Le Christ, berger de son peuple

Solennité du Christ, Roi de l’Univers
Textes : 2 S 5, 1-3 ; Col. 1, 12-20 ; Lc 23, 35-43

Quel paradoxe ! Alors que l’Eglise célèbre avec pompe le règne du Christ sur tout l’univers, la liturgie raconte l’histoire d’un homme seul, assailli par le doute, moqué et humilié par la foule, trahi par les siens et suspendu au bois de la croix comme un vulgaire malfrat. Comme le prédisait déjà le prophète Isaïe, Jésus a été défiguré dans son humanité. Son aspect physique n’avait plus rien d’attrayant. Tous ceux qui le voyaient détournaient la tête. Pour tout attribut royal, il n’était vêtu que de pourpre, couronné d’épines et cloué à la croix.

Et pourtant sa royauté n’est pas mise en cause. C’est l’un des motifs pour lesquels il a été condamné à mort. Les faits sont attestés par l’inscription placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs [1] ». Il ne s’en est d’ailleurs pas caché quand il a fallu rétablir la vérité en ce qui le concerne. A la question de Pilate : « Es-tu le roi des Juifs [2] ? », il répondit par l’affirmative. Toutefois, en quoi est-il roi ? Quelles sont les caractéristiques de sa royauté ?

On ne peut rester sans observer le grand décalage dans la vie même de Jésus. Du Fils préexistant, premier-né de toute créature et premier d’entre les morts, nous sommes entraînés sur la scène de la crucifixion où trois condamnés sont en train de mourir : Jésus et deux malfaiteurs. Loin de l’exaltation d’un état divin, on nous présente la fragilité d’un être livré à la mort. Sa royauté se trouve justement dans son empathie et dans sa solidarité avec les hommes. Au cœur de l’injustice à laquelle il est soumis, il transcende ses souffrances, porte son attention sur les autres et apporte le salut éternel à ceux qui espèrent en lui.

Cette sollicitude rappelle l’image de la royauté de David. Il est en effet appelé à devenir le pasteur d’Israël. Après la mise à l’écart de Saül et différents soubresauts, il a été choisi et consacré par le Seigneur pour marcher à la tête de son peuple. Toutefois, David ne s’est imposé à personne. Il tient sa légitimité de la reconnaissance de toutes les tribus : « Nous sommes du même sang que toi ! rappellent les anciens d’Israël. Dans le passé déjà, quand Saül était notre roi, tu dirigeais les mouvements de l’armée d’Israël, et le Seigneur t’a dit : Tu seras le pasteur d’Israël mon peuple, tu seras le chef d’Israël [3]. » Dans ce contexte, le rôle de David en tant que roi consiste fondamentalement à assurer la protection du peuple dont il prend soin. Il en est aussi le guide. Entre le pasteur et le troupeau existe une relation d’intimité et de confiance. Le bon pasteur soigne ses brebis, il veille sur elles. Il les connaît chacune par son nom, elles lui font confiance et marchent à sa suite. Tels sont les rapports que le Christ, Roi de l’Univers, veut entretenir avec les hommes.

Cette dignité royale est dévolue à tout baptisé. N’oublions pas qu’en vertu de notre baptême, nous sommes devenus prêtres, prophètes et rois. Dans l’exercice du sacerdoce royal lié à notre baptême, nous avons l’obligation de préserver les grands intérêts de la personne humaine, sa liberté et sa dignité. Nous nous consacrons ainsi à son épanouissement intégral. Pasteurs les uns des autres, levons les yeux vers la lumière et tendons l’oreille aux appels de Dieu qui nous invite à devenir les gardiens de nos frères et sœurs.

[1] Lc 23, 38b.

[2] Lc 23, 3b.

[3] 2 S 5, 1b-2.

Publié le 25 novembre 2010 par Nestor Nongo Aziagbia