonne poignée d’euros de l’Ordre de la Merci. Les fondations sont terminées, on en est au remblai. Il faut que je pense aux bancs. Trouver du bois, ce n’est pas facile et il est cher. Ce n’est pas non plus la période des dons. Qui vivra verra !

(Sotouboua le 10.06.2010)

Publié le 31 août 2010 par Séverin Kinga