La mansuétude de Dieu vis-à-vis de l’homme

11ième dimanche ordinaire
Textes : 2 S 12, 7-10.13 ; Ga 2, 16.19-21 ; Lc 7, 36 - 8, 3

Le récit de David dans le second livre de Samuel et l’histoire de la pécheresse pardonnée s’opposent fondamentalement à la logique humaine. Selon le principe traditionnel de la rétribution, l’on est responsable de ses actes. Le pécheur est soumis à la damnation alors que le juste peut jouir des bienfaits du Seigneur. L’attitude de Simon serait ainsi justifiée lorsque Jésus se laisse toucher par « une femme de la ville, une pécheresse [1] ». L’indignation du pharisien est à son comble. Pourquoi Jésus ne repousse-t-il pas cette femme ? Aussi doute-t-il de Jésus en tant qu’envoyé de Dieu : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse [2] ». Le verdict est cinglant et sans appel.

Toutefois, Dieu se détache de cette logique d’une sévérité extrême qui promeut l’isolement, l’exclusion, voire la condamnation du pécheur. A la violence humaine et à l’intolérance, il oppose l’amour et le pardon. Tel est le dénouement du double récit que la liturgie propose ce dimanche à notre méditation. A David, qui a commis l’inouï en violant la loi du Seigneur et en faisant tuer Ourias le Hittite pour prendre sa femme en épouse, le prophète Nathan annonce le pardon de Dieu : « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas [3] ». L’attitude de Jésus à l’égard de la pécheresse s’inscrit dans la même logique quand il lui déclare solennellement : « Tes péchés sont pardonnés [4] ».

Ces histoires nous rappellent une chose : Dieu ne veut pas que le pécheur meure, mais qu’il se détourne de ses péchés et qu’il se convertisse. Telles sont les dispositions manifestées aussi bien par David que par la pécheresse. Mis devant ses responsabilités dans la mort injuste de l’un de ses guerriers dont il convoitait la femme, David fait son mea culpa. Il reconnaît avoir désobéi à Dieu et abusé des faveurs divines dont il jouissait : « J’ai péché contre le Seigneur [5] ! » Quant à la pécheresse, tout dans son attitude manifeste ce profond désir de se réconcilier avec Jésus. Elle exprime par ses gestes d’affection (les pleurs, les baisers, l’onction de parfum) son ardent désir de changement et de conversion. C’est d’ailleurs la lecture que Jésus a faite de la démarche de cette femme dont on ne mentionne même pas le nom. C’est pourquoi Jésus signifie à son hôte, Simon le pharisien, que le pardon qui est accordé à cette femme est une nécessité : « Si ses péchés (de cette femme), ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour [6] ».

La liturgie d’aujourd’hui est un hymne à l’amour de Dieu qui est tout entier pardon et miséricorde. Dieu ne nous enferme pas dans nos péchés, dans nos fragilités et dans nos misères humaines. Il accueille tout homme avec largesse. Cette dimension de l’amour sans mesure de Dieu pour l’homme a été mise en valeur dans la fête du Sacré Cœur de Jésus que nous avons célébrée ces jours-ci. Jésus a voulu avoir un cœur qui batte au rythme de son amour. En effet, le cœur du Christ révèle celui du Père.

Pour naître à l’amour véritable et sortir de nos ornières pour découvrir la lumière du Christ, laissons-nous regarder par le Christ et comptons sur sa fidélité. Il pardonne à celui qui se tourne vers lui et exalte le pauvre et le petit comme le chante Marie dans le Magnificat. Disciple du Christ, chacun est invité à rayonner cet amour dans le quotidien de sa vie. Reconnaissons devant le Seigneur notre petitesse pour qu’il laisse déborder en nous son immense amour.

[1] Lc 7, 37a.

[2] Lc 7, 39b.

[3] 2 S 12, 13b.

[4] Lc 7, 48b.

[5] 2 S 12, 13a.

[6] Lc 7, 47a.

Publié le 14 juin 2010 par Nestor Nongo Aziagbia