La vertu de la persévérance

29ième dimanche ordinaire
Textes : Ex 17, 8-13 ; 2 Tm 3, 14-4, 2 ; Lc 18, 1-8

A chacun sa conception de la prière ! Pour certains, c’est la fidèle restitution de formules magiques qui ont fait leurs preuves. Pour d’autres, c’est la formulation d’une demande à un Dieu qui est à l’écoute des besoins vitaux de l’homme. Aussi peut-on légitimement se demander : qu’est-ce que la prière ? A quoi sert-elle ?

Aussi personnelle soit la réponse pour chacun, la prière ne saurait être réduite à un code de conduite qui impose à l’homme des contraintes affligeantes. Personne n’est soumis à une obéissance aveugle en ce qui concerne la relation d’amour que Dieu veut établir avec l’homme. Ceci me rappelle l’histoire que Paolo Coelho raconte au sujet d’un pasteur protestant qui trouvait de moins en moins de plaisir dans ses moments de prière alors que sa famille grandissait. Il se sentait dérangé par le tapage de ses enfants. Un soir, alors qu’il ne pouvait plus se concentrer, il ordonna à son épouse de les faire taire. Médusée, la femme s’exécuta. Dès lors, les enfants observèrent un silence religieux au moment de la prière. Néanmoins le pasteur se rendit compte que Dieu n’écoutait plus sa prière. Tourmenté par cet état de fait, il s’enquerra un soir auprès de Lui : « J’ai dorénavant la tranquillité et la paix, mais je ne peux plus prier. Que se passe-t-il ? » Un ange lui répondit : « Le Seigneur entend des mots, mais il n’entend plus les rires. Il observe une grande dévotion, mais il ne peut plus y déceler la joie ». Le pasteur cria aussitôt à sa femme de permettre aux enfants de jouer car ils font partie de la prière. Et sa prière fut de nouveau entendue par le Seigneur.

En ce sens, on ne pourra jamais parler de la prière en termes de critères spécifiques d’action. Elle est avant tout une mise en relation dans laquelle se développe une grande intimité entre Dieu et l’homme. C’est une relation décomplexée et décontractée, où Dieu n’impose à l’homme aucune autre contrainte que celle de vivre de son amour. Dieu se met ainsi à l’écoute de l’homme, vient à sa rencontre et lui donne la vie. Moïse et le peuple d’Israël, tout comme la veuve de l’Evangile, firent l’expérience de cette sollicitude que le Seigneur manifeste à chacun de ses enfants. La victoire des Israélites n’est pas attribuable à la force des hommes choisis par Josué pour combattre les Amalécites, qui voulaient s’opposer à la pleine libération du peuple d’Israël en marche vers la terre promise. Non, cette victoire est toute entière fondée sur la relation qui lie l’homme à Dieu. Les mains levées de Moïse vers le ciel rendent mieux compte de ce rapport privilégié. La veuve, quant à elle, exprime cette relation par sa ténacité, sa persévérance et sa constance dans la prière. Elle ne se laisse pas découragée par l’indifférence d’un juge inique.

Pour parvenir à cette dimension et faire de notre existence une vraie prière, il convient de rester en dialogue avec le Seigneur. C’est en ces termes que Luc introduit la parabole de la veuve : « Jésus dit encore une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager [1] ». Cette connexion n’est possible qu’à condition d’expérimenter l’histoire de notre vie comme la parole de Dieu qui nous est personnellement adressée, de réaliser que Dieu est vraiment présent dans notre histoire – passée, présente et future -, et d’accepter en toute liberté l’histoire de notre vie comme la réalisation de la promesse que Dieu nous fait en son Fils Jésus Christ. N’a-t-il pas promis d’être avec les siens jusqu’à la fin du monde [2] ?

[1] Lc 18, 1.

[2] cf. Mt 28, 20.

Publié le 18 octobre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia