La sainte inquiétude de Brésillac

La saison me pousse à comparer Brésillac à un skieur qui, dans la descente, recherche la meilleure trajectoire. Il s’en inquiéta toute sa vie parce que, pour lui, la vocation missionnaire sort de l’ordinaire. Ce n’est pas une aventure purement humaine, mais un combat pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Ce combat, il l’a accepté. « La cruelle maladie des scrupules » ne l’a pas épargné parce qu’il était inquiet de ne pas savoir s’il était à la bonne place, la place fixée par Dieu.

Ce souci permanent de la « bonne » trajectoire est un liseré qui traverse toute sa vie. Pour « servir le dessein de Dieu », il avait pris à cœur la parole de Paul à Timothée, « combattre le bon combat avec foi et bonne conscience [1] ». Sa conscience n’a jamais été une conscience standard, mais en très haute définition, où le détail ne pouvait passer inaperçu.

Il avait le cœur net tant qu’il pouvait se reposer sur un supérieur. Quand il restait « dans les limites de l’obéissance », quand il marchait « sous l’étendard de l’obéissance et de l’abnégation », il savait qu’il n’était pas hors piste. Néanmoins, il se sentait écartelé dans son agir, dans son penchant pour la tolérance des coutumes hindoues. Il cherchait la lumière auprès des siens, auprès de Rome. En l’absence de consensus et de directives, il portait la sainte inquiétude comme un aiguillon qui l’empêchait de s’enorgueillir.

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St Jean de Britto, à Oriyur.
Photo M. Schneider

La bonne nouvelle lui vint avec le journal « L’univers » du 9 octobre 1851. On y annonçait la béatification de Jean de Britto. Du baume sur son cœur ! Il jubile. « Le Saint-Esprit n’aurait-il pas inspiré l’actuelle béatification du vénérable Joan de Britto ? Il faisait tout ce que nous faisons et cent fois plus … »

Jean de Britto, lui, le Portugais, se fait Indien avec les Indiens. Il marche dans les pas de Robert de Nobili, qui a lancé la mission de Madurai en 1606. Arrivé le 4 septembre 1673, martyrisé le 4 février 1693, Jean se lance pendant 20 ans dans une inculturation totale, une immersion profonde pour comprendre les coutumes et distinguer la part sociale de la part religieuse. Il impulse un nouvel élan, le christianisme devient respectable. Les missionnaires étaient considérés comme des « parangis », des hors castes, semblables à des lépreux à éviter. La nouvelle de la béatification a pour Brésillac valeur d’absolution ; il pressent que la solennité sera « l’aurore d’une nouvelle ère pour la religion ».

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L’église de Oriyur.
Photo M. Schneider

La grâce m’a été donnée fin décembre de me recueillir sur le lieu du martyre de Joan de Britto à Oriyur. Les Jésuites vont développer un mégaprojet pour donner à l’espace Jean de Britto une splendeur nouvelle.

Terre d’Afrique, mars 2010

[1] 1 Tim. 1.19.

Publié le 24 mars 2010 par Marcel Schneider