Le Jubilé sacerdotal du P. Georges Selzer

Avant la célébration du 7 février, le 3 janvier 2010, le Père Georges SELZER a réuni à la chapelle de la Clinique St François sa famille et ses proches pour célébrer le jubilé d’or de son ordination. La Psallette Grégorienne de Strasbourg, impressionnante avec ses tuniques rouges, a apporté son concours pour accompagner la fête à la chapelle, au cours du repas et en action de grâces à la basilique de Marienthal. Son directeur, Benoît Neiss, fut un ami d’enfance du Père Selzer. Marcel Schneider, le Supérieur adjoint du District, prononça l’homélie de circonstance que voici.

Georges, je ne suis pas dans la confidence, mais allons-nous tirer les Rois tout à l’heure ? Pour des raisons économiques – rendement oblige – l’Epiphanie est devenue la fête des rois Mages, alors que la liturgie veut mettre l’accent sur la manifestation de Dieu et, par ricochet, comme le jubilaire l’a souligné en entrée, sur « la manifestation du Christ à travers nos vies et les événements, si nous sommes attentifs à ses appels et à ses manifestations ».
La fête de l’Epiphanie vient éclairer le mystère d’une vocation, le mystère de toute vocation. Et aujourd’hui nous célébrons en action de grâces le mystère de la vocation de Georges, notre jubilaire, qui nous a conviés à une délocalisation dans cette chapelle.

Il y a 50 ans, jour pour jour, un 3 janvier, - là je reprends la confession de Georges – « le Seigneur m’a accepté tel que je suis et m’a fait prêtre », et je rajoute : prêtre pour les Missions Africaines. Quand une histoire d’amour est vraie, elle devient une vie, une mission de service. Georges, tu as rejoint Haguenau en 1951 pour l’année de philosophie, déjà marqué par « l’empreinte de Dieu » pour une vie « corps et âme » au service du Seigneur et des Missions Africaines. Oui, Corps et âmes fut ton livre de chevet. Auprès de Maxence Van der Mersch, tu as puisé une nourriture qui ouvre les yeux et le cœur, un peu dans la lignée de notre passage d’Isaïe... « Debout ! Lève les yeux ! Regarde autour de toi ! » Une invitation à ne pas avoir les yeux dans sa poche. Nous sommes dans la- dynamique du « voir, juger, agir », l’ABC des mouvements chrétiens. Avec lucidité et courage, Van der Mersch dénonce la tentation du « paraître », il pointe trois maux qui vont empoisonner et fragiliser la société : la course au renom, la course à l’ambition, la course à l’argent. A ce jour nous n’avons toujours pas trouvé de remèdes ! Van der Mersch pressentait que les personnes qui se vouent « corps et âmes » au service des autres, dans le détachement et le désintéressement, se font rares.

Oserais-je dire que George est un homme rare ? A la manière des mages qui ont été séduits par une étoile pour se mettre en marche, se mettre en route sur les pas de Dieu, Georges a craqué à cause de « l’immense tendresse du Seigneur ». Aujourd’hui nous célébrons sa fidélité à la tendresse de Dieu, et également la fidélité de la tendresse de Dieu pour tous les humains. Mystère de Dieu, dira St Paul, « les païens sont associés au même héritage ».
Georges devra traverser la Méditerranée pour rencontrer le païen en chair et en os. Etymologiquement le païen – paganus - est le rustique, le grossier. La guerre d’Algérie va lui ouvrir les yeux : dans la petite Kabylie il découvrira la cigarette, à la frontière tunisienne il découvrira le livre sacré de l’Islam, le Coran, un cadeau royal qui scella une amitié avec une famille de commerçants musulmans. Georges le ramena avec émotion et il le montre avec fierté, mais il rapportera à regret le palu, qui pourrira sa vocation et sa santé.

L’Afrique profonde, plus précisément le Togo va réveiller violemment l’intrus qui s’est installé dans sa vie. Avec St Paul, Georges pourrait dire : « il m’a été mis une écharde dans la chair pour que je ne sois pas enflé d’orgueil [1]. » Il devra mettre une croix sur la mission auprès des « païens ». Tout le monde n’a pas la grâce d’être en première ligne.
Georges doit se résoudre à un mouvement de repli. Un autre chemin s’ouvre, comme pour les Mages. Il posera ses valises à Haguenau, pour de longues années. Il sera difficile de battre son palmarès de 42 ans de longévité. L’éducation lui tendra les bras. Comme la nature lui avait donné la bosse des mathématiques, il enseignera une matière noble où vous êtes toujours en première ligne quand un enfant ne réussit pas. Auprès des générations de jeunes, il développera les réflexes mathématiques dans un esprit d’abnégation et en toute humilité.

Mais derrière toute longévité, il y a un secret... Je vais en livrer deux. Entre « faire ce que l’on aime » et « aimer ce que l’on fait », Georges a choisi la deuxième solution. Ceci n’est pas dans l’air du temps, où la tendance est de « faire ce que l’on aime », de « manger ce que l’on aime », avec au bout la déception, le stress, les blocages alimentaires.
Le bonheur est au rendez-vous pour celui qui se met dans une logique d’aimer ce que l’on fait sans attendre de récompense ou de paiement en retour. Ce fut la logique de Georges. Ce fut la logique des Mages, ce fut la logique de Jésus. Les Mages sont venus avec des présents, ils ont donné en se donnant ; Jésus est venu avec sa vie, il a donné en se donnant et en pardonnant. Nous avons là le comble du don.

Je disais, derrière toute longévité, il y a un secret... et voici le deuxième. Pour durer, il faut savoir se ménager des lieux de refuge. On appelle cela parfois, savoir « tourner la page », savoir « prendre du recul », savoir « se mettre au vert ». Nous connaissons les lieux-refuge de Jésus, le Mont des Oliviers avec le jardin de Gethsémani, le Mont Thabor... Allez-vous deviner le lieu-refuge de Georges ? Si vous ne le savez pas, je vous dirai : « vous y êtes ». Georges a délocalisé ici ses célébrations, sa célébration aujourd’hui à laquelle il a voulu nous associer. Jésus aussi est né dans un lieu délocalisé et il y a trouvé de la chaleur. Georges trouve ici beaucoup de chaleur. J’en profite pour dire merci aux Sœurs et aux fidèles.

Georges, puisses-tu continuer à faire briller l’étoile de la tendresse de Dieu... « nous avons vu se lever son étoile », une chance, une grâce ! Et tu peux dire merci à tes parents qui t’ont appris à fouiller le ciel.

Ralliement, mars-avril, n°2-2010

[1] 2 Cor 12.

Publié le 3 juin 2010 par Marcel Schneider