La grandeur de la générosité

32ième dimanche
Textes : 1 R 17, 10-16 ; Hb 9, 24-28 ; Mc 12, 38-44

Le bling-bling est une expression qui est aujourd’hui à la mode. C’est l’attitude qui consiste à se mettre indûment en valeur. Il s’agit de tout faire pour capter l’attention des autres et de se mettre sous les feux des projecteurs. La tendance est alors de faire dans la démesure et surtout sous couvert médiatique. Il faut que l’entourage se rende compte de notre énergie débordante, de notre sens d’entreprise, de notre présence d’esprit et de la grandeur de notre âme. Aussi on ne se fait plus de scrupule. Et pourtant la vertu tient dans la modestie. C’est pourquoi Jésus, percevant l’intention des scribes, ne peut s’empêcher de démasquer et de dénoncer leur hypocrisie. Il met alors en garde les disciples contre cette attitude narcissique : « Gardez-vous des maîtres de la loi qui aiment à se promener en longues robes et à recevoir des salutations respectueuses sur les places publiques ; ils choisissent les sièges les plus en vue dans les synagogues et les places d’honneur dans les grands repas. Ils prennent aux veuves tout ce qu’elles possèdent, et en même temps, font de longues prières pour se faire remarquer [1] ».

Jésus critique cette attitude de mise en valeur excessive qui ne correspond à rien dans la réalité. Il fustige l’hypocrisie dans laquelle se complaît l’homme. Il exalte par contre l’adéquation de l’être avec les convictions profondes qui animent la personne. Nous sommes loin de la philosophie du tape-à-l’œil. Ce qui importe, ce n’est plus l’impression que l’on donne aux autres, mais la sincérité de chaque démarche et la vérité de l’engagement que l’on prend. A travers le récit de la veuve, Jésus nous rappelle que la valeur d’une offrande ne dépend pas de son montant, mais de l’esprit dans lequel elle est faite. C’est pourquoi Jésus est tombé en admiration devant cette pauvre veuve qui, « dans sa pauvreté, a offert tout ce qu’elle possédait, tout ce dont elle avait besoin pour vivre [2] ».

La vraie générosité, celle dont nous parle la liturgie en ce dimanche, va jusqu’au dépouillement de soi. Elle transcende la logique calculatrice du gain et n’hésite pas à prendre des risques. En effet, elle ne se préoccupe pas beaucoup de garantir sa propre sécurité. C’est ainsi que la veuve de l’évangile a tout offert en sacrifice à Dieu. Il en est de même de la veuve de Sarepta qui a accueilli le prophète Elie. Elle est bien consciente du danger qu’ils courent, elle et son fils. Mais elle accepte de prendre soin du prophète et de lui faire du pain avec tout ce qui lui restait de farine et d’huile. L’attitude de ces veuves tranche avec les nombreuses précautions qui caractérisent beaucoup d’entre nous. N’est-ce pas que dans notre sagesse humaine le comportement de ces veuves relèverait de l’inconscience, de l’irresponsabilité et de la folie ? Et pourtant, elles sont données en exemple en raison de leur grande générosité.

Ce qui se dégage de l’attitude de ces veuves, c’est la grande confiance dont elles sont emplies. L’une manifeste une foi inébranlable au prophète Elie alors que l’autre croit en la providence. Leur générosité est enracinée dans cette confiance au Seigneur qui pourvoit toujours aux besoins de ses enfants. Toutes les deux nous invitent à grandir dans cette confiance en nous dépouillant des biens qui nous enferment sur nous-mêmes et de tout ce qui nous alourdit. Vivons alors de la générosité comme d’un appel à l’espérance.

[1] Mc 12, 38b-40a.

[2] Mc 12, 44b.

Publié le 16 novembre 2009 par Nestor Nongo Aziagbia