La religion de la liberté.

A partir des textes du 3ème dimanche de Carême de l’année B, 15 mars 2009 :
1e lecture : Ex 20, 1-17 ;
2e lecture : Sg 1, 22-25 ;
Évangile : Jn 2, 13-25.

Quel est ton Dieu ? Quelle est ta religion ? Telles sont les réflexions auxquelles nous invite la liturgie en ce 3ème dimanche de carême. Loin d’être purement une question rhétorique, ces réflexions engagent l’homme dans sa compréhension de Dieu et dans sa pratique de la religion. Il s’agit fondamentalement de la représentation que l’homme se fait de ces grandes réalités.

Pour beaucoup la religion est caractérisée par un code de principes juridiques auxquels il faut strictement se conformer. Elle se présente sous forme de règles ou de codifications. Elle apparaît, dans sa formulation, plus comme un ensemble d’interdits. En effet, des dix commandements, seule l’exhortation à l’amour des parents est formulée de manière positive. Tous les autres préceptes se donnent à la négative : « tu ne feras aucune idole », « tu ne te prosterneras pas devant ces images », « tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal », « tu ne feras aucun ouvrage », « tu ne commettras pas d’adultère, ni de vol », « tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain », « tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni son bien ». Cette appréhension est d’autant plus grande que la religion apparaît comme une contrainte qui s’impose à l’homme et une violation de sa conscience individuelle.

Au-delà de ces aspects restrictifs, comment la religion peut-elle contribuer à l’épanouissement de la liberté humaine ? Contrairement à l’idée qu’on pourrait se faire, le décalogue reste une mise en garde, une indication et un chemin qui mène à la vie et à la liberté. N’est-ce pas ce que disait déjà saint Augustin : « Aime et fais tout ce que tu veux ? » L’amour n’impose aucune limite, sauf celle d’aimer sans condition et jusqu’au bout.

Voilà les exigences du chemin qui s’ouvre désormais à l’homme. Ce qui apparaît comme un ensemble d’interdits est en fait un idéal de vie qui est proposé à l’homme. Loin de toute soumission, et dans le respect fondamental de sa liberté, Dieu établit avec l’homme une alliance : « Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux… ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur garde ma fidélité jusqu’à la millième génération [1]. » Non seulement cette charte confirme la naissance d’Israël comme nation, mais elle établit aussi son identité comme peuple de l’alliance.

Le décalogue institue Israël en peuple choisi et aimé par le Seigneur. Il est parole de vie comme le rappelle à dessein le psaume 18 : « La loi du Seigneur est parfaite, qui redonne vie [2]. » Le décalogue permet alors aux croyants de vivre des relations harmonieuses avec Dieu et avec leurs frères et sœurs. Il garantit les fondements d’une relation d’amour dans laquelle Dieu se donne entièrement. C’est pourquoi, dans l’alliance qu’il établit avec Israël, le Seigneur revendique en retour l’exclusivité de l’amour du peuple. L’exode évoque cette exclusivité en termes de jalousie de Dieu à l’égard d’Israël alors que saint Jean parle, quant à lui, de l’amour qui anime le Christ pour la maison du Père. C’est en cela que l’évangéliste justifie la sainte colère de Jésus contre les marchands au temple.

Dans le rapport de la liberté à l’amour, souvenons-nous que le Christ a fustigé à plusieurs reprises le légalisme des pharisiens et des scribes. Le but des commandements n’est pas de nous étouffer par une imposante structure. La loi reste un instrument au service de l’amour de Dieu et du prochain. En effet le croyant est sans cesse invité à renouveler sa fidélité à cette alliance qui le fait grandir. En ce temps de carême, laissons-nous interpeller par la parole de Dieu qui libère les hommes de leurs servitudes et leur indique le chemin qui mène à la vie éternelle. Vivons de l’amour de Dieu pour en être aussi des témoins auprès de nos frères et sœurs.

[1] Ex 20, 5a.6.

[2] Ps 18, 8.

Publié le 16 mars 2009 par Nestor Nongo Aziagbia